Un cadeau tombé du ciel ! (IV)

Après mon départ de Roumanie, en 1967, j’ai commencé à voyager de manière « intensive et extensive », aussi bien pour mon travail, que pour mon plaisir. Je traversais ainsi une bonne quinzaine de pays tous les ans, totalisant quelques 105 en 50 ans.

C’était une excellente occasion pour assister à des concerts… de toute sorte :  de tango, en Argentine, Uruguay et Colombie, de salsa ou bachata en République Dominicaine, de jazz, country music ou gospel, aux U.S.A., de canzonettes italiennes, à Naples ou Rome, de sirtaki ou rébétiko (grec moderne : ρεμπέτικο), en Grèce, de flamenco, en Andalousie … et tant et tant d’autres « spécialités folkloriques » locales !

Même que j’ai assisté à des cérémonies… « diverses et variées » au Moyen-Orient (mariages, barmitsvas, baptêmes…) aux sons des instruments traditionnels des pays visités ! 

Mais, à chaque fois, en consultant les programmes des spectacles du jour de ma visite, je commençais par la liste… des concerts symphoniques ! 

Ceci m’a permis d’assister, dans des salles de concert, des amphithéâtres en plein air, des arènes antiques, des clairières en bord de mer ou dans la montagne, en plein désert ou au fond d’une grotte souterraine … que sais-je ? à des spectacles présentés par des grands solistes ou des débutants… d’avenir !

Que ce soit à Rome, Venise, Naples, Athènes, Istanbul, Tel-Aviv, Mascate, Dubaï, Pattaya, Stockholm, Varsovie, Buenos-Aires, Sao Paulo, New-York etc., etc.

Mais, sous d’autres cieux, je rêvais toujours à ma place attitrée (quatrième loge, en haut à droite !) dans la salle de l’Athénée Roumain ! 

Bien sûr ! Je suis allé bon nombre de fois pour écouter des concerts à Paris, à la Salle Pleyel, au Théâtre des Champs-Elysées, dans la salle circulaire de la Maison de la Radio, voire dans le Nord de la ville…

J’ai eu, même, la chance de revoir, sur des scènes parisiennes, des musiciens que j’avais connu bon nombre d’années auparavant, à l’Athénée Roumain !

Jamais, avec la fréquence des concerts auxquels j’ai assisté à Bucarest, dans ma jeunesse !

A chaque retour à Bucarest ou dans autres villes de Roumanie (Braşov, Târgu-Mureș, Jassy…) je suis allé écouter des concerts. Bien sûr, à Bucarest, à l’Athénée Roumain, tout comme dans la Salle du Palais. 

Avec les sœurs Nemtanu, à l’Athénée Roumain et (de nouveau) le Double de Bach !

Et, en 2016, je suis retourné quatre fois en une semaine dans la « Salle Radio », à l’occasion du Festival RadiRo. J’ai profité de l’occasion pour inviter un ami et j’ai dîné …avec quelques musiciens de l’un des orchestres invités ! 

Mais, ce sont des occasions qui ne peuvent pas se répéter, sinon tous les jours, au moins… tous les mois ! 

Et, voilà qu’en 2017 est apparue, tout près de ma maison (une dizaine de minutes à pied, quand la nouvelle passerelle vers l’Île Seguin sera en plein fonctionnement !) la « Seine musicale » ! 

J’ai mis un (petit) moment avant de me familiariser avec les lieux et leur « mode d’emploi » ! 

Aujourd’hui, j’y retourne tous les mois ! Voire, plusieurs fois par mois !

Parce que, non seulement qu’ici il y a des activités …pour tous les goûts, mais l’endroit me réserve une (bonne) surprise (presque) à chaque fois ! 

Mentionner tous les programmes musicaux auxquels j’ai assisté depuis huit ans, serait impossible et trop ennuyeux ! Même si je pourrais illustrer mon propos avec des images, programmes, affiches… glanés pendant toute cette période. 

Je limiterai mon propos à quelques évènements et rencontres récentes. 

Bien sûr, en majorité, en rapport avec la musique classique. Mais, pas seulement ! 

*   *   * 

Au mois de janvier 2025, le 30 pour être plus précis, on annonçait à la « Seine musicale » un concert qui promettait d’être exceptionnel !

Voici le programme : 

Il faut préciser, d’abord, que la « Wroclaw Baroque Orchestra », comme son nom l’indique, vient de Pologne. Et, qu’il s’agit d’une « rare institution culturelle en Pologne à posséder son propre orchestre baroque jouant sur des instruments historiques. 

Chaque saison, le WBO présente sa propre série de concerts. Son répertoire comprend des œuvres allant du début du baroque au romantisme, des formations de chambre aux grands oratoires. » 

Ce n’est pas un hasard si, dans ces conditions, le WOB a été invité pour ce concert à la « Seine musicale ».

Sa présentation sur Wikipédia indique :

« La Seine musicale accueille trois ensembles en résidence :

Parmi les partenaires de renom, Laurence Equilbey dirige l’Insula orchestra fondé en 2012 ; cet ensemble sur instruments d’époque bénéficie d’une résidence dans les locaux. » 

D’ailleurs, pour ce concert, la pianiste russe a « bénéficié » d’un piano Erard de 1830 ! Avec quelques particularités d’époque trop pointues et trop longues pour être mentionnées ici.

Mais, on peut imaginer que les compositeurs au programme de cette soirée, auraient pu jouer cet instrument ! 

Un défi intéressant, même si, en leur temps, des salles de concert de 1100 places …n’étaient pas « monnaie courante » !

