Je vous rassure, tout de suite !
Non seulement que le son de « la mandarine » est parfait, rond et chaud, grâce au revêtement intérieur en bois de la salle, mais, qui plus est, la silhouette de l’ensemble est une telle réussite que… j’en suis tombé amoureux !

Et, pour qu’elle ne me manque pas, même quand je suis en « exile » dans notre maison, au cœur du Languedoc, j’ai installé… une photo sur le mur d’un hangar, près de quelques autres « Fenêtres démurées », qui représentent Bucarest, Rome, Panama, Abu-Dhabi, Jerash, La dune du Pilat, Carthagène…
On peut suivre leur histoire, pas à pas, dans les textes :
Les nouvelles fenêtres démurées… (I) | ADRIAN ROZEI jusqu’à
Les nouvelles fenêtres démurées… (III) | ADRIAN ROZEI
Tout à la fin du troisième texte, je disais, en mai 2021 :
« Maintenant, les emplacements pour des « fenêtres démurées » dans notre hangar sont pratiquement remplis !
Et pourtant, il en manque une vue… essentielle : celle de Paris !
En cherchant bien, j’ai trouvé encore une place. Mais, il faut choisir la photo !
Ce ne serait pas si difficile. Surtout que les vues représentatives de la « Ville lumière » ne manquent pas. Mais, pour ça, il faudrait que j’aille la prendre moi-même !
Chose que je n’ai pas pu faire… depuis un an. Précisément, depuis juin 2020, quand nous avons quitté « la grande ville », sous les coups de butoir de la pandémie.
Mais, je compte y retourner bientôt, prendre « l’image de mes rêves » et l’accrocher dans le hangar.
« Si la photo est bonne… », comme chantait Barbara ! »
Eh bien, et que « Le bon Maître me le pardonne, … », comme disait Georges Brassens, ce que j’ai trouvé de plus représentatif pour la Région parisienne, ce fût… « La Seine musicale » !
Installée pas loin de Carmen la de Ronda et de Monticchiello di Pienza, en Toscane !

Mais, cette description se réduit à la « peau de la mandarine » !
Il faut parler, surtout, de sa « chair » ! Autrement dit, des programmes, artistes, interprétations, évènements… qui s’y déroulent.
Pour ça, je dois faire un saut de 70 ans en arrière !
* * *
Je dois parler ici de mes premiers contacts avec la musique classique, tout au long de mon enfance et de ma jeunesse.
Voici comment je décrivais ces débuts dans mon livre bilingue roumain/anglais, publié en 2017, portant le titre : « Amintirile pestrițe ale unui adolescent atipic » (en français : « Les souvenirs bigarrés d’un adolescent atypique »).
« Ma connexion avec la musique classique a commencé d’une manière étrange !
Comme mon père jouait du violon environ deux ou trois heures chaque après-midi, j’ai « flotté » dans une atmosphère musicale dès mon plus jeune âge. On ne peut pas dire qu’il était un virtuose de l’archet, mais, passionné de musique classique, il a « réécrit » les principaux concertos pour violon, en éliminant les parties difficiles à exécuter pour un amateur talentueux, mais en préservant les thèmes principaux et la « mélodie » de ses œuvres préférées.

Au début, il n’y avait que les célèbres concertos pour violon classiques (Tchaïkovski, Beethoven, Paganini, Mendelssohn – Bartholdy, Lalo), mais plus tard il y a ajouté des thèmes d’airs d’opéra (Verdi, Gounod, Offenbach), des pièces pour violon célèbres (Kreisler, Vieuxtemps), des transcriptions de pièces pour piano (Debussy, Schumann, Rubinstein, Chopin), et même des romances roumaines (Mai am un singur dor, Steluța, Ce te legeni, codrule) ou les mélodies du jour (N. Kirculescu, V. Soloviov-Sedoi, A. Giroveanu).
Sa sélection comprenait également des thèmes du folklore roumain (Trandafir de la Moldova, Pe Mureș și pe Târnave), de la musique italienne (Torna Surriento, Santa Lucia, Bella ciao), espagnole (Amapola, Ay, ay, ay !), et même de la musique soviétique (Suliko, Nuits dans les environs de Moscou).

Il s’est ainsi composé un répertoire de plus d’une centaine de thèmes, que j’ai entendu se répéter à intervalles réguliers, sous son archet.
Au moment où j’écris ces lignes, j’ai sous les yeux les cinq cahiers d’écolier, dont certains portent l’armoirie de la R.P.R. (« République Populaire Roumaine », nom officiel du pays après 1947) sur la couverture, « sauvés de l’incendie » par des collègues de l’École nationale des mines de Saint-Étienne, qui nous les avaient rapportés d’un voyage en Roumanie en 1968.

