Une piqure de rappel ! (II)

Agde, 01/09/2021

Nous voilà le 1er septembre !

C’est le premier jour où l’on nous a autorisés à pratiquer la « piqure de rappel » contre le Covid-19.

Je n’ai pas hésité un seul moment et je suis allé « me faire piquouser » !

Une fois cette tâche accomplie, de manière tout aussi efficace que les fois précédentes,  même si le « vaccinodrome » avait changé d’adresse, se rapprochant de l’endroit où, en été, se trouve la foule des vacanciers, au Cap d’Agde, nous avions tout le temps souhaité pour profiter des avantages de l’endroit.

Cette fois-ci, alors que la foule des « 200 000 vacanciers » (Wikipedia dixit !) avait, en grande partie, quitté les lieux, nous avons pu profiter vraiment de l’ambiance du port, mise en valeur par la lumière tamisée du début d’automne.

Il nous restait à trouver un endroit pour déjeuner !  Je ne me faisais pas un grand souci pour cet aspect, ayant vu le nombre de restaurants au bord de l’Hérault.

C’était sans compter avec la présence des « Brescoudos » !

« En un peu plus de 30 ans, le Brescoudos est devenu le plus grand rassemblement de bikers du Sud de la France. Tous les ans, des milliers de passionnés de Harley Davidson et autres Goldwing et Trikes se retrouvent au Cap d’Agde, siège du club de motards Les Brescoudos, pour participer à des balades et à des animations durant une semaine.

La Bike Week des Brescoudos est née à la fin des années 80 par une grillade improvisée. Quelques années plus tard, la grillade est toujours là, mais désormais elle se prolonge durant 8 jours. Entre les pauses gourmandes, les motards parcourent les beaux paysages de la région, encadrés par des convois sécurisés, et se retrouvent le soir autour de concerts et d’animations diverses. Le club de moto Les Brescoudos avait accueilli lors de la dernière édition près de 3 000 bikers venus de toute la France. »

Mais,

«…nouveauté cette année, les participants devront avoir le pass sanitaire. » !

Parmi les « points de chute » des Brescoudos, en 2021, on peut mentionner : Puisserguier, La Salvetat-sur-Agout, le Lac de la Raviège, Riols, Vias Plage, Marseillan Plage, Lamalou-les-Bains, Le Poujol-sur-Orb, La Tour-sur-Orb, Bédarieux, Nézignan-l’Evêque, Agde, Le Grau-d’Agde, Colombiers, Narbonne plage, Maraussan, Servian, Narbonne, Sète, Béziers… 

Et, bien entendu, Le Cap d’Agde, le siège de l’organisation et le cœur des manifestations du rassemblement annuel des « aficionados » des motos et en particulier des Harley Davidson.

On s’aperçoit que le rassemblement touche les principales villes et villages de la région, principalement dans le Département de l’Hérault.  

Très loin des « folles redonnées » à l’américaine, sur la « Route 77 » où à Daytona Beach*** !

Et pourtant, bon nombre de participants au BBW 2021 (Brescoudos Bike Week) nous ont confirmé qu’ils ont participé, au moins partiellement, à des manifestations similaires aux Etats-Unis.

Mais, l’esprit de la réunion héraultaise est bien différent !

Il suffit de consulter le programme de la manifestation pour s’apercevoir que le temps consacré aux échanges entre motards, aux repas entre amis, aux concerts et célébrations religieuses, aux rencontres avec les autorités des agglomérations traversées… prime, et de loin, sur les « folles chevauchées » à l’américaine.

Et les spécificités du lieu n’ont pas été oubliées ! Ainsi, j’ai remarqué dans le programme, pour le 1er septembre, l’arrêt «  17H45 : Le Cap d’Agde, village naturiste, accès réglementé, rafraîchissement, animations ».

J’avoue que j’aurais aimé participer à ce moment du programme ! Mais, nous n’avions pas prévu… les motos Harley Davidson exigées !

Entretemps, on avait un autre problème, bien plus terre-à-terre : Où déjeuner ?

