Un patrimoine du quotidien… (III)

Entretemps, à Leningrad, en 1977, à l’hôtel « Astoria », moi j’avais un autre problème !

Tout d’abord, dans ma chambre, j’ai regardé attentivement le pot de fleurs sur la table du salon. Il y avait un panonceau rédigé en russe que je ne comprenais pas. Je me suis dit que l’affirmation que j’avais entendue en Roumanie sur les hôtels pour étrangers d’Union Soviétique devait être vraie : « Dans les chambres, il y a un panneau qui dit : Veuillez ne pas arroser les fleurs ! Les micros rouillent ! »

J’ai cherché partout… mais je n’ai pas trouvé de micro !

Mais, pendant ce temps, je mourais de faim ! C’était trop tard pour changer de l’argent et mes billets de « valuta » n’étaient acceptés nulle part.

Je suis parti à la recherche d’une solution dans l’hôtel. Dans la grande salle de bal, là où aurait dû avoir lieu la fête programmée par Hitler, un groupe de touristes étrangers mangeait et buvait à satiété.

Salle des banquets de l’Astoria

Et moi, avec l’estomac dans les talons !

Alors, j’ai repéré une jeune et jolie guide du groupe de touristes. Je me suis approché et, profitant du brouhaha général, je lui ai exposé mon problème.

J’ai compris, d’après son accent, qu’il s’agissait d’une russe, mais qui parlait parfaitement l’anglais. Elle a hésité un moment, puis m’a susurré : « Attendez-moi dans votre chambre ! »

Encore plus intrigué, je suis remonté dans ma chambre. Un quart d’heure plus tard, j’ai entendu gratter à la porte. C’était mon guide, avec un bout de pain et une plaquette de chocolat à la main !

Elle me faisait, avec l’index sur la bouche, le signe de se taire et, avec son autre main, elle m’a indiquée la table de nuit. Puis, elle est partie sans dire un mot !

J’ai compris que ce n’étaient pas les fleurs que je ne devais pas arroser, mais… la table de nuit !

*   *   *

Une fois le problème du dîner réglé, je pouvais passer l’esprit tranquille à l’activité qui motivait ma visite à Léningrad : la rencontre avec les grands personnages du passé russe.

Mais, avant de sortir de l’hôtel, j’ai pris quelques précautions ! J’ai fermé ma valise avec deux cadenas. J’avais même l’intention de laisser trainer un papier avec un commentaire aigre-doux : « Inutile de fouiller cette valise : il n’y a qu’un vase en cristal ébréché ! »

Je dois préciser que trois ans auparavant, à ma première visite à Bucarest, sept ans après mon départ définitif de Roumanie, je logeais dans un des hôtels « historiques » de la capitale roumaine : « Lido ».

« L’Hôtel Lido est un hôtel de Bucarest, situé sur le boulevard Magheru, inauguré en août 1930.

L’achèvement de l’ensemble du complexe, qui comprenait un jardin, un restaurant et la première piscine à vagues artificielles de la capitale – principale attraction de l’été – a eu lieu avec l’ouverture de l’Hôtel.

Resté profondément enraciné dans la mémoire de la ville par la magie, l’élégance et l’attrait qu’il représentait, il était profondément aimé par les personnages importants de l’époque, étant mentionné dans plusieurs œuvres littéraires comme le lieu magique où se passent les moments les plus merveilleux.

Selon un article publié dans la revue “Arhitectura” de 1958, à l’occasion du réaménagement du complexe, “la piscine avait une superficie de 500 mètres carrés et était bordée de grès bleu et blanc”. La machine à vagues ainsi que toutes les installations de la piscine ont été rénovées et améliorées. (…)

Le mur de fond du bassin a été aménagé pour des projections en installant un écran roulant ; la salle des opérateurs se trouvait au premier étage de l’hôtel”.

Les journaux de l’époque soulignaient la dotation de l’hôtel “avec les équipements de gymnastique et de massages électriques les plus perfectionnés”. Son succès était également dû aux dîners ou aux bains du soir, où parfois il n’y avait plus de places assises.

Après l’inauguration en août 1930, le nom “Lido” était présent partout. L’admiration pour cet endroit s’épanouit immédiatement grâce à la qualité des services, des plats appétissants et surtout du bar et de la musique jazz qui résonnait jusqu’au matin pour la joie des clients.

