Soirées (III) de « Monsieur-le-Prince »…

La troisième étape de mon odyssée germanopratine m’a amené dans un endroit « iconique » de la culture parisienne : « Le Champo ».

J’ai déjà eu l’occasion de parler de cet endroit dans un texte intitulé :

« Le Champo » à 80+… | ADRIAN ROZEI (adrian-rozei.net)

Je disais alors :

« Tout un chacun connait le cinéma qui se trouve, en plein Quartier Latin, à l’angle de la rue des Écoles et de la rue Champollion. D’où son nom !

Je ne me souviens pas à quelle date précise je suis allé, pour la première fois, au « Champo » ! Mais c’était certainement entre 1967 et 1970, alors que j’étais étudiant.  Pas à Paris, mais à St. Étienne. Donc, je ne peux même pas me reprocher quelque chose, comme l’affirme la directrice du cinéma, à propos des étudiants du Quartier Latin qui « dès l’ouverture, ont préfères les fauteuils de sa salle du Champo aux bancs des amphithéâtres universitaires ». Et Christiane Renavand ajoutait : « Nous avons beaucoup de fautes sur la conscience » !

C’est vrai !

Mais, pour moi, ce ne sont pas celles auxquelles on pense.

J’aime beaucoup la programmation du « Champo ».
Ce que je leur reproche, c’est que, vent, neige ou canicule, il faut faire la queue sur le trottoir, devant le cinéma….

j’ai réussi à rencontrer Mme. Renavand pour lui présenter ma suggestion : tout simplement vendre les places une heure ou deux avant la séance (une « prévente », comme l’appellent les gens du métier), ce qui nous permettrait d’aller dans un café voisin et revenir quelques minutes avant le début de la séance. »

On peut trouver mon texte complet à l’adresse mentionnée précédemment.

Mais, aujourd’hui j’ai une bonne nouvelle à vous annoncer : mon vœu a été entendu et exaucé ! 

En arrivant, par temps de pluie, une quinzaine de minutes avant le début de la séance, on m’a proposé de me délivrer le billet si précieux… tout de suite.

Quel miracle ! Voilà que c’est possible !

Si je suis venu au Champo aujourd’hui, c’est parce que j’avais découvert dans l’Officiel des spectacles no. 3943, daté du 29 novembre au 5 décembre 2023, l’annonce suivante à la rubrique « Réédition » :

« ANNA

France. Couleur. De Pierre Koralnik. Avec Anna Karina, Jean-Claude Brialy, Marianne Faithfull, Serge Gainsbourg, Barbara Sommers, Henri Virlojeux.

Film musical : Anna débarque à Paris. Lorsqu’elle descend du train, Serge, directeur d’une agence publicitaire, tombe immédiatement amoureux d’elle. Dans l’espoir de la retrouver, il fait agrandir et imprimer l’unique photo d’elle dont il dispose, pour la coller dans toutes les rues de la capitale sans réaliser qu’il la croise pourtant tous les jours…

Réalisé par Pierre Koralnik, Anna est le premier téléfilm français à avoir été tourné en couleurs, pour finalement être diffusé en noir et blanc en 1967. Mélange entre les mouvements de la Nouvelle Vague et Pop Art, le film n’a jamais bénéficié d’une exploitation au cinéma et n’a que très peu été rediffusé. Sa redécouverte est due à l’admiration des Anglo-Saxons pour Serge Gainsbourg, qui a écrit et composé la bande originale du film. Anna

Anna sort donc en salles pour la première fois dans une version restaurée. Champo 5e »

C’est évident que je ne pouvais pas rater une telle occasion : voir un film « mythique » qui n’a été vu par (presque !) personne, plus d’un demi-siècle après le tournage ! Il s’agit d’un témoignage rare sur une époque, que j’ai eu la chance de vivre et qui m’a laissé de très forts souvenirs. Peut-être davantage qu’aux autres contemporains encore vivants de ce temps parce qu’il correspond à mon arrivée en France et que j’étais particulièrement disponible et intéressé par ce monde nouveau pour moi.

C’est d’ailleurs, à mon avis, l’intérêt majeur de ce film !

Il permet de revoir bon nombre d’endroits du Paris des années ’60 (des places, des stations de métro, des discothèques…), les « tendances » de la mode aux couleurs « acidulées » de l’époque, le bouillonnement culturel des « 30 glorieuses »…

Même si le rythme du film est un peu lent et l’intrigue mince, les musiques de Serge Gainsbourg ébauchent déjà les succès à venir. Il est vrai que, sur les 16 mélodies du film, une seule est passé à la postérité (Sous le soleil exactement) brillamment interprétée par Anna Karina, avant d’être reprise par d’autres chanteurs.

