Un autre moulin de mon cœur ! (III)

Maintenant, il serait temps de se pencher sur l’histoire de l’île de la Giudecca et du canal du même nom.

« L’île, qui s’appelait autrefois Spina Longa (longue arête), en raison de sa forme toute en longueur, est devenue Giudecca d’après le toponyme Zudeca.

Zudeca : lieu où l’on tanne les peaux. Ce toponyme est très courant en Istrie. »

Tiens, tiens ! Voici une autre explication pour l’origine du nom de l’île !

Qui n’a rien à voir avec celle (officielle !), mentionnée au début de ce texte. Je laisse la responsabilité… aux auteurs de ces lignes !

« Les jardins et les potagers sont caractéristiques de l’endroit et un plan de 1729, dressé par Ludovico Ughi, recense ce patrimoine de façon détaillée, presque maniaque, jusqu’à en dessiner chaque allée.

Représentation graphique de « L’illustre ville de Venise, dédiée au règne du sérénissime Dominion de Venise »

Cette carte de Venise en 1729 de Lodovico Ughi est considérée comme un jalon dans l’histoire cartographique de la ville. Pendant des siècles, les cartographes de Venise avaient copié des cartes plus anciennes sans modifier significativement l’apparence de la ville. La carte d’Ughi a été la première à être fondée sur des données de terrain exactes et des mesures réelles.

 On sait peu de choses à propos d’Ughi, le cartographe. L’éditeur de la carte, Giuseppe Baroni, était l’un des six graveurs et marchands vénitiens qui formèrent, en 1718, une guilde de graveurs qui a tenté de réglementer la qualité des gravures sur cuivre et de contrôler leur production.

 Même si Venise était en déclin au début du 18ème siècle, la carte fut conçue comme une publicité sur sa richesse et sa puissance maritime.

 La rose des vents dans le coin supérieur gauche montre les différentes directions des vents et leurs noms. L’illustration en haut à droite montre une Venise allégorique prenant la mer, tractée par des dauphins et d’autres animaux marins, ainsi que le lion de Saint Marc, le saint patron de la ville.

Le bouclier sur la gauche rappelle la guerre menée à la fin du 17ème siècle par le Doge Francesco Morosini contre les Turcs pour le contrôle de la Crête. La dédicace dans la partie inférieure droite est adressée à Aleve Mocenigo, le Doge, ou dirigeant de la ville à l’époque où la carte fut dressée. »

Dans les jardins, souvent privés et inaccessibles, fleurissaient des plantes exotiques. L’on garde la trace de nombreux jardins botaniques, aujourd’hui malheureusement disparus, où l’on cultivait des plantes et des herbes médicinales rares, provenant des contrées les plus éloignées du globe, grâce aux navigateurs et aux voyageurs – cent quatre-vingts types différents de roses fleurissaient alors dans le jardin Patrol, près de la Madonna dell’Orto.

Mais retournons à notre île luxuriante de verdure où Michel Ange s’installa en 1529, pour fuir l’ennui des cérémonies et des mondanités vénitiennes (il aurait présenté un projet de pont en pierre pour le Rialto).

:”L’église delle Zitelle sur la Giudecca vue par Jirô Taniguchi depuis les Zattere

Les villas et les palais, aujourd’hui disparus, accueillirent des hôtes de renom.

Ainsi, la casa Dandolo, devant l’île de S. Giorgio, reçut le célèbre alchimiste chypriote, Marco Bragadin (plus connu sous le nom de Mamugnà) qu’on croyait capable de transformer l’argent en or. »

Pour ceux qui sont peu familiarisés avec ses pratiques, voici une explication donnée par Garzoni de Bagnacavallo, publié à Venise, en MDCXVIII :

Les alchimistes « … malaxent et les sucs, et les poudres, et les urines, et les liqueurs, et les excréments, et les minéraux ; dans des vases de verre, des carafons, des alambics, des creusets, des marmites, des fourneaux, dans des bains de sable, des bains-marie, filtrant, préparant, cimentant, soufflant, diluant, épurant, fondant, pulvérisant, lavant, incorporant, desséchant, coulant en lingots, précipitant, les mixtures en fusion et les compositions réduites à l’extrême… »

Pour mémoire :

Tommaso Garzoni, né Ottaviano Garzoni en mars 1549 à Bagnacavallo, une bourgade des États pontificaux rattachée quatre siècles plus tard à la province de Ravenne, en Émilie-Romagne et mort dans la même localité le 8 juin 1589, est un écrivain de la Haute renaissance italienne. Ses œuvres, éclectiques, ont été diffusées dans toute l’Europe et ont connu diverses réimpressions à différentes époques, au point qu’il est devenu l’un des auteurs italiens les plus traduits du Cinquecento.

Pour ce qui est de Mamugnà, ces pratiques étranges lui ont plutôt mal réussi !

Marco Bragadino ou Marco Bragadin (né vers 1545 à Chypre, mort le 26 avril 1591 à Munichduché de Bavière), est un aventurier vénitien, alchimiste qui prétend créer de l’or à partir de la poussière.

Il était  arrivé à Venise avec sa famille après la conquête de Chypre par les Turcs, en même temps que de nombreux habitants chrétiens de Chypre qui fuiraient en direction de la puissante république de Venise. Bragadino y rencontre le riche Girolamo Scotto et se fait initier à l’alchimie par le même (en anglais : Jérôme Scot).

Il prend le pseudonyme de Marco Bragadino, prétendant être le fils du défunt Marco Antonio Bragadin, ancien gouverneur de l’île de Chypre pour le compte de la république de Venise qui meurt avec les plus grands honneurs en défendant Famagouste contre les envahisseurs turcs.

Les légendes, populaires à cette époque, reflètent la crédulité et la stupeur que ce personnage suscita, avant de connaître une fin malheureuse. Démasqué alors qu’il était l’hôte du duc de Bavière, Bragadin reconnut n’avoir jamais réussi à percer le secret de l’or et fut aussitôt décapité. 

« Un autre personnage incroyable sillonnait l’Europe et l’enchantait avec sa personnalité et ses tours : Vicenzo Balsamo dit Cagliostro. Il se faisait passer pour le marquis Pellegrini, et débarqua dans l’île en 1788, accompagné de sa ravissante épouse.

Il exerça quelques temps ses prodiges, mais l’Inquisition commença à s’intéresser à lui et il préféra s’éclipser.

A cette époque, entre couvents de religieuses cloîtrées, académies littéraires et philosophiques, à l’ombre de ces jardins accueillants, aux pieds des statues de Vénus et de Cupidon, se nouaient les intrigues amoureuses et les apartés, loin des yeux indiscrets, dans une sorte d’Arcadie lagunaire. »

A suivre…

Adrian Irvin ROZEI

Paris, janvier 2026

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