Dans un passage de « La réalité illustrée », on retrouve l’impact que l’hôtel a eu sur la société roumaine : ” Bien qu’ouvert seulement depuis quelques jours, le grandiose « bassin avec des vague de mer » a reçu l’accueil le plus enthousiaste de la part du public de Bucarest et des étrangers venant dans la capitale.

Les efforts déployés par les organisateurs pour doter la métropole roumaine d’un établissement de grande utilité et d’un monument d’une réelle beauté architecturale ont été récompensés par l’enthousiasme manifesté par le public. »

L’attraction la plus importante de Bucarest entre les deux guerres était sans aucun doute la piscine du Lido. Les vagues « marines », la décoration, l’ambiance et la musique jazz « délicieuse » ont fait de ce lieu le symbole d’une époque luxueuse. L’équipement qui créait les vagues artificielles était, à l’époque, l’innovation la plus moderne et le personnel était aux petits soins envers ses clients. Ainsi l’eau de la piscine était changée tous les deux jours, purifiée, chauffée et désinfectée par l’ajout de chlore.

La publicité pour la piscine du Lido a été présentée dans diverses publications de l’époque, avec l’hôtel et la piscine toujours en première page, mais il y avait aussi des affiches dans le plus pur style Art déco, des affiches qui invitaient chaleureusement les gens à participer à cette merveilleuse ambiance.

Mon père, Ionel, avec bonnet de bain, et son frère jumeau, Aurel, à la piscine du “Lido” en 1932.

Les rythmes de danse endiablés étaient soutenus par le Bachman Jazz Orchestra, venu tout droit de Budapest, ainsi que par celui de Johnny Morris et Elly Roman. Les places étant limitées, les affiches annonçaient sérieusement : « Compte tenu de l’afflux quotidien, le public est prié de réserver à l’avance ses tables au “Lido” autour de la piscine aux vagues maritimes ».

Bien sûr, pendant toute mon enfance, je n’ai jamais eu l’occasion de coucher à l’Hôtel « Lido ». J’ai réussi, quand même, à me faire inviter une ou deux fois, à l’occasion du passage à Bucarest de quelques amis français, à la piscine de l’hôtel.

En 1974, missionné par ma société pour négocier un contrat de vente de quelques milliers de tonnes de polyéthylène, j’ai choisi le « Lido » et pas « l’Intercontinental », un gratte-ciel en béton, récemment inauguré par la compagnie aérienne « PANAM ». 

Comme à Leningrad : « Astoria », pas le « bunker » nommé « Léningrad » !

En sortant du « Lido », j’avais pris soin de bien fermer ma valise. En revenant, le soir, j’ai découvert que la valise fermait difficilement.

Je l’ai étudié sous toutes les coutures. C’est ainsi que j’ai découvert que la tige métallique de la charnière avait été enlevée et que, probablement, au moment de la remise en place, elle s’était tordue. Les « artisans » de cette intervention non-sollicitée l’avait donc laissé… à moitié en dehors de la charnière !

C’est pour cette raison que, par la suite, dans les grands hôtels de ce genre de pays, et pas seulement « socialistes », je réfléchissais longtemps si je devais cadenasser ma valise… ou non !

En sortant de l’Astoria, ce soir de septembre 1977, j’ai eu un choc !

Il faisait beau, la nuit était tombée, une pluie légère avait mouillé le macadam qui brillait, il n’y avait que quelques lampadaires en fer forgé avec un halo de lumière autour des ampoules discrètes.

Devant moi, un parc, un petit bois, dominé par une forme étrange éclairée qui semblait flotter entre ciel et terre. J’ai longé la Cathédrale Saint-Isaac, j’ai traversé le bois et… miracle ! Je me suis retrouvé, au bord de la Neva, au pied de la statue équestre de Pierre le Grand !

