Les nouvelles fenêtres démurées… (II)

La Bastide Vieille, 29/05/2021

Après avoir installé la photo de Jerash, j’ai continué mes réflexions concernant  «les images essentielles du monde »!

«Quoique l’on pense, on ne peux pas oublier l’Italie! »

Là, c’est beaucoup plus simple (pour moi) : le choix doit se porter sur Rome ou sur Venise !

Comme je vais tous les ans à Rome, c’est « la Ville éternelle » qui fût « l’objet de mon choix ».

Mais, un autre choix s’est avéré encore plus difficile : quel monument choisir ? Encore une fois, c’est le voyage sur place qui allait départager les gagnants. J’ai hésité longtemps entre différents endroits possibles, pour choisir, finalement, le Château Saint-Ange. Pourquoi ? Simple !

C’est l’image que je compte  admirer pendant l’éternité !

Mais, sous quel angle la prendre ? Depuis le voisinage de l’île de Tibère, où je serai… c’est trop loin !

Une vue de « Isola Tiberina », pastel peint par mon ami Puiu (Constanţiu) Mara en 1998, offert avec dédicace en 2016.

J’ai « testé » donc sur place la vue depuis les différents ponts, avant de trouver celle que je préfère.

Et ce fût la vue du Château depuis le pont PASA ou plutôt «  Le pont Principe Amedeo Savoia Aosta » avec, au premier plan, « Le Pont Vittorio Emanuele II ». 

Mais, avec les yeux de l’imagination, je ne vois pas ces deux ponts ! Moi, je vois le Château Saint-Ange tel qu’il était  en 1900, une trentaine d’années avant la construction des ponts mentionnés.

Plus exactement, le 14 janvier 1900 ! Pourquoi cette date ? Simple ! Parce que c’est le jour où a eu lieu, au Théâtre Constanzi de Rome, la première de l’opéra « Tosca » de Puccini.

Et, comme chacun se souvient, le dernier acte, le plus dramatique, se déroule sur le toit du Château Saint-Ange.

L’opéra « Tosca » a été écrit pour Hariclea Darclée, la fameuse cantatrice roumaine, aujourd’hui oubliée dans le monde occidental.

Hariclea Haricli, alias Hariclea Darclée de son nom de scène, née le 10 juin 1860 à Brăila (Roumanie) et morte le 10 janvier 1939 à Bucarest, est une soprano roumaine

En 1890, elle est accueillie à la Scala de Milan où elle chante plusieurs saisons, créant le 20 janvier 1892 le rôle de Wally, héroïne éponyme de l’opéra de Alfredo Catalani.

D’autres créations mondiales l’attendaient à Rome avec la partition d’Iris de  Mascagni le 27 novembre 1898 et celle de Tosca de Puccini le 14 janvier 1900. Elle fera aussi une tournée aux Amériques, chantant à New-York, à Buenos Aires, en Uruguay, au Brésil et au Chili.

Elle fut adulée en Italie où on la mit au même rang que Lilli Lehmann

D’ailleurs, son nom de scène, Darclée, a été suggéré par Charles Gounod, une contraction de “d’Hariclée” en “Darclée”.

« Elle excella dans de nombreux rôles, notamment comme Valentine (Les Huguenots), Manon (Puccini), Élisabeth (Donizetti) et les principaux rôles des compositeurs véristes et belcantistes tels Bellini et Donizetti.

Curieusement, cette artiste qui s’était retirée après une carrière de 30 ans productive et couronnée de succès, fut retrouvée au Foyer des Artistes  de Milan  (créé par Giuseppe Verdi), ruinée, dit-on, pendant la Grande Guerre. Elle devait enfin rejoindre sa patrie où elle vécut dans la pauvreté.

En 1995 dans sa ville natale ont été créés le Festival et le Concours International de Chant Hariclea Darclée. »

Mais, revenons en 1900, alors que Darclée était au sommet de sa gloire.

