Dans un numéro récent de la revue « Point de vue », son rédacteur en chef Raphaël Morata écrivait :
« Quand les ailes du désir reprennent leur envol…ou plutôt leur langoureuse rotation. Il y a quelques semaines, le Moulin – Rouge a enfin retrouvé ses pales lumineuses, faites d’acier et d’aluminium, d’ampoules rouge et or… Quatorze mois que les Montmartrois attendaient le retour de ce symbole des nuits plumes et paillettes du boulevard de Clichy. »
En lisant ces lignes, un refrain connu m’est venu à l’esprit :
« Comme une pierre que l’on jette dans l’eau vive d’un ruisseau
Et qui laisse derrière elle des milliers de ronds dans l’eau
Au vent des quatre saisons, tu fais tourner de ton nom
Tous les moulins de mon cœur ! »
Tout un chacun se souvient des paroles de la chanson de Michel Legrand : « Les moulins de mon cœur » !
Michel Legrand – Les moulins de mon coeur (1976)
Mais, tout de suite, je me suis posé la question : « Quels sont les « moulins de mon cœur ? » Et, j’ai décidé de vous confier la réponse… dans le texte qui suit !
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Commençons par les plus proches tels que décrits dans le même article :
Les moulins de Montmartre
« Le Moulin-Rouge …ce cabaret fondé en 1889 sur l’emplacement du Bal de la reine blanche… Une (belle) époque où l’on trouvait encore plus de trente moulins dans ce quartier de la butte Montmartre, et pas moins de 12 situés rue Lepic !
La capitale a ainsi compté jusqu’à 300 moulins à vent ou à eau avant que de nombreux meuniers ne fassent faillite ou ne se reconvertissent en patrons de guinguettes, affaires plus rentables. »
Moi, j’ai décidé de me limiter aux moulins à vent, à l’image du Moulin-Rouge ou au Moulin de la Galette, celui qui apparait si souvent sur la quatrième de couverture de la revue « Planet Paris Montmartre » !
Plus loin, dans le département de l’Hérault, là où je passe une bonne moitié de l’année, on peut trouver d’autres moulins. En tout, 225 pour l’ensemble de l’Occitanie.
Mais, les plus proches de notre maison sont « Les trois moulins » de Faugères.
Faugères est un village perché situé au nord-ouest de l’Hérault, à 25 kilomètres au nord de Béziers et au nord-ouest de Pézenas.
Faugères est une commune viticole réputée grâce à son vin l’AOC Faugères.
Les trois Moulins
Vraisemblablement bâtis sur des tours gallo-romaines vu leur position stratégique ces 3 moulins à « bled » datent du XVIème siècle, époque d’abondance céréalière…
Les trois moulins ont été restaurés à l’authentique, fonctionnant comme autrefois avec leur voilure offerte aux 13 vents… Il s’agit de moulins à grains, qui datent du XVIe siècle et qui ont été restaurés dans les années 1990.
Déjà, en 1777, sur la carte de Cassini, les Moulins de Faugères sont figurés couchés donc en ruine.
En 1829, on note l’achat du site à la commune par les frères Rivière, meuniers qui installent le moulin sur la tour de l’Est et une habitation attenante à la tour du milieu. Mais, en 1849, la famille Rivière quitte l’endroit et le site est abandonné.
Ce n’est qu’en 1991 que Jeanne COLIGNON, présidente de l’Association de Sauvegarde du Patrimoine, signe la 1ère convention avec la Mairie de Faugères pour une remise en valeur du site.
Enfin, l’année 1995 marque la pose des ailes et de la couverture sur la tour du milieu, accompagnée de la restauration de la maison du meunier.
Puis, en juillet 1998, le mécanisme complet est réalisé par Bernard Garibal, utilisant même les meules d’origine du XIXème siècle. Cela marque la résurrection du moulin qui broie sa première mouture. A partir de ce jour, le moulin fonctionne comme autrefois.
Depuis le site, qui se trouve à 417 mètres d’altitude, un panorama époustouflant surprend le visiteur : une table d’orientation de 360°, sculptée dans la pierre, représente au sud le rivage et la mer, puis les montagnes des Cévennes aux Pyrénées et au Nord les montagnes de la Lozère et de l’Aveyron. (Informations reprises d’après « Le Faugerois terroir du Languedoc » édité par l’association de sauvegarde et défense du Patrimoine des Hauts Cantons en 1993).
Encore plus loin, en Roumanie, le pays où j’ai vu le jour, l’on trouve, encore aujourd’hui, un nombre impressionnant de moulins traditionnels, à vent ou à eau, en fonctionnement.
Mais, les plus représentatifs sont ceux que l’on peut admirer à Bucarest, dans le bien-connu « Muzeul Național al Satului ».
