« Roule, roule train du plaisir »… toute la nuit ! (II)

La Bastide Vieille, le 15/08/2020

 

En arrivant à Nice, au mois de juillet 1968, par le train de nuit, j’ai eu un choc ! Je n’avais jamais vu autant de palmiers ! Et pas des petits ! Plein de rangées de gros palmiers, sur la Promenade des Anglais, ou sur la Place Masséna, ou…

C’est ce jour-là que j’ai décidé, si Dieu le veut !, que j’aurai mon palmier ! Au moins un, mais avec un bel « ananas » à la base.

C’est fait, depuis 10 ans !

Et j’y tiens… comme à la prunelle de mes yeux !

Par la suite, j’ai vu plein de palmiers de par le monde ! Des grands, des petits, des « nains », des mâles ou des femelles, avec des dattes ou sans…

J’ai connu même l’oasis de Al-Ain, à Abu-Dhabi, où chaque palmier porte un numéro d’enregistrement et ne peut être coupé sans l’autorisation expresse de l’émir, même s’il vous fait de l’ombre ou s’il risque de renverser votre maison.

Pas comme à Maldonado, en Uruguay, où ils ont coupé, sur la place centrale, « pour faire moderne ! », les palmiers qu’avait connu… Garibaldi !

J’ai même failli rester pour l’éternité, à Arequipa au Pérou, quand une feuille de palmier est tombée de vingt mètres d’hauteur à 15 centimètres de ma tête, sur la terrasse du plus chic hôtel de la ville, où je prenais mon petit déjeuner !

Mais, jamais je n’ai ressenti le choc subi à la vue des palmiers de Nice, en 1968 !

Etais-ce la fatigue, après toute une nuit passé dans le train ?

Qui sait ! Tout est possible !

*   *   *

Par la suite, j’ai pris maintes et maintes fois, le train de nuit, pour aller en Italie.

J’ai déjà raconté tout ça dans un texte de 2018, intitulé : Souvenirs d’Italie. 

« Il fut un temps, dans les années ’70, où je partais de Paris -Gare de Lyon, vers 18h30, je prenais une couchette et, vers 7h le lendemain, je longeais la rive du Lac Majeur. En fonction de la saison, le lac brillait sous le soleil ou était couvert de brume, les montagnes qui l’entourent étaient d’un vert éclatant, d’un rouge-jaune resplendissant des couleurs de l’automne ou dominées d’une chape de neige…

Alors, des fois je m’arrêtais pour quelques jours, d’autrefois je continuais vers Rome, Milan ou Ancône…. mais je me réveillais toujours tôt, le matin, pour admirer le « spectacle du lac », même si c’était de très bonne heure!

Cette vue m’a toujours fasciné! J’avais le sentiment, fort naïf, de vouloir vérifier que « mes îles » étaient toujours à leur place !

Les îles, en train et en bateau en 1993 

Les îles, en train et en bateau en 1993 

*   *   * 

Vers 1973 ou 1974, j’ai décidé d’aller en Grèce, par le « chemin des écoliers » !

Une première étape, ce fut le traditionnel Paris – Milan par le train de nuit.

J’ai passé toute la journée en ville, visitant quelques musées ou expositions.

Pas très agréable !

C’était le mois de mars, il faisait froid et le ciel était gris. Je comptais me rattraper une fois arrivé en Grèce, après une traversée de nuit en ferry entre Ancône et Patras. 

Mais, d’abord, il fallait arriver à Ancône, toujours par le train de nuit, depuis Milan. 

Vers 7 heures du soir, je me suis présenté au guichet de « Ferrovie dello Stato », dans la gare de Milan, pour acheter mon billet et régler le prix de la couchette.

La gare de Milan, surtout au mois de mars, c’est tout… sauf un plaisir ! Un « trou» énorme, froid et impersonnel, hanté par une faune étrange de clodos de toute origine, il y a 40 ans, …comme aujourd’hui. 

Devant moi, au guichet de la gare, une petite japonaise, très mignonne,   essayait de se faire comprendre par l’employé qui refusait de faire le moindre effort.

Un peu pour tenter d’accélérer le processus, je suis intervenu. J’ai découvert, ainsi, que ma nouvelle connaissance comptait prendre le même train de nuit que moi, pour aller à Ancône. 

Une fois l’achat des billets accompli, comme nous disposions d’une bonne heure avant le départ du train, j’ai proposé à Nichiko (orthographe non garanti !)  de dîner avec moi. Tout ça, dans un anglais… plutôt sommaire ! 

Nous ne sommes pas allés dans un grand restaurant, mais dans une sorte de self, à la gare. En discutant avec ma petite japonaise, j’ai appris qu’elle était marié, que son « cher et tendre époux » était marin, parti en mission depuis un an, et qu’elle allait le rejoindre à Ancône, après cette longue période d’abstinence, parce que il avait obtenu un congé d’une semaine. Qu’ils comptaient passer en amoureux, en Italie. 