D’ailleurs, Chopin, lui-même, tenait à jouer sur son propre piano, ce que, paraît-il, ne lui a pas donné entière satisfaction à la première du concert. 

Pour ce qui est de la soliste, voici comment elle est présentée par Wikipédia :

« Ioulianna Andreïevna Avdeïeva (en russe : Юлианна Андреевна Авдеева ; transcription anglaise : Yulianna Avdeeva), née le 3 juillet 1985 à Moscou (Union soviétique) est une pianiste russe, lauréate du premier prix du XVIe concours international de piano Frédéric-Chopin de Varsovie en 2010.

Elle accède à la reconnaissance internationale en remportant le 1er prix du XVIe concours Chopin de Varsovie en 2010, première femme à obtenir ce prix depuis Martha Argerich en 1965. » 

On peut donc lui faire confiance, pour ce qui est de la connaissance de l’esprit du « maître de Żelazowa Wola ! 

J’avoue que je n’ai pas été déçu ! 

Mais, ce concert présentait, pour moi, un autre intérêt majeur. 

Je ne veux pas parler de la Symphonie N° 4 « ITALIENNE » de Felix Mendelssohn, que l’on peut entendre régulièrement en concert. Ce qui n’enlève RIEN à l’énorme plaisir de la réentendre !

Avec le commentaire de Felix, qui disait, à propos de Italie : « La plus grande joie de vivre depuis que je sais penser. »

Affirmation que je partage totalement avec lui ! 

Non ! Pour moi, il s’agissait du « retour de Moniuszko » ! 

Dans ma jeunesse, j’ai entendu d’innombrables fois des œuvres de ce musicien, « « compositeur national » dans son pays.

Il faut préciser qu’il s’agit de la Pologne, parce qu’il naquît en Biélorussie, déménagea à Varsovie, étudia en Allemagne, retourna en Pologne, avant de s’installer en Lituanie ! 

Nous autres, ceux nés en Europe de l’Est, là où les frontières ont changé et ont été déplacées selon le bon vouloir des Grands de ce monde, comprenons, mieux que quiconque, ce que veut dire « choisir sa nationalité » ! 

Son opéra « Halka », que j’ai entendu maintes et maintes fois dans ma jeunesse, est considérée comme « une pierre fondatrice » de la musique nationale polonaise.

Mais, l’ouverture « Bajka » (Conte d’hiver), que je ne connaissais pas, m’a séduit par sa fantaisie et… étrangement, par l’absence d’argument ! Ce qui donne à tout un chacun la possibilité de laisser s’envoler ses rêves vers un pays imaginaire !

 *   *   *

A la fin du concert, je me suis arrêté un moment près de la table où Yulianna Avdeeva accordait des autographes aux spectateurs du concert. 

Quand mon tour est arrivée, je lui adressé quelques mots (en anglais !).

Pour lui faire plaisir, en échange du plaisir qu’elle nous a donné avec son interprétation, je lui ai promis de garder sa signature à côté de celle de… Sviatoslav Richter ! Que j’ai obtenu en 1964, à l’occasion d’un concert à Bucarest, à la « Salle du Palais ». 

Y. Avdeeva et l’autographe de Richter… en lettres cyrilliques ! Avec Alvaro Iborra au restaurant, après le concert.

Entendant mon propos, Yulianna a fait : « Waouh ! » Et son regard a brillé de joie.

« Waouh est une onomatopée, c’est-à-dire une exclamation orale qui exprime une émotion de manière très directe. En l’occurrence, elle exprime l’admiration. »  

Pour mémoire :

« Sviatoslav Teofilovitch Richter (en russe : Святослав Теофилович Рихтер), né à Jytomyr (dans le gouvernement de Volhynie de l’Empire russe, de nos jours en Ukraine) le 20 mars 1915 et mort à Moscou (Russie) le 1er août 1997, est un pianiste soviétique, célèbre pour la profondeur de ses interprétations, sa virtuosité technique et sa maîtrise d’un très large répertoire. Richter est généralement considéré comme l’un des plus grands pianistes du XXe siècle. » 

Je rappelle que :

« Les premiers concerts de Richter à l’Ouest ont donc eu lieu en mai 1960, quand il a été autorisé à jouer en Finlande, et le 15 octobre 1960, à Chicago, où il fit véritablement sensation. » 

Donc, à peine 4 ans avant son concert à Bucarest, quand j’ai obtenu son autographe ! 

Mais, une autre « merveille » de Richter, qui nous a laissé « bouche-bée » en ces temps-là… est décrite comme ceci dans sa biographie : 

« En 1963, cherchant sur les bords de la Loire un monument propice à l’organisation de festivals de musique, Sviatoslav Richter jeta son dévolu sur la grange de Meslay, grange fortifiée du XIIIe siècle, à quelques kilomètres au nord de Tours : il y créa en 1964 un festival, les « Fêtes musicales de Touraine ». L’ampleur exceptionnelle de son volume intérieur et la majesté de son architecture le séduisirent au premier coup d’œil. Depuis lors, comme l’atteste l’effigie de métal dressée à l’entrée de la grange de Meslay à la mémoire de Sviatoslav Richter, ce bâtiment devient chaque été un temple de l’art apprécié des mélomanes du monde entier. » 

A l’époque, nous rêvions d’être… le hibou de la grange !

C’était le seul spectateur des concerts qui ne payait pas sa place ! 

A suivre…

Adrian Irvin ROZEI

Boulogne, mars 2025

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