En 1957, Mendi Rodan, un cousin de ma mère, un « enfant prodige » de l’archet et de la baguette, âgé de seulement 28 ans, nous a invités à assister au concert qu’il dirigeait à l’Athénée roumain.
Il poursuivra, par la suite, une carrière internationale de chef d’orchestre, dirigeant les orchestres les plus prestigieux du monde à Vienne, Bruxelles, Londres, Paris, Jérusalem, Oslo etc.
Pourtant, à l’âge de dix ans, l’idée de passer deux heures, enfermé dans une salle obscure, à écouter un concert de musique classique, ne m’enthousiasmait pas vraiment ! D’autant plus que je voulais lire un recueil fascinant de contes pour enfants.
Mon père a alors eu une excellente idée. « Tu peux emporter le livre avec toi et le lire pendant le concert », m’a-t-il dit. Je ne sais pas comment ça se fait, mais je n’ai même pas lu deux pages, tellement j’étais passionné par ce que j’entendais.
L’année suivante, en 1958, a eu lieu le premier Festival et Concours International « George Enescu ».
J’ai suivi avec passion les concerts du festival, dans les salles et à la télévision, et, l’année d’après, j’ai souscrit un abonnement aux concerts de l’Orchestre Philharmonique “George Enescu”, que j’ai renouvelé année après année, sept fois, jusqu’à mon départ de Roumanie.
En tant que collégien, puis plus tard comme étudiant à l’Ecole Polytechnique, le prix d’un abonnement était ridiculement bas – entre 2 et 4 lei, (équivalent à 0,5 – 1 Euro d’aujourd’hui), si je me souviens bien.
Pendant toute cette période, j’avais la même place, dans une loge en haut à droite, à l’Athénée, une place pour laquelle je me bats encore aujourd’hui, lorsque je vais y écouter un concert ! (A Bucarest, à Paris et… ailleurs ! note 2025)

Bien sûr, au cours de toutes ces années, j’ai également assisté à des concerts dans la Salle du Palais, la Salle Radio, la Petite Salle de Știrbey Vodă et en plein air, mais les concerts du dimanche matin à l’Athénée m’ont laissé un souvenir inoubliable.
Pendant sept ans, j’y ai vu et écouté les plus grands musiciens de l’époque, diriger ou se produire sur ces scènes.
Les énumérer tous serait beaucoup trop fastidieux, voire impossible.
Je ne peux cependant pas oublier David et Igor Oïstrakh, Yehudi Menuhin, Sviatoslav Richter, Isaac Stern, Nathan Milstein, John Barbiroli, Herbert von Karajan, Roberto Benzi, Ivry Gitlis, Ghenadi Rojdensvenski, André Cluytens, Lola Bobescu, Henri Szering, Magda Tagliaferro, Monique de la Bruchollerie, Lorin Maazel et bien d’autres encore.
Bien sûr, nous avons également écouté les plus grands musiciens roumains de l’époque, les chefs d’orchestre George Georgescu, Mircea Basarab, Iosif Conta, les solistes Ion Voicu, Valentin et Ștefan Gheorghiu, Șt. Ruha, Alexandru Demetriad, Daniel Podlovschi…
J’ai aussi apprécié ceux qui, tôt ou tard, sont restés à l’étranger, le plus souvent après une tournée de concerts : Sergiu Comissiona, Mândru Katz, Constantin Silvestri, Radu Aldulescu.
J’ai également rencontré d’innombrables compositeurs roumains (Anatol Vieru, Ion Dumitrescu, Tiberiu Olah, Miriam Marbé) ou étrangers (Haciaturian) dans les salles de concert.
Je parlais souvent à Ludovic Feldman pendant les pauses, ou plutôt, c’était mon père, qui le connaissait depuis son enfance, qui lui parlait.
Après 1964, lorsque Costin Cazaban, mon cousin et excellent ami, est entré au Conservatoire de musique, la plupart de ces musiciens sont devenus ses professeurs, d’où une nouvelle occasion de contacts.
J’ai déjà évoqué la tradition établie dans les années ‘60 : après le concert du dimanche, nous allions de temps en temps à la brasserie de l’Athénée Palace, où nous commandions toujours le même « Menu fixe », pour 10 lei (eq. 2 Euros de 2025 !) : soupe de chou-fleur, soufflé de brochet, roulade à la marmelade !
Peu importe ce que l’on mangeait ! L’ambiance, la qualité du service et l’habitude de fréquenter de tels lieux étaient plus importantes.
Comme je le disais à l’époque : « Tu es un Noble, tu vis en Noble ! »
C’était un effet secondaire de la vie musicale de l’époque !
En revenant semaine après semaine, pendant sept ans, aux concerts de la Philharmonie, j’y ai créé un cercle d’amis ou de connaissances. »
Dans mon texte, suivent des souvenirs d’évènements et de personnages… qui n’ont pas de raison d’être mentionnés ici.
Mais, je ne résiste pas à la tentation de rappeler une anecdote, que je n’ai pas raconté dans mon livre.
Un jour, alors que j’étais élève à l’Ecole Polytechnique, un de mes collègues est venu me dire : « J’ai appris que tu fréquentes, semaine après semaine, les concerts de l’Athénée Roumain. C’est vrai que, à l’entracte, on peut draguer des « super Nanas » ?
J’avoue que… je ne m’étais jamais posé cette question !
Mais, à partir de ce jour, j’ai envisagé, aussi, cette conséquence de mon amour pour la musique classique !
A suivre…
Adrian Irvin ROZEI
Boulogne, mars 2025