« Le Cavalier de bronze ou Le Cavalier d’airain (« Медный всадник » en russe) est une statue équestre monumentale de Pierre le Grand qui se trouve à Saint-Pétersbourg. C’est une commande de Catherine II de Russie à laquelle le sculpteur français Étienne Maurice Falconet travailla durant douze ans. La statue est érigée sur un monolithe de granite à peine travaillé, l’une des plus grosses pierres jamais déplacées par l’homme…  

Pour le socle, on trouva à Lakhta, aux environs de Saint-Pétersbourg, une grosse roche appelée « Громкамень », « la pierre Tonnerre ». Enfoncé dans le sol marécageux, le bloc dut être dégagé à l’aide de grues et de cabestans. Puis il fut halé (6 km de déplacement terrestre) durant l’hiver sur le sol gelé, au moyen d’un traîneau métallique glissant sur des rails mobiles pourvus de sphères de 13,5 cm de diamètre, le tout en bronze. Ces travaux furent menés par l’ingénieur militaire Marin Carburi. Après un court transport maritime, le lourd monolithe arriva à destination en 1770 : l’événement fut commémoré par une médaille.

Ce serait « le plus gros monolithe jamais déplacé » : en 1882, à l’occasion du centenaire du monument, un article de  Nature donne les dimensions suivantes : 7 × 14 × 9 m, pour 1 500 tonnes. »

Je rêvais depuis des années à cet endroit !  

Et me voilà enfin seul, en tête-à-tête, avec le Tsar de toutes les Russies !

Je me suis assis sur un banc, sous le bras tendu de Pierre Ier.

Dans ma tête, j’entendais déjà le rythme saccadé des sabots du cheval du « Cavalier d’airain », tel que le décrit Pouchkine dans son célèbre poème en 1833.

« Ce long poème narratif a été inspiré à Pouchkine par la célèbre statue équestre de l’empereur Pierre le Grand par Étienne Maurice Falconet. Ce monument se trouve au centre de Saint-Pétersbourg, sur la place des Décembristes (anciennement place du Sénat), à quelques pas de la Neva. Il figure l’empereur monté sur son cheval, juché lui-même sur un énorme rocher de granit

D’ores et déjà reconnu par la majorité du public comme le plus grand poète russe, grâce à des œuvres comme Eugène Onéguine ou Boris Godounov, Pouchkine avait un peu délaissé la poésie et se consacrait à la littérature en prose (La Fille du capitaine) et au journalisme: Le Cavalier de bronze est l’un de ses derniers poèmes.

Le Cavalier de bronze est considéré comme l’un des chefs-d’œuvre de la poésie russe.

Le poème constitue un hommage aux splendeurs de la nouvelle capitale de l’empire.

 Pouchkine y avait passé les premières années suivant sa majorité, avant son exil ; une période heureuse de sa vie également évoquée dans Eugène Onéguine. Il était revenu s’installer à Saint-Pétersbourg peu après son mariage. 

Le Cavalier de bronze (dont le héros, Eugène, porte le même prénom qu’Onéguine), ou le chaos contre l’absolutisme, est surtout une métaphore des rapports complexes de Pouchkine avec le pouvoir tsariste : hostilité, loyauté, fatalité. »

Je me souvenais de ce « conte fantastique qui se déroule lors d’une des terribles crues de la Neva.

Un jeune homme, Eugène, trouve refuge sur la statue d’un lion d’où il assiste à la catastrophe. Lorsque les eaux se calment un peu, il se précipite vers le quartier populaire de Pétersbourg où habite sa promise, Paracha. Hélas, la maison de celle-ci a été emportée par la Neva.

Eugène, devenu à moitié fou, se met à errer en ville. C’est ainsi qu’il se retrouve un jour sous la statue de Pierre le Grand. Il défie l’empereur qu’il juge responsable du drame.

Soudain, il a le sentiment que la statue s’est mise à bouger et qu’elle se lance à sa poursuite. Le malheureux fuit éperdument. On retrouve son cadavre dans une petite île perdue au milieu des marécages. »

Tout d’en coup, me revenaient dans la mémoire les scènes de ballet du compositeur russe Reinhold Glière, créé le 14 mars 1949. J’avais vu des extraits, tant et tant de fois, dans mon enfance, en Roumanie. Sur scène et sur le petit écran.

Et, par moment, j’avais le sentiment que les flots de la Neva allaient m’emporter, comme le jeune homme du poème de Pouchkine !

