La finta giardiniera… (IV)

ou “Die Gärtnerin aus Liebe » *

La Bastide Vieille, le 28/12/2020

Pour ce qui est de mon projet « azulejos », j’ai eu l’occasion de le décrire en détail dans le texte :

3 ans, 6 mois et 20 jours… (II)

 3 ans, 6 mois et 20 jours… (I)

 Le fait est que, aujourd’hui, trois panneaux de céramiques colorées, fabriqués à Séville, par une maison avec plus d’un siècle d’existence, reprenant des motifs décoratifs de notre choix, embellissent les murs du jardin et génèrent  des  points de vue variés, en fonction de l’angle sous lequel on les regarde.

Ils présentent des motifs qui rappellent, tout aussi bien, le Languedoc, la Roumanie ou le monde latin en général (France, Italie, Espagne etc. …).

Ceci est aussi valable pour le cadran solaire, toujours en « azulejos » fabriqués à Séville, qui nous indique l’heure exacte… si nous faisons la correction imposée par le changement « d’heure légale », deux fois par an.

Son histoire, avec tous ses avatars, a été racontée dans un texte intitulé :   L’heure exacte !

La même chose pour le « Jardin Zen », que certains préfèrent appeler simplement « Jardin japonais », et dont l’Odyssée a fait l’objet du texte:

 Je suis Zen! (II)

 Je suis Zen! (I) 

*   *   *

Parler d’autres « expériences », tentatives et projets du même genre, rendrait ce texte beaucoup trop long et ennuyeux ! 

L’idée poursuivie patiemment est… toujours la même : multiplier, en tout petit, la construction des « fabriques de jardin », afin de ménager des coins aussi différents que possible, qui ouvrent l’imagination… vers le rêve !

Et dans ce but, les fleurs, fruits, buissons, massifs floraux… jouent un rôle essentiel ! 

Je dois avouer que dans ce domaine, en dehors des expériences plutôt théoriques, mentionnées précédemment,  mon « savoir faire » était presque nul !

Ah, j’ai rencontré déjà des « spécialistes » qui, parce qu’ils arrosent consciencieusement trois pots de pétunias sur leurs balcons, en ville,  s’érigent en « conseillers en agriculture», en donnant des avis péremptoires sur les traitements qu’il faut appliquer, à grande échelle !

L’affaire est tout autre, quand il faut s’occuper d’un jardin de quelques 2800 mètres carrés, qui existe depuis des décennies et que l’on souhaite voir « croître et embellir » d’année en année.

Je dois avouer que je ne me serais pas attelé à une telle tâche, si je n’avais pas su que je pouvais compter sur l’aide et l’expérience de mon épouse. 

A ma grande différence, elle est une vraie « enfant de la campagne » : elle a vécu, depuis sa naissance et jusqu’à l’âge adulte, dans une propriété authentiquement campagnarde, où les prés et les bois se côtoient,  où les truites, en liberté, nagent dans des bassins, où une source jaillit de la forêt, donnant naissance à une petite rivière, qui alimente les bassins, dont l’un d’entre eux nous a servi de piscine  pendant des décennies, que les conifères et les feuillus se partagent des centaines d’hectares… Et, à côté, on rencontre un jardin potager, des pelouses et des jardins d’arbre fruitiers, des allées bordées de roses et des grottes ou des serres du XIXe siècle.  

C’est ainsi qu’est née, dés sa plus tendre enfance, sa passion pour le jardinage ! Attisée par une force inattendue, dans un corps plutôt de petite taille, quand il s’agit de pratiquer sa passion : « le jardinage » !

Plus d’une fois, j’ai répété à ceux qui voulaient l’entendre :

« Ne laissez jamais Sabine seule, avec une hache à la main, près d’une forêt ! Au bout de quelques heures, vous risquez de vous retrouver à coté d’un champ lisse comme la paume de la main ! ». 

