Le tour du monde… en quatre jours ! (III)

La Bastide Vieille, le 14/02/2022

Feuilles de journal

 

Pour le déjeuner, vers 1h00, le choix de l’endroit est évident : le voisinage des Halles de Carlier !

Rien de plus simple !

Depuis des années, à chaque passage à Narbonne, je déjeune au restaurant « CO ».

 « On ne change pas une équipe qui gagne ! » 

 « C’est ma règle et j’y tiens ! », comme chantait Brassens.

Mais, en prenant, à peine, le temps de prendre un café. D’autres activités nous attendent ! 

*   *   *

« Arts de l’Islam » : Un passé pour un présent.

C’est le titre de l’exposition présentée en ce moment à la Chapelle des Pénitents bleus de Narbonne.

« 18 expositions et 18 villes : c’est le projet unique mené par la Réunion des musées nationaux – Grand Palais et musée du Louvre. L’exposition… met en avant les collections du département des Arts de l’Islam dans de nombreuses villes de France. En Occitanie, trois musées et trois villes –Toulouse, Narbonne et Figeac – accueillent une partie de cette exposition à l’envergure nationale. Chacune d’entre elles met en avant des objets issus des collections du Louvre ainsi que des pièces de leur propre fonds. »

C’est une occasion à ne pas rater !

Non seulement que ce sujet m’intéresse, mais le « format » choisi me plaît beaucoup : dans chaque ville (seulement !) 10 œuvres exceptionnelles nous font plonger dans des histoires et des mondes lointains, et pourtant proches.

Par ailleurs, au vu de la présentation de cette exposition, j’ai pensé, tout de suite à Théophile Gauthier, qui écrivait en 1877 dans un de ses textes du livre « L’Orient » :

« …Cette nostalgie de l’étranger, si connue des voyageurs, s’était emparée de moi, un soir… Quand cette maladie vous prend, vos amis vous ennuient, vos maîtresses vous assomment, toutes les femmes, même celles des autres vous déplaisent…

Pour dissiper ce spleen particulier, la seule recette est un passeport pour l’Espagne, l’Italie, l’Afrique ou l’Orient. »

Eh, bien ! Cette exposition est le passeport pour toutes ces destinations à la fois !

Parce qu’elle couvre une zone immense, de Cordoue à Boukhara, et du Caire à Istanbul. Ce qui me permet de revoir des endroits si éloignés, mais que j’ai visité dans mes périples éparpillés au long d’un demi-siècle. 

Encore plus !

« Les œuvres présentées témoignent de multiples histoires artistiques, réunies dans la formule « Arts de l’Islam ». Cette notion a été inventée par des voyageurs passionnés et savants européens qui découvraient au tournant du 19e siècle et du 20e siècle l’Orient et ses décors. Ces objets… venus des pays où la religion officielle était la religion musulmane ont donc été considérés comme des objets d’art « musulman », puis plus tard « islamique ».

Or, ces productions venues de ce vaste territoire du monde islamique peuplé de musulmans, et de non-musulmans, notamment chrétiens et juifs, témoignent d’une réalité autre…

Cet art nous fait découvrir les diversités culturelles, souvent bien plus importantes que celles que nous pouvons constater entre, par exemple, la Renaissance italienne et la Renaissance allemande. » 

Cette présentation ne sait pas si bien dire !

Pas plus loin qu’il y a une semaine, j’admirais, à Paris, à l’Institut du Monde Arabe, qui présente une exposition intitulée

« Quand les Juifs  vivaient dans le monde arabe », un astrolabe presque identique à celui du texte sur les « Arts de l’Islam ». 

J’avoue que, dans l’exposition de Narbonne, j’ai regardé avec davantage d’attention les objets provenant des endroits qui me sont familiers.

Par exemple, le Caire, avec la voie qui mène à la Porte Bâb al-Zuwayla, à Damas, la cour intérieure de la Grande Mosquée des Omeyyades, à Samarcande, les mausolées royaux, et à Istanbul, la cour intérieure du palais de Topkapi… 

J’ai revu avec un grand plaisir les plats d’Iznik, avec leurs couleurs vives et des représentations florales, principalement  des tulipes et des œillets. Elles m’ont rappelé celui que j’ai acheté à mon premier voyage en Turquie, il y a 50 ans, sous lequel j’ai couché, pendant des années, dans ma chambre de célibataire !

Aussi bien, le tableau d’Albert Aublet, représentant l’intérieur de la Mosquée de Rüstem Pacha d’Istanbul, qui fait partie de la collection permanente du Palais-Musée des Archevêques de Narbonne.

