Un autre moulin de mon cœur ! (V)

Pour ce qui est du  côté Nord, le rio San Vio débouche sur le Grand Canal entre le palais Loredan Cini et le Campo San Vio. Exactement celui où l’on voit passer le couple royal roumain !

Ce palais a aussi une histoire remarquable… et complexe, comme tout endroit à Venise !

« Palazzo Loredan Cini est un complexe architectural à Venise, situé dans le quartier de Dorsoduro et surplombant le Grand Canal, entre Campo San Vio et Palazzo Balbi Valier.

Il est réputé pour être le trait d’union entre deux bâtiments différents.

Le rio St. Vito devant la Fondation Cini

Construit dans la seconde moitié du XVIe siècle, il a appartenu à de nombreuses familles nobles : fondé par la famille Loredan, il passa ensuite aux familles Caldogno et Valmarana.  

Entre les XIXe et XXe siècles, il est devenu la maison de Charles VII, ainsi que le siège du carlisme, puis la résidence du comte Vittorio Cini, avec Giuseppe Volpi, l’un des principaux industriels de la période.

Celui-ci s’est fait connaître non seulement pour ses activités politiques liées au Parti national fasciste et pour ses succès dans le secteur financier, mais aussi pour la mort prématurée de son fils, à qui il a dédié la Fondation Cini, et pour la restauration du complexe monastique de San Giorgio Maggiore.

Actuellement, le bâtiment est un musée et accueille des expositions permanentes au premier étage, tandis que des expositions temporaires sont présentées au deuxième. »

Je me suis retrouvé dans ce palais/musée… un peu par hasard !

J’avais décidé, ce beau matin de juin, de (re)visiter le Musée Guggenheim, qui se trouve sur le Grand Canal, dans le Palais Venier, à mi-chemin entre La Salute et le pont de l’Academia.

J’avais entendu, le jour même, qu’un orage allait éclater à 16 heures.

Très bien ! J’ai conçu mon programme du jour, en l’organisant de manière à arriver au Musée Guggenheim…vers 15h 45.

Sauf que, l’orage a éclaté, sans crier gare ! avec 10 minutes d’avance sur l’horaire annoncé ! Et moi, qui n’avait pas de parapluie, je me suis retrouvé mouillé (presque !) jusqu’à l’os.

Je suis entré par la première porte ouverte, dans un couloir… assez peu avenant. Là, j’ai découvert un ascenseur et, en désespoir de cause, je suis monté au premier étage. Surprise totale !

Un splendide musée …où j’étais seul en tête-à-tête avec les gardiens/guides !

En attendant la fin de l’orage, j’ai pu converser longuement avec une des (jolies) guides, lui montrer la revue des italiens de Roumanie, « Siamo di nuovo insieme » avec mon article etc., etc. Tout ça, au milieu de meubles baroques, de tableaux magnifiques, de faïences précieuses, sous une lumière tamisée !

 J’étais chez moi ! Il ne manquait que… un petit café !

Je pensais aux vers de Georges Brassens dans « Le parapluie » :

« J’aurais voulu comme au déluge,
voir sans arrêt tomber la pluie,
Pour la garder sous mon refuge,
Quarante jours, Quarante nuits. »

youtube le parapluie georges brassens – Recherche Google

Heureusement, l’orage s’est arrêté juste un quart d’heure avant la fermeture du musée.

Vous voulez, quand même, un avis sur le musée ?

Je ne m’en souviens pas !

Moi, j’avais trouvé :

« Un petit coin de Paradis,
Même sans coin de parapluie.
Je ne perdais pas au change,
Pardi !
 »

*    *    *

Revenons à notre chère île de la Giudecca !

L’industrialisation de la fin du XIXe siècle et du début du XXe a transformé l’aspect de l’île.

Les riches villas ont été démolies sans que l’on touche à la longue bande de verdure du côté sud : on la retrouve encore parmi les chantiers et les squelettes des structures industrielles laissées à l’abandon.

Un exemple représentatif pour cette quiétude un peu caché est la bien nommée « Callé delle Erbe ». Ici, au numéro 268, on trouve une trattoria délicieuse : « All’Altanella ».