Seulement, pendant toutes ces années, elle profitait de l’expérience de sa mère, une autre « fan » du jardinage ou des conseils de son père, qui avait pratiqué également cette occupation. En plus du fait qu’ils descendaient, tous les deux, de familles de vignerons avec une longue tradition viticole ! 

Mais, tout d’un coup, nous voilà seuls responsables d’un jardin à « faire vivre et prospérer » !

Sachant, qui plus est, qu’il appartient à la famille… depuis bientôt 150 ans ! « Vaste tache ! » Et quelle responsabilité (morale) ! 

La première expérience n’a pas été un succès !  Et, encore aujourd’hui, je me reproche d’avoir suivi les conseils des « spécialistes » consultés sous l’emprise de la panique ! 

Un jour, alors que je préparais un appel d’offres pour la livraison de plusieurs milliers de tonnes de nitrate d’ammonium au Pérou, j’ai reçu un coup de fil de mon épouse, depuis la Bastide.

Il parait que dans deux pins parasol de notre jardin, on avait décelé des cocons de « chenilles processionnaires » !*** 

A l’époque, je n’avais pas la moindre idée de ce qu’est « cette bête étrange ! » 

« La Processionnaire du pin (Thaumetopoea pityocampa) est une espèce de lépidoptères (papillons) de la famille des Notodontidae, surtout connue pour ses chenilles. Nommées d’après leur mode de déplacement en file indienne, celles-ci se nourrissent des aiguilles de diverses espèces de pins, provoquant un affaiblissement important des arbres et des allergies chez certaines personnes exposées aux soies des chenilles. » 

Tous les « spécialistes » consultés nous ont averti de la gravité de cette présence, autant pour l’homme, que pour les autres arbres, de la même famille, dans la propriété et qu’il fallait les abattre au plus vite ! Opération qui devait se faire d’urgence, au risque de voir la maladie se multiplier « à la vitesse V » ! Evidement, au prix de 300 Euro…et encore « parce qu’on est des amis ! » 

Personne nous a dit que : « Par rapport à d’autres déprédateurs, la chenille n’est que peu dangereuse pour l’arbre qui ne va généralement que diminuer ses cernes de croissances, par contre elle est source de problèmes pour l’humain et probablement divers animaux. »

Et, qu’il y a une dizaine de manières de traiter ce problème ! Mécaniques, chimiques, par piégeage, biologiques, voire en se faisant aider par les ennemis naturels de ces bestioles ! Mais, surtout pas en faisant couper des arbres splendides d’une quinzaine de mètres de hauteur, que je regrette encore, aujourd’hui !**** 

Ne nous lamentons plus ! Ce qui est fait, est fait ! Et cela doit servir de leçon ! 

Mais, « à quelque chose malheur est bon ! » Quelques années plus tard, nous avons déterré, avec le plus grand soin, un pin d’Alep dans les collines, et l’avons planté à la place de l’un de ceux coupés.

Il a eu l’obligeance de pousser de 15 à 30 cm par an, ce qui fait qu’aujourd’hui il a la taille de celui qu’il remplace. Et qui plus est, d’une autre variété,  ce qui diversifie nos plantations !

Il a été suivi par un autre pin, d’une espèce différente, un pin d’Autriche, qui grandit gentiment depuis 4 ans ! 

Ceci étant aussi l’un des buts recherchés, sur lequel je reviendrai par la suite !

 *   *   *

Nous avons, au fond de notre jardin, une chose qui me fascine et m’obsède depuis toujours : un labyrinthe !

« Un labyrinthe (λαϐύρινθος ou λαβύρινθος / labúrinthos en grec ancienlabyrinthus en latin) est un tracé sinueux, muni ou non d’embranchements, d’impasses et de fausses pistes, destiné à perdre ou à ralentir celui qui cherche à s’y déplacer.