Parce que, le 1er septembre, tous les restaurants de la ville d’Agde étaient remplis à ras bord par les Brescoudos ! En vain j’ai tenté de convaincre un restaurateur du bord de l’Hérault, qui me reconnaissait, de nous trouver une table pour quatre personnes.

« Vous trouver une table et quatre chaises, ce ne serait pas un problème ! Mais, nous n’avons plus rien à manger ! Tout a été réservé et consommé par les Brescoudos ! »

La situation était grave ! Mais, pas désespérée !

Heureusement, sur la petite place –si chouette !-, au pied de la statue d’Amphitrite,  la déesse de la mer, que je connais si bien pour avoir même tenté de la remplacer il y a un an, on nous a installé une table à côté des bikers, et nous avons pu savourer une paëlla accompagnée d’un verre de sangria.

Ce à quoi, les pauvres motards, malgré la beauté « impactante » de leurs folles montures, n’avaient pas droit ! C’est l’avantage du piéton !  

Ainsi, nous avons pu échanger quelques propos avec certains d’entre eux.

J’ai été impressionné par leur sens de l’humour, leur simplicité, le goût de la fête et de l’amitié…

Par exemple, quand j’ai demandé à l’une des participantes au rallye si c’est vrai que « je ne reconnais plus personne en Harley Davidson ! », elle m’a répondu : « Bien sûr ! » Et a ajouté : « Appelez-moi Brigitte ! ».

Quelques instants plus tard, en ayant repéré une autre « bikeuse », qui arborait un superbe tatouage sur le ventre, je lui ai fredonné, tel un Philippe Lavil: «… un Dollar pour prendre en photo son plus beau tatouage… ! », elle a éclaté de rire et m’a proposé de prendre l’instantané. Sans exigé un Dollar ! 

Je dois dire que l’image que j’avais gardée à l’esprit concernant les fans des Harley Davidson était un peu différente ! Tout ça, parce que, il y a dix ans, mon épouse et mon fils, de retour d’un voyage en Floride, se sont retrouvés dans l’avion à côté d’un groupe de motards qui revenaient vers la France, après un rassemblement Daytona Bike Week.

Tous, « entre deux âges et plutôt vers… le troisième », pesant chacun… plus de cent kilos, affichaient avec ostentation, comme chante Edith Piaf, «… des culottes, des bottes de moto, un blouson de cuir noir avec un aigle sur le dos… ».  Et l’on pouvait imaginer « sa moto qui partait comme un boulet de canon (et) semait la terreur dans toute la région… ».

Eh, bien ! Voilà qu’un événement inattendu arrive : l’avion, pour je ne sais quel motif technique, fait une escale à Philadelphie et les voyageurs sont obligés de passer une nuit sur place.

Pas de problème ! Sauf que, les « durs à cuire », avec des tatouages colorés sur le bras, qui clamaient haut et fort « Ni Dieu, ni maître ! », ne parlant un traître mot d’anglais, se sont retrouvés abandonnés dans l’aéroport !

Alors, mon épouse, 1,50m toute habillée, a pris la tête du groupe, les a amené à l’hôtel, a négocié pour chacun d’entre eux avec le concierge, en fonction de ses besoins, et  les a ramené, sains et saufs, à l’aéroport, le lendemain! Il fallait les voire, suivant comme des toutous, un petit bout de femme !

Mais, en parlant avec les Brescoudos d’Agde, j’ai découvert qu’une nouvelle génération de « fan des Harley » commence à participer à la manifestation.

D’ailleurs, entre le plus âgé et le plus jeune participant, il y avait un écart de… six décennies !

C’est une information intéressante… pour l’avenir du rassemblement !

*   *   *

Pendant l’été 1962 ou 1963, alors que j’habitais encore à Bucarest, j’ai vécu un événement qui m’a marqué et dont je me souviens… comme si c’était hier !

Un soir, je suis allé avec mes parents voir un film, sur grand écran, dans le stade « Dinamo ».  C’est une grande tradition, en Roumanie, et qui perdure encore de nos jours, de projeter des films dans des stades, jardins publics, parcs d’agrément, quelquefois même au milieu de lacs sur des petites îles artificielles, spécialement aménagées en amphithéâtre.