Cette mosquée, avec ses carreaux de faïence bleue –encore mon « obsession azulejos ! »- a été construite, par le fameux architecte Sinan, pour le mari de Mihrimah, la fille préférée de Soliman le Magnifique et de Roxelane.

Cette Roxelane qui, pour moi, restera toujours Hürrem « La rieuse », telle que je la « voyais » à l’occasion de mes visites à Istanbul. 

Mesaj de la Hürrem (en roumain, en 2011 !) 

Mais, la rencontre la plus inattendue fût celle avec « notre voisin » de Tourbes, Gabriel François Venel !

L’exposition présente aussi un manuscrit persan du XVIIe siècle comprenant des textes liés à l’astrologie, l’alchimie et la magie. Il a appartenu à Gabriel François Venel et se trouve, aujourd’hui, à la Bibliothèque historique de médecine de Montpellier. 

J’ai découvert l’existence de ce personnage important de la science médicale à Tourbes, petit village de l’Hérault, à deux pas de Pézenas, près duquel nous passons régulièrement.   

Quand on voit midi à sa porte… 

« En nous promenant dans le village, nous avons découvert que c’est ici qu’est né Gabriel François Venel (1723-1775), docteur, pharmacien et chimiste du XVIII-e siècle.

 

Le siphon dans un restaurant traditionnel de Bucarest

Le siphon dans un restaurant traditionnel de Bucarest

En dehors de sa participation à la rédaction de « l’Encyclopédie » de Diderot, Venel a laissé sa trace dans l’histoire en inventant « l’eau de Seltz », c’est-à-dire l’eau gazeuse des siphons d’aujourd’hui.

Je n’ai pas réussi à découvrir en quoi consiste exactement l’invention de Venel, « l’eau de Seltz » existant à l’état naturel dans différentes villes thermales d’Europe. Probablement qu’il a ajouté à l’eau pure le gaz carbonique sous pression, ce qui lui a donné la possibilité de l’introduire dans le siphon, d’où elle sort avec force, quand elle est libérée. En tout cas, cette invention a fait un grand succès du XVIIIe au XXe siècle, non seulement dans les bars et restaurants, mais aussi pour l’extinction des incendies. »

Le tapis à décor de niches, tissé à Erzurum, en Turquie, au XVIIIe siècle, m’a rappelé par son fond vert, celui que je piétine tous les jours, dans ma chambre de La Bastide.

Mais, le mien a, bien que plus récent, autant de valeur ! C’est une « exception », pas si rare que ça, mais inattendue.

Il s’agit, très probablement, d’un tapis turc de prière avec une influence juive !

J’ai découvert cette étrange affaire à New-York, dans le « Jewish museum » : La covorul zburător ! (en roumain, en 2018)

« Utilisé pour recouvrir la table sur laquelle la Torah est lue pendant le service, ce tapis contient de nombreux éléments communs avec les tapis de prière musulmans d’après lesquels il a probablement été adapté. Le portail central symbolise la porte du Paradis dans les deux religions. La lampe sur les tapis de prière incarne probablement la lumière d’Allah, alors que dans un contexte juif elle représente probablement la lumière éternelle suspendue dans la synagogue sous la voûte de la Torah. Des textes rabbiniques espagnols du XIVe siècle mentionnent que certaines congrégations ont accroché des tapis de prière musulmans dans les synagogues, malgré leur interdiction. »

*   *   * 

« Il est fatiguant le voyage
Pour un enfant de mon âge… »,

chantait Serge Reggiani!

Heureusement, comme disait Pierre Augustin Caron de Beaumarchais :

 (En France) « Tout finit par des chansons ! »

Cette fois-ci, le long voyage se termine par… des accords de guitare. Ou de « requinto », pour être plus précis !        

Pour ceux qui ont raté cette leçons pendant les cours de musique, généreusement dispensés dans les collèges français, je précise que :

« Le requinto est un instrument à cordes similaire à la guitare, bien que de taille plus petite, et dont les caractéristiques varient selon la région.

On distingue par exemple les requintos aragonaisargentincolombienmexicainpéruvien et vénézuélien»                                                                                                   

Quelques jours auparavant, j’avais reçu de mes cousins argentins un message qui disait :  « Olivier Saltiel nous connaît bien, cela peut vous intéresser si vous êtes à la Bastide.»

A ce message était attaché un programme :

GUITARE MOSAÏQUE 

Olivier Saltiel, guitare et requinto

Fragrances latines, pas de gaillarde, swing jazz manouche, tango 

Âme sensible et voyageuse, la guitare mosaïque délivre avec élégance ses échos polychromes, savants comme populaires, aux esthétiques contrastées du XXIe à la Renaissance.