Je suis parti, dans la nuit, à travers la ville silencieuse. Mais, dans mes oreilles résonnait la musique de Tchaïkovski, l’autre « grand » de Saint-Pétersbourg ! Comme dit l’excellent musicien Alain Duault : Saint-Pétersbourg : la ville dont Tchaïkovski est le héros !

Le concerto no. 1 pour violon de Tchaïkovski en transcription par mon père… à son seul usage!

Du fond de ma mémoire, ressortaient les accords de la « Barcarole » de Tchaïkovski, que mon père avait transcrite pour violon, et qu’il jouait si souvent, dans les soirées d’été à Bucarest.

Tour-à-tour, « La Dame de pique » ou « Eugène Onéguine » m’accompagnaient au long des canaux de la Neva.

En rentrant fort tard à l’hôtel, je me suis dit :

« Je suis venu à Leningrad, mais je n’ai vu que Saint-Pétersbourg ! »

Mon sentiment de 1977 aurait-t-il été prémonitoire ?

Adrian Irvin ROZEI

Boulogne, février 2024 

One thought on “Un patrimoine du quotidien… (III)

  1. M.B.G. de Genève écrit :
    Merci d’avoir réveillé quelques souvenirs.

    L’hôtel Lido a été revendiqué avec succès par un lointain parent après une âpre bataille et après avoir pu négocier un montant basé sur le bénéfice d’exploitation une fois l’hôtel refait. Quant à l’emplacement de la piscine, qui n’existe plus, plusieurs autres parents bloquent la conclusion d’un accord. Peu après la réfection de l’hôtel, j’étais allée prendre un café dans une salle où il y avait encore de magnifiques meubles anciens. Depuis le mobilier est devenu « design » et sans intérêt.

    Quant à St. Pétersbourg, j’y suis allée avec un voyage organisé de Suisse pour le Nouvel-An 1976-1977. Je logeais à l’hôtel Europeïskaia art nouveau magnifique et nous avons abondamment mangé.
    Je conserve un souvenir impérissable de la 1ère sortie en groupe, de nuit, par -38 degrés. Les immenses avenues enneigées étaient désertes. Le Neva n’était qu’un anarchique entassement de blocs de glace sui s’entrechoquaient. Le musée de L’Ermitage n’avait que quelques salles d’ouvertes.

    Dans le train de nuit de Leningrad – à l’époque – à Moscou, il y avait un groupe d’Ouzbèques, venant faire leur pèlerinage au mausolée de Lénine, faisant du thé dans un samovar dans le couloir et partageait des pastèques.

    A Moscou, au bolchoi, nous avons dû essuyer Eugène Onéguine, la salle était surchauffée et une femme ayant refusé d’ôter un large couvre-chef de fourrure me bouchait la vue, j’ai dormi tout le spectacle.
    Le plus magnifique a été la visite de Novodievitchi avec les icônes de Roublev. Le plus terrifiant a été la visite de la prison de Lefortovo pour les prisonniers politiques, où dans la cellule, se trouvait un seul siège en fer incrusté dans le mur et à une hauteur qui ne permettait pas de poser les pieds par terre pour que le prisonnier ne puisse pas vraiment se reposer. Je le savais de Bukovski ( le prisonnier qui avait été échangé contre Luis Corvalan) et j’ai discrètement testé. C’était vrai.

    C.P. din Bucuresti scrie :
    Tare frumoasă relatare despre Leningrad, mulțumesc cu plecăciune.
    Eu l-am văzut o singură dată, în 1977 – o excursie cu Radu în URSS prin BTT-Sputnik, plătită din bani primiți cadou la nunta noastră petrecută în luna aprilie a aceluiași an.
    Am rămas fascinată și cu ideea fermă că “este cel mai frumos oraș din Europa”. N-am avut foarte mult timp, totuși am văzut Ermitajul și ne-am putut plăti o excursie “opțională” cu vaporașul pe Neva până la Petrodvoreț (sau să fi fost Ecaterinodvoreț?), palat de vară al țarilor. Și acolo timpul a fost prea scurt, iar coada de intrat în palat prea mare, altfel că între aproape 2 ore de coadă după care nu ne-ar fi rămas nici măcar o oră pt vizită până la închidere și plecarea vaporașului, am alex să vedem grădinile, cu fântâni fabuloase, jocuri de fântâni care țășneau când pășeai pe sau printre ele…