Tout d’un coup, mon père m’a dit : « Regarde le ciel étoilé ! Il y a un satellite qui passe ! »

Il faut dire que, à cette époque, au début de la conquête spatiale, il s’agissait d’un « événement exceptionnel », devenu aujourd’hui d’une grande banalité.

Mais, beaucoup plus important, c’était le film que nous étions en train de regarder !

Il s’agissait d’un chef-d’œuvre des « films d’aventures, de cape et d’épée », qui s’intitulait « Cartouche ».

« Cartouche est un film d’aventures francoitalien, réalisé par Philippe de Broca et sorti en 1962.

Le film s’inspire du personnage de Cartouche, brigand puis chef de bande, qui sévissait à Paris à la Cour des Miracles au début du xviiie siècle, sous la Régence.

Bagarreur mais charmeur et avec un grand cœur, Cartouche vole la paye du régiment où il avait été enrôlé avec La Douceur et La Taupe, et, accompagnés de la charmante Vénus, ils arrivent à Paris où ils vont prendre le contrôle de la bande de Malichot.

 Ils détroussent les riches et les puissants avec une certaine bonne humeur, jusqu’à ce que Cartouche tombe amoureux de la femme du Lieutenant général de police, ce qui va lui faire prendre des risques de plus en plus grands. Un jour, lors d’une embuscade, Vénus se sacrifie pour sauver Cartouche et, après son enterrement, il décide avec sa bande de la venger. »

C’est un film « culte » (comme on dit aujourd’hui) !

Il nous a fait découvrir, à l’époque, des acteurs qui sont devenus des « grands » de l’histoire du cinéma mondial.

Bien sûr, Jean-Paul Belmondo et Claudia Cardinale !

Mais, aussi d’autres interprètes du monde du cinéma et du théâtre français, de vraies vedettes, comme Odile Versois, Jean Rochefort, Noël Roquevert, Jacques Balutin, Jacques Charon, Paul Préboist, Sim, Bernard Haller …

Et, bien sûr, Georges Delerue pour la musique du film.    

En dehors du brio des acteurs, Jean-Paul Belmondo en premier, j’avais admiré, à l’époque, les décors naturels du tournage.

Comment pouvais-je imaginer, à l’âge de 15 ans, que je passerai, un demi-siècle plus tard, un tiers de l’année dans la région où le film avait été réalisé ! Et, depuis 16 mois, pratiquement, sans sortir du Département de l’Hérault !

Le centre historique de Pézenas, le Larzac, la ville fortifiée de la Couvertoirade, les terres rouges du Salagou, l’Abbaye de Valmagne, le Moulin de Roquemengarde, près de Saint-Pons-de-Mauchiens… voici les principaux endroits de la région immortalisés par le film de Philippe de Broca.

Mais, Jean-Paul Belmondo, qui souhaitait profiter des avantages de la mer, était logé, pendant le tournage, à Agde.

Dans ses souvenirs, publiés dans le magazine « Première », en 1995, Bebel dit :

« Aujourd’hui, le cinéma est beaucoup plus sérieux. Il y avait des fous, comme Alexandre Mnouchkine,  (qui a réalisé la production avec Georges Dancigers) que j’adorais, presque comme un second père. On pouvait faire les pires conneries, il hurlait, il pleurait mais il était ravi. Si on ne déménageait pas un hôtel, si on ne faisait pas les zouaves, il disait : « Qu’est-ce qu’il y a ? Vous êtes malades ? »

Et il avoue, après plusieurs décennies, en parlant de « Cartouche », que « c’est un beau souvenir » !

Pas que pour Bebel !

*   *   *

A l’occasion de chaque passage en train dans la gare d’Agde, j’avais remarqué un bâtiment étrange, qui m’intriguait ! Vu du pont qui traverse l’Hérault, on dirait plutôt un bunker ! Mais, surmonté d’une coupole impressionnante.

Plus d’une fois, je me suis demandé quel était la fonction de cet édifice, qui paraissait à l’abandon.

Ce n’est qu’en visitant le Musée Agathois, au centre de la vieille ville d’Agde, que j’ai eu la réponse à ma question.