Œuvres de J. Dowland, R. Dyens, B. Powell, E. Satie, G. Brassens, D. Reinhardt, E. Martìn, F. Hand, V. Wavelet 

SAMEDI 12 FÉVRIER 17h

“1001 poètes” 10 place Voltaire 11 100 Narbonne

Comment pourrais-je rater une telle rencontre avec l’Amérique Latine, si chère à mon cœur ?

Nous étions « sur les barricades » à 17 heures précises !

Ce fût une heure-et-demi de récital, avec des musiques variées, interprétées à la guitare et au requinto, par un artiste  à «l’âme sensible et voyageuse », qui sait raconter avec beaucoup d’humour l’origine et les subtilités des pièces qu’il interprète.

A la fin du récital, j’ai échangé quelques mots avec le musicien. Il m’a présenté à l’une des participantes à la soirée, en ajoutant que je suis argentin. Cette affirmation m’a fait un grand plaisir, mais j’ai précisé que je viens de l’autre extrémité du « Monde latin » !

                                                      *   *   *

Le bulletin météorologique du 12/02/2002 annonce de la pluie pour les trois jours à venir. Quelle chance !

J’ai bouclé mon « Tour du monde » et je vais pouvoir me reposer un peu, avant d’écrire le texte que vous lisez en ce moment !

 « Heureux qui comme Ulysse
A fait un beau voyage
Heureux qui comme Ulysse
A vu cent paysages
Et puis a retrouvé
Après maintes traversées
Le pays des vertes années…
 » 

Georges Brassens (Paroliers : Georges Delerue / Henri Colpi)

 

Adrian Irvin ROZEI

La Bastide Vieille, février 2022

2 thoughts on “Le tour du monde… en quatre jours ! (III)

  1. C.P. de Bucarest dit :

    Tare frumos, tare mi-a “căzut bine”!

    Citit cu tot cu “hyperlinks”, cu tot cu ascultarea lui Brassens…

    “Fericit cel care, ca Ulyse” a fost și titlul unei cărți publicate în România în 1979. Îmi aminteam de acest titlu dar nu de carte, așa că am “baleiat” puțin prin ograda lui Google, stabilind că era o carte de “însemnări de călătorie” scrise de Constantin Novac – jurnalist, scriitor și scenarist, constănțean o viață întreagă…
    Se va fi vorbit de ea în epocă (românii, avizi de călătoriile pe care nu puteau să le facă citeau cu nesaț astfel de cărți de nărturue durectă și actuală, mai ales dacă erau scrise bine și de autori cu un simț al observației profund și nuanțat – îmi amintesc în special de ‘America ogarului cenușiu’ a lui Romulus Rusan – mărturia călătoriei făcute împreună cu soția lui Ana Blandiana in cadrul unei burse de studiu în SUA și de ‘Timpul trăirii, timpul mărturisirii’, rodul impresiilor lui Eugen Simion despre Parisul unui an sau doi în dare a ‘funcționat’ acolo ca lector de limba română; pe Novac e clar că nu l-am citit la timpul său…

    Să știi că, pe lângă potențiale sugestii de escale în călătorii pe care nu prea sper că voi ajunge să le fac vreodată (sau, în mod cert, de destinații pt care nu voi avea vreodată timpul de a intra în astfel de detalii, chiar dacă aș putra ajunge să călătoresc în respectivele zone…) preiau din relatările tale multe utile “învățături” pe care le aplic în bruma de călătorii pe care le fac (în ritmul îngăduit de condițiile concrete…)
    Îmi este utilă, astfel, incursiunea în “artele islamului” (îți împărtășesc le clin d’oeil critique față de formula net limitativă prin care se simplifică excesiv descrierea unei realități de o diversitate și comunicare interculturală infinit mai bogată decât producția artistică strict islamică)

    Un univers căruia nu-i pot imagina o descriere/ilustrare mai desăvârșită decât cea din admirabilul roman al lui Amin Maalouf, Le périple de Baldassare; constat – căutând titlul original, căci eu îl citisem în traducere română – că Maalouf, pe care eu îl cunoscusem prin “Les identités meurtrières”, eseu primit de Miron în facultate ca temă de studiu – are încă atâtea cărți pe teme înrudite pe care nu le-am citit, unele studii cu tentă mai academică, precum “Cruciadele văzute de arabi” /celebră, știu, dar n-am citit-o, cel puțin nu încă/, altele în cheie mai literară, cu titluri îmbietoare precum Samarcand sau Jardins de lumière…)
    Comme quoi, un livre en rappelle un autre, întocmai ca ușile tale din Tourbes în spatele cărora găsești secole de povești.
    A.I.R. de La Bastide Vieille répond :