Voici ce que raconte la musicologue Mihaela Soare :

« Cette femme est un génie artistique », disait Puccini, admirateur inconditionnel de Darclée.
N’oublions pas que Darclée a été la première Floria Tosca, c’est elle qui a chanté lors de la première de l’opéra Tosca, le 14 janvier 1900, c’est grâce à elle que Puccini a écrit le célèbre air „Vissi d´arte, Vissi d´amore” ; car Darclée lui disait:
„Maître, il y a beaucoup de tension dans Tosca, c’est très dramatique, on ressent le besoin d’une pause, d’un instant de lyrisme.”
Alors, Puccini a répondu, „très bien, essayons ça” et s’est mis à écrire un air avec Darclée ; le résultat a été cette pure merveille à laquelle s’essayent, depuis, toutes les grandes sopranos.
Puccini, lui aussi, lui envoyait des fleurs et des lettres après chaque spectacle ; après la première de Tosca, il l’a appelée „La mia brava, bella Floria Tosca”, „Ma belle et courageuse Floria Tosca”, puisque Hariclea Darclée fut celle qui a pratiquement sauvé l’opéra.»

En vérité, l’histoire de l’écriture de la « Tosca » a été un peu plus nuancée !

Darclée suivait de près, depuis Viareggio, où elle était installée pour suivre ses cours de chant et prendre des bains de mer, l’évolution de l’écriture de l’opéra par Puccini, qui se trouvait dans sa propriété de Torre del Lago, près de Lucques.
Darclée était un peu fâchée, en recevant les ébauches de la partition, car elle n’avait, au premier acte, qu’un seul air. Alors, elle a fait à Puccini la suggestion mentionnée plus haut.

Au moment de la première, qui devait se faire à Rome, pour « L’Année du Jubilée 1900 », les choses ne se présentaient pas très bien. En dehors de l’ambiance très tendue, à cause des attentats anarchistes, le monde romain de l’opéra était acquis « corps et âme » à Mascagni, l’adversaire reconnu de Puccini.

Les admirateurs de Mascagni sont arrivés au Théâtre Constanzi chargés de tomates mûres et d’œufs pourris !

Après les premiers airs de l’opéra, l’ambiance était glaciale. Jusqu’au moment où Hariclea a lancé l’air : „Vissi d´arte, Vissi d´amore”.

A la fin du chant, un silence presque religieux a recouvert la salle. Suivi d’un tel tonnerre d’applaudissements que Darclée a dû reprendre plusieurs fois l’air, devenu à partir de ce moment, son « air fétiche » !

La partie était gagnée !

Il n’y a que les critiques de métier qui, le lendemain du spectacle, ont fait la moue, en reprochant «la violence», «la durée de l’acte II», et même accusant Giacomo Puccini de reprendre certains thèmes d’œuvres antérieures. Et le plus sévère d’entre eux qualifie tout l’opéra de « trois heures de bruit »!

Moi, je ne peux pas oublier le moment privilégié quand, dans les sous-sols du « Théâtre Solis » de Montevideo, j’ai tenu entre mes mains la photo dédicacée par Hariclea Darclée, à l’occasion de sa tournée sud-américaine. Que, suite à mon insistance, le bibliothécaire en charge des archives est allé chercher au fond d’un coffre rongé par le temps !

J’ai quitté, à regret, la vue de « mon » Château Saint-Ange !

Mais, j’étais rassuré : je tenais ma photo ! Il ne restait, une fois développé, que de choisir entre les différentes variantes, celle que je pourrais admirer à tout moment. Mais, pour ce choix… nous sommes deux !

Content, je me suis dirigé vers l’un de mes restaurants préférés de Rome : « Osteria Le Streghe ». Là où le « cameriere » vient aussi de… Valachie. Comme Darclée et… votre serviteur !

C’est un endroit, que la cantatrice roumaine aurait pu connaître : il a été fondé en 1920 !

Il a, aussi, une histoire exceptionnelle. Que je raconterai… une autre fois.

Rien d’étonnant. C’est Rome !

* * *

Maintenant que le mur de droite était rempli, je me suis posé la question s’il ne fallait pas ajouter des « fenêtres vers l’imaginaire » sur celui de gauche !
Sans s’embarrasser de la forme de « l’ouverture », mais, plutôt, de celle des espaces vides disponibles.

