Un gamin de Paris… à La Valette !

Ce texte a été publié dans le no. 19-20 de la revue « Planet Paris Montmartre » daté du 4e trimestre 2025 – 1er trimestre 2026.

« Un gamin de Paris, c’est tout un poème
Dans aucun pays, il n’y a le même
Car c’est un titi, petit gars dégourdi que l’on aime…

Un gamin de Paris m’a dit à l’oreille
Si je pars d’ici, sachez que la veille
J’aurai réussi à mettre Paris en bouteille ! 
»

Auteurs-compositeurs : Mick Micheyl, Andrien Jules Mares. 

Mick Micheyl – Un gamin de Paris

Parmi les innombrables attractions que propose la ville de La Valette, la capitale de Malte, au cœur de la Méditerranée, il y en a une qu’aucun touriste ne voudrait rater !

Il s’agit des « Tirs de salutation » effectués tous les jours à midi et à 16h00.

Ces tirs historiques ont lieu, depuis plus de quatre siècles, aux jardins publics de Upper Barakka, surplombant le Fort Saint-Ange et le Grand Harbour.

Comme l’affirme « CultureMalta », site officiel du tourisme maltais :

« Peu importe la vision de Malte que vous avez, vous ne pouvez pas manquer les Jardins d’Upper Barrakka situés au point culminant des bastions de la Valette. Vous pourrez profiter d’une vue à couper le souffle sur le seul port naturel méditerranéen. Les Trois Cités comme toile de fond, ce port a dicté l’histoire de Malte depuis le début de celle-ci. »

C’est pour cette raison que tous les visiteurs de l’île, et surtout ceux qui arrivent par les bateaux de croisière pour seulement quelques heures, se bousculent autour de la batterie de 8 canons, installés depuis 2004.

Mais, la tradition des « Tirs de salutation » est beaucoup plus ancienne !

Selon une « légende urbaine », l’origine de ses tirs remonterait aux années 1600. A cette époque, le Grand Maître de l’Ordre de Malte, le Français Adrien de Wignacourt, aurait été surpris par un marin, rentré plutôt que prévu, en « galante compagnie » …avec son épouse ! D’où l’ordre de tirer un coup de canon pour chaque navire pénétrant dans le port.

Par la suite, la batterie de canons, servit principalement à tirer des salves lors de cérémonies et des signaux spécifiques, mais elle fut également utilisée par l’armée lors du Blocus de Malte en 1798-1800 et de la Seconde Guerre mondiale. La batterie est restée une installation militaire active jusqu’à ce que ses armes soient retirées par les Britanniques en 1954.                  

Cette cérémonie quotidienne, fort amusante au demeurant, ne permet pas aux touristes pressés de découvrir un autre monument, j’oserais dire, encore plus intéressant et inattendu pour le visitateur parisien et particulièrement… montmartrois !

Il s’agit d’un petit groupe statuaire, se trouvant un peu caché par les fortes murailles qui dominent la terrasse de la batterie de canons, précédemment mentionnée, intitulé « Les Gavroches ».

« Inspiré du roman de Victor Hugo, Les Misérables, le groupe de trois poulbots lors de la révolution de 1848, “Les Gavroches” est considéré comme le premier chef d’œuvre du sculpteur maltais Antonio Sciortino.  C’est en 1907, alors âgé de 28 ans, qu’il réalise son œuvre maîtresse qui témoigne de l’influence de Rodin.

Placée dans les jardins de Upper Barakka à La Valette, elle est l’un des joyaux de la sculpture maltaise ainsi qu’une double référence à la France. »

Un visiteur de la Valette, Tiberiu Baranyi de Timșoara en Roumanie, a posté le commentaire suivant le 20 août 2023 :

Dans les jardins de Barrakka (supérieur) – parmi d’autres sculptures, bustes et bas-reliefs, vous verrez également cette statue.
Coulée en bronze, en 1904 par Antonio Sciortino — sculpteur maltais — le plus grand sculpteur maltais pour être précis . . . représente 3 gamins des rues de Paris pendant la révolution de 1848.
Maintenant, ce que vous voyez dans les jardins – est une réplique de la statue originale – l’original a été démonté pour restauration après avoir été exposé aux éléments pendant 100 ans et à sa place une réplique a été placée – l’original peut être vu aujourd’hui – restauré – au Musée National des Beaux-Arts (alias MUZA).
Ainsi, lorsque vous êtes dans la région, vous pouvez vous arrêter pour une photo . . . même si ce n’ est qu’une réplique de l’original. »

Pour mémoire : 

« Antonio Sciortino (Ħaż-Żebbuġ, 25 janvier 1879 – 10 août 1947) était un sculpteur maltais dont l’œuvre reflète plusieurs mouvements, du réalisme au futurisme, ainsi que l’influence d’Auguste Rodin. Il étudia et travailla à Rome où il dirigea la British Academy of Arts (1911–1936) et, de 1937 à sa mort, il fut conservateur du National Museum of Fine Arts de Malte. Ses principales œuvres sont Les Gavroches, inspirés de Victor HugoSpeed d’inspiration futuriste, Arab horses et Dangerous sport (1937), qui orne une pièce commémorative de 50 € d’un programme européen »

Il semblerait qu’Antonio Sciortino ait rencontré Auguste Rodin dans sa jeunesse. Une visite prochaine à la Villa des Brillants à Meudon, au no 19, avenue Auguste-Rodin, dans le musée qui lui est dédié, et qui se trouve tout près de ma résidence à Boulogne-Billancourt, pourrait me donner plus d’informations à ce sujet.

*   *   *

En attendant, le groupe statuaire de La Valette me rappelle un autre « Gavroche » …le mien !

Il s’agit d’une statuette en céramique peinte que j’ai acheté à Pézenas, la ville de Molière et… de Boby Lapointe, dans le Languedoc, tout près de notre maison, au mois d’avril de cette année.

La statuette, d’une cinquantaine de centimètres, représente un « gamin de Paris » et s’intitule « Le vendeur de journaux », mais j’ai découvert dernièrement des « variantes » du même personnage montrant d’autres métiers du « vieux Paris » au XIXe siècle.

Mais tous arborent le même « accoutrement spécifique » ! Ce que la version uruguayenne de notre gamin mentionne avec les vers :

« Pantalón cortito /Con un solo tirador… »

En français : « Pantalon court /Avec une seule bretelle… »

Il s’agit d’une bien connue (en Amérique latine !) chanson intitulée « Chiquillada » (Enfantillage).

Chiquillada – Leonardo Favio – YouTube

« La chanson a été enregistrée en 1969 par l’Uruguayen José Carbajal, plus connu sous le nom d’El Sabalero. Elle relate les jeux de son enfance. Si elle date des années 1960, l’auteur faisait alors référence à une enfance passée dans les années 1940. »

Alors que Mick Micheyl, dans son « gamin de Paris » affirme :

 « Pantalons trop longs pour lui
Toujours les mains dans les poches… »

Trouvez l’erreur !

En tout cas, étant donné que toutes les statuettes de chez nous portent un nom, nous avons décidé, après une rapide consultation de toute la famille, de l’appeler « Gavroche » !

Et ceci me rappelle aussi le restaurant « Gavroche » de Montmartre, là où un numéro récent de « Planet Paris Montmartre » a été lancé en septembre 2024 !

Mais, ce que tous ces « Gavroches » des quatre coins de la planète ne précisent pas, c’est : Avant de partir si loin, le « gamin de Paris » a-t-il réussi à « mettre Paris en bouteille » ?

 

Adrian Irvin ROZEI

La Valette, octobre 2025

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