Une heure plus tard, quand nous avons rejoint notre train, on a découvert que l’employé nous avait attribué deux couchettes dans le même compartiment.

Très bonne initiative ! D’autant plus, que le train était presque vide. 

Moins agréable, c’est que le chauffage ne fonctionnait pas.

Je ne pouvais pas laisser ma (nouvelle) copine attraper un rhume juste à ce moment critique de son existence !

Je me suis vu obligé de la réchauffer… en la serrant dans mes bras ! 

Heureusement, une demi-heure plus tard, après le départ du train, le chauffage s’est mis en marche. Et nous nous sommes vus obligés d’enlever les vêtements de trop, tout en continuant à nous serrer… « pour avoir moins peur », comme dit Gilbert Bécaud ! 

Le lendemain matin, dans la gare d’Ancône, j’ai laissé Nichiko descendre du train avant moi. Et j’ai vu, au bout du quai, un vaillant marin de l’armée japonaise qui lui faisait les salamalecs traditionnels dans leur culture.

Nichiko ne s’est pas retournée un seul instant et moi…

                                « …je l’ai vu, toute petite,

                                    Partir gaiement vers mon oubli ! »,

comme chante Brassens.

Enfin ! Pas un oubli total, puisque je me souviens encore de son nom ! 

Deux étrangers des bouts du monde, si différents
Deux inconnus, deux anonymes, mais pourtant
Enchevêtrés sur l’autel de l’amour éternel… 

Manhattan –Kaboul 

*   *   * 

Cette aventure, dans un train de nuit italien, n’était pas ma première expérience de ce genre ! 

En 1968, à l’occasion de mes premières vacances « d’homme libre » à Rome, j’ai fait la connaissance, dans la « Pensione Leoncino », où j’habitais, de trois jeunes étudiantes venues du centre de la France.

Parmi elles, Monique m’a semblé particulièrement sympathique. 

Je ne peux pas dire que notre relation a démarré sous les meilleurs auspices !

Le premier soir, moi, qui était arrivé déjà depuis une semaine dans la Cité Eternelle, je me suis senti obligé d’étaler ma nouvelle science, en vantant les beautés de la Via Appia.

 

Comment pouvais-je soupçonner que mes « trois Grâces » avaient déniché « trois Apollons » romains propriétaires de « Fiat Cinquecento », qui les ont invités à se promener dans la ville. 

Quand elles ont demandé à voir la… Via Appia éclairée par la pleine lune, ils se sont dit que… l’affaire est dans le sac !

A cette époque, vu la pénurie de logements en Italie, la Via Appia était le lieu privilégié de rencontre des « promessi sposi » (fiancés) où les jeux de sociétés ne se réduisaient pas au MONOPOLY ! 

Le lendemain, au petit déjeuner, Monique m’a fait une scène, m’accusant de  « collusion » avec leurs soupirants ! En les appelant, furieuse, « tapetti italiani », elle faisait une confusion fréquente chez les pratiquants de la langue de Molière, qui prennent les «tapis » pour des « tapettes » !   

Mais, en dernier ressort, cette mésaventure m’a bien rendu service !

Une seule des trois belles a continué à visiter la « Via Appia by-night » et Monique est sortie tous les soirs… avec moi, jusqu’à des heures avancées de la nuit, voire au petit matin !

Quant à la troisième… elle est restée regarder la télévision à la « Pensione Leoncino » ! 

Sur le chemin de retour vers la France, comme nous étions venus en vacances grâce aux prix spéciaux des Œuvres Universitaires, nous nous sommes retrouvés dans le même train de nuit, qui longeait la côte italienne vers Milan.

Cette fois-ci, pas besoin de « Via Appia » ! Nous avons déniché un compartiment vide et nous nous sommes mis à l’aise. 

Tant et si bien, que je me suis endormi !

Vers 3 heures du matin, un contrôleur, Dieu sait pour quelle raison !, est entré comme une furie dans notre compartiment, allumant le plafonnier et exigeant de voir nos billets. 

Moi, réveillé en sursaut, ne sachant dans quel monde je me trouvais, j’ai commencé à lui parler… en roumain !

Ça l’a laissé… bouche-bée ! 

Mais, Monique, qui connaissait mes antécédents, a commencé à me secouer, 

comme  si j’étais un sac de patates :

« Adrian ! Tu es en France depuis un an ! Parle-lui en français ou en italien, mais pas en roumain ! ».

Tout s’est arrangé, sans problèmes !

Mais, Monique m’a affirmé, par la suite, que la visite inopinée du contrôleur était le résultat d’une manigance de la (pas si) belle qui avait profité pendant une semaine des séries italiennes à la T.V.!

Qui se trouvait, qui plus est, être sa sœur ! 

Le fait est que, cette aventure m’a servi de leçon !

Plus jamais je ne me suis réveillé en sursaut…  parlant en roumain !

 

A suivre…

 

Adrian Irvin ROZEI

La Bastide Vieille, août 2020

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