J’ai apprécié ce film davantage comme un « documentaire » qu’une vraie « comédie musicale », qui d’ailleurs n’a pas eu de postérité.

*   *   *

Cette fois-ci, le choix du restaurant pour le dîner qui devait suivre la projection a été une chose facile !

En parlant avec une responsable du « Polidor », j’ai appris que le « Bouillon Racine » à quelque pas de la rue Monsieur-le-Prince appartient depuis 2019 au même propriétaire.

« Le Bouillon Camille Chartier », selon le nom affiché sur l’enseigne du restaurant de la rue Racine, est aussi un des endroits que je fréquente depuis longtemps. Moins longtemps que le « Polidor », puisque le « Bouillon Racine » était jusqu’au milieu des années ’90, la… cantine du personnel de la Sorbonne !

« Le Bouillon Racine est un restaurant de Paris, fondé en 1906, situé au 3, de la rue Racine, dans le 6e arrondissement et classé monument historique en 1995.

Le restaurant est créé en 1906 par la famille Chartier, déjà propriétaire du Bouillon Chartier, situé depuis 1896 au no 7 de la rue du Faubourg-Montmartre, dans le 9e arrondissement de Paris. Établi originellement à l’enseigne du Grand Bouillon Camille Chartier, qui demeure au fronton du bâtiment, il prend avec le temps le nom usuel de Bouillon Racine, par référence au nom de la rue dans laquelle il se situe. »

Encore une fois, il s’agit non seulement d’un endroit représentatif pour la décoration et l’architecture du style « Art Nouveau », mais aussi pour l’histoire culturelle de Paris, grâce aux films et livres où ce lieu est mentionné.

Parmi nos souvenirs avec cet établissement qui dépassent la simple énumération des plats consommés, je me rappelle une soirée pendant laquelle mon épouse a essayé de vendre au cuisinier en chef des truffes provenant de notre propriété du Languedoc. Moi, j’ai « laissé faire », le sourire aux lèvres, connaissant le « parcours du combattant » à batailler avant de pouvoir commercialiser les produits du terroir, si vous n’êtes pas un professionnel. Malgré les photos et références produites, cette « affaire » n’a pas eu de suites !

Peu importe ! Une fois de plus, j’ai apprécié autant le menu que la décoration de l’endroit et j’ai refait, pour la Nième fois les photos des affiches, des céramiques, des boiseries… jusque dans les toilettes !

*   *   *

En sortant du restaurant, j’ai, encore une fois, descendu la rue Monsieur-le-Prince, en allant jusqu’au métro Odéon.  

Ici, je ne peux pas m’empêcher d’admirer, comme d’habitude, la statue de Danton, arborant une posture martiale, et l’inscription marquée sur le socle :

« De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace !» 

J’ai eu l’occasion d’en parler dans un texte intitulé :

De l’eau, Daces… ! | ADRIAN ROZEI (adrian-rozei.net)  

Je formulais à cet occasion une théorie qui, si elle n’a rien de scientifique, peut sembler aussi exacte que tant d’autres que l’on peut trouver sur les réseaux sociaux, voire sous la plume de tant d’auteurs plus ou moins spécialisés.

« Tous ceux qui ont étudié avec attention l’histoire de la Révolution française, se souviennent de la fameuse harangue prononcée devant les députés de l’Assemblée nationale, le 2 septembre 1792, par Danton, qui s’est écrié :

« De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace !» 

Certains historiens pensent, d’ailleurs, qu’il n’a fait que répéter une phrase bien plus ancienne, prononcée par Décébale, le roi des Daces, près de 17 siècles auparavant. Voyant sa capitale, encerclée par les armées de Trajan, en proie aux flammes, il aurait crié : « De l’eau, Daces, encore de l’eau, Daces, toujours de l’eau, Daces ! ». 

Derrière la statue se cache une petite enseigne qui, pour moi, a une valeur historique. Dans les années ’70-‘80, elle portait le nom de « La Bonbonnière ».

C’était un petit salon de thé, tout rose, où je donnais R.V. à mes conquêtes… d’un soir ou pour la vie !

Aujourd’hui, c’est devenu un « Bar à Manger » tout noir avec des tables de jardin en bois !

Quelle tristesse !

Que voulez-vous ? Comme disait un de mes amis, il y a longtemps :  « Quoi que l’on fasse, il y aura de moins en moins de gens qui auront connu Napoléon quand il était enfant ! »

Par moment, j’ai le sentiment de faire partie de cette dernière catégorie !

 

 Adrian Irvin ROZEI

 Paris, décembre 2023

A suivre…

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