Il semblerait que c’est ici, à la terrasse sur l’eau au bord du rio del Ponte lungo, que François Mitterrand aimait rencontrer ses amis !

On dit dans les « milieux bien informés », qu’il s’agit de l’un des meilleurs restaurants de poissons de Venise. Même si j’y suis passé plusieurs fois, je n’ai jamais pu y déjeuner : le restaurant était fermé. C’était, probablement un lundi ou un mardi ! 

Parmi les traces de l’industrialisation précitée, on peut rappeler le bonnetier Erion, la bière Dreher, la fabrique de montres Junghans, etc. même si ces établissements sont moins bien connus du grand public.

Mais, je ne peux pas m’empêcher de faire un petit crochet par l’histoire brillante et oublié des studios de cinéma de la Scalera Film. D’autant plus que cette escale nous rapproche du but (avoué !) de notre périple !

« Scalera Film était une société italienne de production et de distribution cinématographique, active de 1938 à 1950. Les annonces et les programmes de production lui valurent, à partir de 1939, le titre de « la plus grande maison italienne » dans son domaine. Entre 1940 et 1943, elle fut la société cinématographique italienne ayant produit le plus grand nombre de films.

L’acte de naissance de Scalera Film est daté de mars 1938. Elle a été fondée par les frères Scalera, Salvatore et Michele, sur la suggestion de Mussolini qui leur a proposé une bonne offre anticipant les lois désormais imminentes sur l’augmentation de la production (la soi-disant « loi Alfieri »), qui accordaient un financement substantiel aux productions nationales, ainsi que celle sur le monopole, une loi qui bloquait en fait largement l’importation des films étrangers (notamment américains), favorisant une plus grande production de films italiens. Mussolini, intéressé par le décollage de Cinecittà et l’explosion autarcique de cette nouvelle industrie, avait un besoin urgent d’impliquer des entrepreneurs pour les inciter à investir dans la cinématographie. »

La vie et l’œuvre de Scalera Film sont beaucoup trop longs pour être présentés dans ce texte. Il suffit de préciser que ses studios ont vu les premiers pas de nombreux acteurs et réalisateurs italiens et français, qui sont devenus, après la guerre, des noms incontournables de la cinématographie mondiale. 

Mentionnons, quand même, que c’est dans ces studios que l’on tourna « Le Voleur de Venise » et quelques scènes de « Senso » de Visconti.

Après la guerre, les coproductions sont nombreuses et très variées, les studios sont relancés et la distribution renforcée. Les listes regorgent de titres, parmi lesquels La Grande illusion de Jean Renoir, un film censuré par le fascisme (malgré le fait que le film ait été présenté au Festival de Venise en 1937 et récompensé « pour le meilleur ensemble artistique »)

En 1949, le premier film international réalisé en Italie par un producteur américain fut  Les Épéistes de la Serenissima (alias Cagliostro) par Gregory Ratoff avec Orson Welles, qui accepta également de jouer dans ce film pour tenter de convaincre Michele Scalera de financer son projet pour la réalisation d’un Othello (ce film est sorti en 1952).

La Scalera finança le projet de cette production, mais la crise financière frappa la société et la faillite survint quelques jours avant le début du film.

Scalera a été mise en liquidation en avril 1952.

*   *   *

Avant d’arriver au « climax » (le point culminant, dans une progression !) de ce texte, voici encore une anecdote historique, liée à notre périple.

Nous voilà dans la zone située à l’arrière de l’Oratorio delle Convertite, sur la Fondamenta du même nom.

Ce nom lui vient de toutes les ex-prostituées et pécheresses variées qui eurent la caractéristique commune de s’être repenties. L’édifice est maintenant le siège de la prison pour femmes.

Le premier recteur de cet oratoire fut un prêtre de la Valcamonica.

Celui-ci fut décapité entre les deux colonnes de Saint-Marc pour avoir abusé d’une vingtaine de détenues qu’il avait justement pour mission de guider.

A suivre…

Adrian Irvin ROZEI

Paris, janvier 2026

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