    Îmi amintesc frigul năprasnic pe care l-am tras în plin august (în centru, pe un turn situat peste deum de Sf. Isaac, un termometru electronic afișa aproape invariabil, la ora prânzului, 8 grade, iar noi venisem în haine de vară, (prost) sfătuiți de o verișoară a mamei al cărei soț lucra vremelnic la o bancă a CAER din Moscova, unde în săptămâna anterioară sosirii noastre fusese o caniculă de 40ºC. Noroc că eu port întotdeauna ciorapi, chiar și vara, dar nu aveam decât o pereche, iar peste rochia de “dyolen” aveam o jachetă dintr-o lână verde foarte buclată, îi spuneam “oița”, care m-a salvat.
    Pe lângă atracțiile mari și cunoscute, am văzut atunci – din întâmplare, am greșit stația de Metro la care trebuia să coborâm pt a merge la niște magazine mari din perferie pe care ni le indicaseră niște colegi mai mari și mai “versați” și cunoscători de rusă, ceea ce nu era cazul nostru, abia eu dintre noi doi învățasem să citesc literele și cum scrierea rusă e fonetică mai înțelegeam câte ceva; greșind stația, am avut de mers pe jos cred că preț de încă 2-3 stații în lungul unui bulevard mare și larg. Flancat de blocuri (poate “staliniste”? Nu știu, dar dincolo de faptul că erau gri, parcă arătau mai bine decât “supraîndesitele” din București, cu un iz de Vatra Luminoasă) pe la mijlocul căruia ne-a țontuit practic în loc un monument care, pt mine, a devenit simbolul absolut al militarismului agresiv sovietic. Nu era obligatoriu: monumentul era un uriaș Arc de Triumf, cu coloane masive și foarte înalte din… metal și cu ceva basoreliefuri, sculpturi, inscripții pe frontispiciul transversal; nimic neobișnuit, eu crescusem practic la “picioarele” Arcului de Triumf din București astfel încât pentru mine un Arc era o imagine familiară și ar fi trebuit să mi se pară mai degrabă “prietenoasă”. Ei bine, NU: arcul, cu colanele lui (dorice, îmi amintesc perfect!) era vopsit în… verde închis militar, culoarea tancurilor și a mașinilor de teren ale armatei. Ne-a dat fiori pe spate… dar am rămas cu sentimentul că, noi, am văzut la Leningrad, ceva ce niciodată nu văs turiștii, ne-a consolat pentru cele vreo 45’ de mers pe jos în pas alert până la magazinele unde colegii vorbitori de rusă ne-au ajutat să cumpărăm nu mai știu ce obiect electrocasnic.

    Și… am uitat să mai spun: pregătindu-se pentru Olimpiada din 1980, rușii se apucaseră să renoveze o grămadă de clădiri importante, refăcând stucaturi și tencuindu-le în culori oastel care nu știu dacă vor fi avut vreo justificate în cele originale, dar e cert că centrul istoric al orașului – și mai tot lungul cheiurilor Nevei, văzute pe îndelete din traseul turistic ghidat făcut cu vaporașul, arăta ca… o cutie de bomboane fondante, decorate cu stucaturi albe. Și poleiseră cu aur mai toate turlele, cred că și pe ale Sf. Isaac, că doar clădirea catedralei adăpostea (cum aflat oripilați) ditamai “Muzeul Ateismului)…
    Mi-am dorit multă vreme să mai pot reveni, chiar la Leningrad și cu atât mai mult la St. Petersburg, dar… pe lângă oroarea mea de frig (și de aspectele urbanistice ale “capitalismului sălbatic” de după destrămarea URSS, din care am văzut, cam în fugă, o mostră în 2008 la Moscova) ceva m-a tot demobilizat.
    Iar acum – potrivit vorbei încasate de caricaturistul Mihai Stănescu, a cărui ultimă carte/album dată la tipar înainte de Revoluție a tot fost amânată de la publicare sub motivul invocat explicit de editor că “Acum nu e momentul” (formulă care a devenit chiar titlul volumului, publicat foarte curând după decembrie ‘89, că, deh, era deja “pe țeavă”- nici pentru vizite la St. Petersburg, ba nici chiar în alte foste “republici sovietice” mai răsăritene, nu prea e momentul !

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