« Le château Laurens parfois également appelé villa, est un édifice construit à partir de 1898 par Emmanuel Laurens (1873-1959) à Agde. C’est un édifice éclectique où se croisent des séquences Art nouveau et néo-grecques ainsi que de grands décors procédant de l’égyptomanie ou de l’orientalisme. »

Evidement, j’étais encore plus intéressé par cet endroit, vu la passion que je ressens pour tout ce qui s’attache au style « Art Nouveau ». En France et aux quatre coins du monde !

« Emmanuel Laurens…  hérite en 1897 de l’immense fortune d’un lointain cousin, le baron de Fontenay. Au décès de son père survenu la même année il hérite de la parcelle de Belle-Isle sur laquelle il va ériger la Villa.

Fortuné, épris de voyage, collectionneur, mélomane, ami des arts, Emmanuel Laurens fait de sa villa une sorte d’œuvre d’art totale où se conjuguent architecture, décor, mobilier et art de vivre.

La villa n’a pas livré tous ses secrets et ses artisans et artistes ne sont pas tous connus. Citons toutefois le peintre Eugène Dufour qui réalisa les décors peints du grand salon. Un dessin monumental de Louis Anquetin constituait le plafond du bureau d’Emmanuel Laurens. La salle de bains est équipée d’une baignoire-piscine décorée de faïences des ateliers de Sarreguemines, due à Eugène Martial Simas. Les vitraux des petits appartements sont signés Eugène Simas et Théophile-Hippolyte Laumonnerie.

Emmanuel Laurens commanda une partie de son mobilier à Léon Cauvy et Paul Arnavielhe, ébéniste à Montpellier. Une partie de ce mobilier a été racheté par la Ville d’Agde et est exposé au musée agathois Jules-Baudou dans l’attente de sa réinstallation dans la villa. Du mobilier Carlo Bugatti est par ailleurs attesté à la villa. »

Voilà, donc, comment j’ai « fait connaissance » avec la Villa Laurens !

Quelle bonne surprise ! Mais, aussi, quelle frustration de ne pas pouvoir la visiter, même dans le triste état qui est le sien aujourd’hui !

Heureusement, grâce à l’amabilité d’une employé de l’Office du Tourisme, j’ai pu consulter un dossier très fourni, intitulé « Le château Laurens et son décor : une demeure remarquable à Agde en 1900 ».

L’exubérance de la décoration, la variété des formes et des couleurs, l’originalité de l’agencement rivalisent, à mon humble avis, avec des Villa Majorelle, la Maison Horta ou Le Palais Güell… qui se trouvent sous d’autre cieux !

Je me suis dépêché de m’approcher de la Villa, dans l’espoir d’apercevoir, au moins, quelques éléments du décor extérieur.

Pour l’instant… je suis encore resté sur ma faim ! Attisée par les commentaires de différentes personnes de mon entourage, qui ont connu l’endroit… il y a quelques décennies !

Je me suis consolé avec la vue des meubles et vitraux, qui se trouvent dans le Musée Agathois, en attendant un (prochain !) retour dans la Villa.

« Tombée à l’abandon, elle est rachetée en 1994 par la Ville d’Agde. Elle fait l’objet d’importants travaux de restauration conduits par la Communauté d’agglomérations Hérault Méditerranée (CAHM), dans l’objectif d’une ouverture du monument au public en 2020. Les travaux, exécutés sous la maîtrise d’œuvre de RL&Associés (architectes du patrimoine), sont estimés à 10 850 000 € ».

Comme, dans l’immédiat, je ne vois que peu de chance de reprendre mes voyages au quatre coins du monde, à la recherche d’autres édifices « Art Nouveau », celui d’Agde devient une priorité !

Et, si se revacciner à Agde est une condition pour pouvoir le visiter, je suis prêt à faire un effort !

 

Adrian Irvin ROZEI

La Bastide Vieille, septembre 2021

 

*** La Daytona Beach Bike Week, également appelée Daytona Bike Week, est un événement et un rallye moto organisés chaque année à Daytona Beach, en Floride. Environ 500 000 personnes se rendent dans la zone de rassemblement pour l’événement de 10 jours.

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