Il restait un grand espace horizontal, situé entre plusieurs objets « agricoles » : des selles pour chevaux de labour, une roue métallique etc.

Je me suis souvenu de la photo agrandie du coucher du soleil, prise à Abu-Dhabi, à l’occasion de ma dernière croisière dans le Golfe, en mars 2019. Cela tombait bien ! Le mur est dirigé vers l’ouest. Donc, un « coucher de soleil » est parfaitement à sa place.

J’avais pris cette photo en sortant du Musée du Louvre d’Abu-Dhabi, alors qu’un hélicoptère « Chinook » survolait mon bateau de croisière. Je comptais installer cet agrandissement sur le plafond de notre « maison en pain d’épice » de Clermont-l’Hérault. Mais, aussi bien dans l’Hérault, qu’à Paris, je n’ai pas trouvé un atelier photographique capable de faire un agrandissement de cette taille. Tout au moins, à un prix raisonnable !

Alors, comme toujours quand je rencontre un problème technique insoluble, je vais le régler… à Bucarest !

Je savais que, là-bas, le patron du bureau qui se trouve en plein centre de la ville, où je réalise tous mes travaux de bureautique, (cartes de visite, reliure de livres, envois de scans ou de mails, achats de fournitures de bureau, duplication de CD etc.) prendra le temps d’écouter mes demandes… un peu spéciales, qu’il cherchera une solution et me conseillera pour le choix des matières ou des couleurs. Tout ça, pour un prix et délais plus que raisonnables !

Mais, je ne pouvais pas soupçonner qu’il venait de recevoir, juste la veille de mon arrivée, une superbe machine, venue de Grande Bretagne, achetée spécialement pour pouvoir effectuer des tirages de grand format ! Autant dire qu’il a fait ses premiers essais… avec mon poster !

Bien sûr, il y a eu un léger « couac », au moment où le patron s’est aperçu qu’on lui avait envoyé un rouleau de papier installé sur une pièce aux dimensions anglaises ! Mais, la pièce à problèmes a été remplacée en 24 heures.

Par contre, moi je me suis aperçu que le poster que je lui ai demandé était beaucoup trop grand. Il m’en a fait un autre, avec des dimensions de moitié plus réduites que le premier. Vu le prix demandé… il ne fallait pas se priver !

Seulement, j’ai dû investir 10 Euros dans un rouleau d’architecte, en plastique, dans lequel j’ai transporté les deux posters en bandoulière, à travers trois pays! Mais, ça c’est devenu une habitude !

A l’arrivée à la Bastide, un autre problème se posait !

La taille du poster étant assez grande, il s’agissait de trouver un support en contre-plaqué, une protection en acrylique transparent et quelques anneaux d’accrochage de la taille de mon poster. « Vaste tâche ! »

Personne ne voulait se charger de la découpe de ces matériaux « multiples et variées » !

Finalement, en cavalant entre deux départements différents d’un grand magasin de bricolage de notre région, j’ai trouvé une solution.

« C’est très simple ! Vous pouvez le faire vous-même ! », m’ont-ils affirmé, les mains dans les poches. « Ou, alors, en payant 78 Euros et en attendant une semaine. Mais, pour ce prix, ne comptez pas sur nous pour vous l’installer !»

« Mais, vous avez dans le magasin une table de travail de grandes dimensions », j’ai osé affirmer naïvement !

« C’est vrai ! Mais, elle est réservée aux travaux d’encadrement des posters que nous vendons et c’est une boîte de sous-traitance qui s’en sert. Elle appartient à une autre société. »

Conclusion : pour m’assurer que l’ensemble était découpé à la bonne taille, j’ai dû installer moi-même le poster dans son cadre, en plein milieu du magasin et… sur un caddy en équilibre instable ! Sous le regard torve de deux employés. Exactement ceux qui m’avaient affirmé que « c’est très simple » !

No comment !

A suivre… 

Adrian Irvin ROZEI

La Bastide Vieille, mai 2021

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