    Multumesc mult pentru comentariile (ca deobicei!) cele mai consistente primite.
    Nici chiar cei mentionati în texte nu s-au “deranjat” sà ràspundà. Probabil cà afirmatiile mele “atipice” îi deranjeazà!
    Poveshti anexe:
    *”Maalouf, pe care eu îl cunoscusem prin “Les identités meurtrières”, eseu primit de Miron în facultate ca temă de studiu – are încă atâtea cărți pe teme înrudite pe care nu le-am citit, unele studii cu tentă mai academică, precum “Cruciadele văzute de arabi” /celebră, știu, dar n-am citit-o, cel puțin nu încă/,”
    Pe la sfârsitul anilor ’80, am primit un telefon de la un unchi al lui Sabine. Toatà familia era disperatà, pentru cà fiica lor, Bénédicte, plecase de vreun an în Egipt, cu o asociatie umanitarà, si, de vreo lunà, nu scrisese nimic.
    Cum ei stiau cà am legàturi la Cairo, m-au rugat “sà fac ceva”.
    Imediat, l-am sunat pe Aleco Paraskevas, i-am dat adresa disponibilà si l-am rugat sà încerce s-o dibuiascà pe Bénédicte.
    Aleco a luat imediat o mashinà cu shofer de la agentie si s-a dus în fundul “Old Cairo”, în cimitirul mameluk, unde fata se ocupa de nenorociti. A gàsit-o, a pus-o sà scrie o c. p. pe care mi-a trimis-o mie, iar eu am dat-o pàrintilor.
    Cred cà fata i-a sunat…dupà vreo lunà!
    Pàrintii, ca sà-mi multumeascà, mi-au oferit cartea lui Maalouf cu “Cruciadele”. Dupà care am citit altà (alte?) càrti ale aceluiasi autor!
    Bénédicte a revenit, a vrut sà devinà… càlugàritzà, a renuntzat si (cred!) cà azi este notar. N-am întâlnit-o niciodatà!
    **Màrturisesc cà, de cele mai multe ori, titlurile în românà…nu-mi spun nimic! Trebuie sà le traduc în francezà…
    Dar, cel mai straniu este “‘America ogarului cenușiu” (?). A trecut un minut pânà sà realizez cà e “Greyhound”! Desi, am càlàtorit (foatre putzin!) si cu aceastà retzea de transport. Mai degrabà, am utilizat “facilitàzile” lor!
    Cu Roùmulus Rusan si Ana Blandiana m colaborat timp de vreo 15 ani, pentru refacerea sàlii “Canalul Dunàrea-Marea Neagrà”, cum îl doream noi (tatàl meu si cu mine; ceilalti implicati… mai deloc!).
    Mai am în bibliotecà, la Boulogne, cartea de càlàtorii a lui Ioan Grigorescu “Spectacolul lumii”, de la care am învàtzat, prin anii ’60, o multime de lucruri privind obiceiurile, cultura, geografia… mondialà (De toate pentru totzi!).
    Azi, mi se pare foarte superficial si foarte “dirijat” pro-comunist. Chiar si când nu era nevoie! Nobody is perfect!

    M.B.G. de Genève écrit :
    Les arts de l’islam : quel saucissonnage ! Il faut se déplacer dans 10 villes pour voir seulement quelques œuvres. Un nouveau truc du Louvres pour faire plus de fric? Bientôt, on va voir le Louvres exploser dans une multitude de salles parisiennes sous prétexte de décentralisation. Vraiment une bonne idée?

    Si je n’aime pas les musées trop chargés qui fatiguent et que je ne visite donc plus, tout de même si peu d’œuvres pour une exposition ne peuvent donner qu’une vue très partielle ! On reste sur sa faim, on est floués et on n’a même plus l’envie de se déplacer à la ville suivante pour voir la suite.

    A.I.R. de La Bastide Vieille répond :

    Ce genre d’exposition n’est pas fait pour vous, qui connaissez {trop} bien le sujet.
    Il y a aussi d’autres arguments… pour et contre!
    On en parle la semaine prochaine depuis Paris?
    Slts.

  2. V. G. architecte à Béziers écrit :

    Bonjour M. ROZEI,
    J’ai bien reçu vos articles, j’ai commencé à en lire.
    Effectivement nous voyageons :), cela me donne davantage envie de connaître les acteurs de notre belle région.
    ……………………………………………………………
    Je viens de finir de lire.
    C’est vraiment ressourçant et enrichissant, j’aime beaucoup le réalisme en peinture, et je dois dire que votre style me rappelle ce mouvement pictural :
    un doux mélange entre culture, émotion et transmission d’une réalité simple, évidente mais néanmoins puissante.

    Merci M. ROZEI pour cette retranscription de vos moments.

    Bien à vous,

    .

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