Le mot désigne dans la mythologie grecque une série complexe de galeries construites par Dédale pour enfermer le Minotaure. En latin,  labyrinthus  signifie « enclos de bâtiments dont il est difficile de trouver l’issue »…

Le cercle dans lequel s’inscrit le labyrinthe symbolise l’unité, la perfection : il renvoie à la finitude de la vie. Dans de nombreuses cultures, l’Univers est représenté par une série de cercles concentriques. »

Comme dit Umberto Ecco, dont la passion pour les labyrinthes n’est plus à démontrer :

« N’oublions pas que Comenius avait intitulé un de ses livres les plus célèbres Le Labyrinthe du Monde et, trois siècles plus tard, Hocke allait écrire Le Labyrinthe de l’art fantastique.

On voit donc que, dés le début, le mythe du labyrinthe était lié au malaise que l’on ressent à être au monde (à la seule différence que l’on entre dans un labyrinthe sans avoir la certitude d’en sortir, alors que dans le monde, on y entre et on y sort forcément ; mais ce sont les incidents de parcours entre l’alpha et l’oméga qui provoquent notre inquiétude). 

Si le labyrinthe est un modèle du monde, il est toutefois intéressant de noter que les modèles fondamentaux sont au nombre de trois.

Le premier est celui du labyrinthe classique de Cnossos, qui est « unicursal »… Il représente une structure qui rassure et console. Ainsi, en y entrant, on ne peut qu’atteindre le centre, et du centre, on ne peut que retourner à la sortie… »

Mais, entre maniérisme et baroque apparaît le deuxième type de labyrinthe, c’est-à-dire l’Irrweg… (Celui-ci) propose des options mais tous les parcours mènent à une impasse, à l’exception d’un seul. On peut commettre des erreurs et l’on est souvent  obligé de revenir sur ses pas et de tenter un autre chemin.

…le troisième type de labyrinthe, extensible à l’infini, n’a ni intérieur, ni extérieur… soit, pour qui y vit, consubstantiel de l’univers tout entier, et qu’en dehors de lui il n’y a que le Néant. »

Eh bien, Umberto Ecco, aussi grand amateur de labyrinthes qu’il soit, …n’avait pas prévu (imaginé ?) le notre !

Dans celui-ci, à double cercles concentriques de buis, on peut y accéder par plusieurs entrées, il y a des passages « secrets ou inattendus », on finit toujours par arriver au centre, relativement dégagé, mais comportant un énorme buisson d’ «herbes de la Pampa » !

« L’herbe de la Pampa, herbe des pampas ou roseau à plumes (Cortaderia selloana) est une espèce de grandes plantes herbacées vivaces de la famille des Poacées, sous-famille des Danthonioideae. Originaire d’Amérique du Sud, elle est souvent cultivée comme plante ornementale. C’est une espèce invasive. »

De ce fait, nous prenons grand soin de la tailler tous les ans. Ce qui nous permet de nous en sévir, une fois séchée, comme décoration, en tant que « bouquets secs ».

Notre labyrinthe est entouré de haies triangulaires qui, par endroit, lui donnent une forme rectangulaire !

Qui plus est, Umberto Ecco affirme que l’angoisse de Thésée provenait tout aussi bien de la crainte de ne jamais parvenir à en sortir, que du risque de rencontrer le Minotaure.

Pour ce qui est de la première des angoisses de Thésée, nous ne craignons rien ! A mon grand désespoir ! Notre labyrinthe a une hauteur d’un peu plus d’un mètre 60, donc, pour la plupart d’entre nous, on peut avoir une vue d’ensemble de l’endroit.

Pour ce qui est du Minotaure, à ce jour, et depuis 18 ans, je ne l’ai jamais rencontré.

Heureusement !  Parce que, selon la légende, l’animal exigeait qu’on lui sacrifie une vierge, tous les ans et, dans les conditions d’aujourd’hui, je ne vois pas comment on se serait tiré d’affaire ! Et, en lui refusant l’offrande exigée, on risquerait une poursuite en justice pour « maltraitance animale ». Casse-tête insoluble !