Le musée du Village roumain
« Le musée du Village roumain (en roumain : Muzeul Național al Satului) est un écomusée en plein air qui retrace la vie rurale et les traditions paysannes de Roumanie. Il est situé à Bucarest. Le « Musée du Village roumain » a été inauguré le 10 mai 1936 en présence du roi Carol II. Ses fondateurs étaient Dimitrie Gusti, Victor Ion Popa et Henri H. Stahl.
Depuis 1990, le musée couvre une superficie de 12 ha.
Actuellement, il y a 76 complexes exposés en quartiers, composés de 322 bâtiments, dont 47 maisons, 272 fermes typiques, trois églises en bois, trois moulins à vent et des installations d’adduction d’eau.
Le musée présente cette muséographie sur une superficie couvrant une surface de près de 100 000 m2. »
Ce serait beaucoup trop long rien que de mentionner toutes les activités, manifestations culturelles, fêtes, expositions et activités artistiques de cet endroit, surnommé « Orașul vrăjit » (La ville enchantée).
Je vais me limiter à la description des trois moulins… à vent !
Les moulins à vent sont des installations techniques populaires de mouture des céréales, présentes dans le paysage de Dobroudja depuis le XVIe siècle. Trois de ces unités figurent au patrimoine du Musée du Village : le moulin de Sarichioi, celui de Valea Nucarilor et celui d’Enisala.
Bien que différents par leur taille, leur puissance, leur capacité de mouture et leur structure, tous ces moulins appartiennent au même type, caractérisé par l’existence d’un pivot central autour duquel le corps du moulin peut tourner entièrement selon la direction du vent. Ils fonctionnent selon le principe de la transmission directe du mouvement. Ainsi, l’énergie éolienne captée par les ailes détermine la rotation de l’arbre (le « moulin ») sur lequel ils sont fixés. Grâce à une roue dentée (à dents) et à un dispositif appelé « lanterne », le mouvement de rotation horizontal est transmis à l’arbre vertical fixé dans la pierre mobile.
Les grains s’écoulent du panier suspendu au-dessus des pierres dans une auge automatiquement secouée par la rotation de la broche, puis entre les pierres. La farine s’écoule ensuite dans une boîte.
Le moulin de Sarichioi, dans le comté de Tulcea, datant de la première moitié du XIXe siècle, a été transféré et remonté au musée en 1953. Il est construit sur un socle en pierre, avec une ossature en chêne, et des murs et un revêtement en planches de sapin.
À l’étage, on distingue les six ailes et un balcon (« soufflet ») équipé d’un système de poulies pour soulever les sacs de céréales, d’où son surnom de « moulin à poitrine ».
L’installation présente un plan quadrangulaire avec deux pièces superposées : au rez-de-chaussée, le stockage des sacs et des outils ; à l’étage, le mécanisme et les deux paires de meules pour moudre le maïs et le blé. Celles-ci pouvaient fonctionner simultanément ou séparément, selon les besoins et l’intensité du vent.
Le moulin de Valea Nucarilor, dans le comté de Tulcea, datant de la seconde moitié du XIXe siècle, a été transféré et remonté au musée en 1965. Il a été construit sur un haut socle en pierre tronconique, qui surélève le mécanisme de captage de l’énergie éolienne bien au-dessus du sol. Ce système assure une efficacité accrue, car les vents sont plus forts à haute altitude. La charpente du moulin est en chêne, et les murs et le toit sont en planches de sapin.
Mais, mon préféré reste le moulin d’Enisala, dans le comté de Tulcea, datant de la première moitié du XXe siècle, qui a été transféré et réinstallé au musée en 1965. Il s’agit de la plus petite installation de mouture éolienne du patrimoine du musée. Conçu pour moudre de petites quantités de grains de blé ou de maïs, il pouvait satisfaire les besoins d’une famille (à l’origine, le bâtiment se trouvait dans la cour de la maison). Le bâtiment et le toit du moulin sont en roseau, ce qui lui confère une touche d’originalité et de charme.
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Les moulins, à vent ou à eau, ont joué, de tout temps, autant un rôle économique, qu’un rôle social. C’est pour cela que l’on dit en roumain : « Quand le moulin ne moud pas des grains, il moud des paroles ! »
C’est déjà le cas des moulins de la Butte Montmartre, devenus des cabarets, des restaurants, des scènes de spectacle…
Mais, ceux qui se trouvent… loin, resteront à jamais le témoignage d’un monde disparu. Et c’est, probablement, pour ça qu’ils sont « si chers à mon cœur » !
Adrian Irvin ROZEI
Muzeul Național al Satului (Bucarest), octobre 2025









J.-M. R. de Villach écrit :
Bonjour cher Adrian,
Bravo pour cette évocation de cette chanson aux paroles très poétiques (une autre époque) et de l’écomusée de Bucarest. Il est vraiment grand et doit être très intéressant. Moi j’adore ce type de reconstruction qui permet de voyager dans le temps il y en a un à côté de Villach que vous aviez visité je pense avec les enfants qui est aussi fascinant mais plus modeste en taille !
Bises à Sabine
Amitiés à tous
Jean-Marc R.