Nous ne savons pas exactement de quand date l’aménagement de ce labyrinthe ! Mais, sur une photo des années ’70, il apparaît déjà. Moins bien entretenu qu’aujourd’hui, mais… existant !

Et, comme on sait que  « les revirements de goût, les changements de propriétaires, les difficultés d’entretien…  les ont profondément altéré », partout en Europe, on peut imaginer facilement que le notre date de la fin du XIXe siècle, au moment où la famille de l’actuel propriétaire a acheté le Domaine. 

Seulement, le maintien en état d’un tel « décor » suppose une attention de tout instant ! Surtout, pendant la saison chaude !

Non seulement qu’il faut tailler les buis, de leur donner la forme géométrique souhaitée, mais, surtout, les préserver contre les « prédateurs » apparus ces dernières années.

Tout un chacun a entendu parler des ravages causés par la « pyrale » dans les massifs de buis, partout en France.

La Pyrale du buis (Cydalima perspectalis) est une espèce de lépidoptères de la famille des Crambidae, originaire d’Extrême-Orient. Introduite accidentellement en Europe dans les années 2000 via des végétaux importés d’Asie, elle y est rapidement devenue envahissante. En France, son introduction accidentelle a été repérée en 2008 en Alsace, mais le nombre d’individus laisse penser qu’elle date de 2005 au moins. En une décennie, elle a conquis l’intégralité du pays.

Ainsi, les effets néfastes de ce prédateur « sans foi, ni loi » ont pu être constatés même dans certains jardins des plus emblématiques de cet « art à la française », comme au château de Vaux-le-Vicomte.

C’est, pour nous, aussi, un souci quotidien et une croisade… au jour-le-jour ! 

*   *   *

Les cyprès font le « plat de résistance » de notre jardin !

Bien sûr, il y a « l’ancêtre » ! Il est le dernier survivant d’une haie de cyprès qui bordaient une allée centrale, comme on peut l’apercevoir sur la photo des années ’70. Il culmine à plus de 30 mètres ! Il est si haut et si fier que, pendant les soirées d’été, quand il est éclairé, selon les dires de nos voisins, on le voit plusieurs kilomètres à la ronde ! Ainsi, il indique la route à suivre vers les villages des alentours, comme un phare, au milieu d’une mer… de vignes !

Nous avons aussi une dizaines d’autres cyprès, de différentes tailles, que l’on doit surveiller de (cy)près ! Parce que, cette fois-ci, l’on craint un champignon agressif.

« Le chancre du cyprès est pour ainsi dire la seule maladie que l’on connaisse chez ce conifère. De manière générale assez rustique, une attaque de chancre sur ce conifère peut ravager l’ensemble de ses voisins s’il s’agit d’une haie. Il a tendance à envahir tout l’arbre dont les branches vont d’abord roussir, puis mourir les unes après les autres. »

Nos cyprès ont subi de telles attaques, à plusieurs reprises. Plus d’une fois, avec beaucoup d’efforts et d’obstination, nous avons réussi à les sauver. Mais, l’un des plus fiers de nos cyprès (13 mètres de hauteur !) a dû être sacrifié !

Alors, je me suis dit qu’au moins son souvenir doit rester parmi nous. Et j’ai demandé à l’élagueur de tronçonner son tronc de manière à pouvoir installer un vrai salon, en plein air. Six tabourets, avec deux profils différents et une table centrale, nous ont permis d’installer un « coin à la Brâncuşi » ! Parce que les dosserets des tabourets rappellent les modules de la « Colonne infinie » du célèbre sculpteur roumain.

Cette aventure a fait, elle aussi, l’objet d’un texte publié dans une revue trilingue (roumain, français, italien) éditée à Bucarest,  « 3R – Memorie şi speranţă ».

A suivre…

Adrian Irvin ROZEI

La Bastide Vieille,  décembre 2020

*La finta giardinieraK. 1796 (La Fausse Jardinière) est un opéra de Wolfgang Amadeus Mozart, en allemand Die Gärtnerin aus Liebe (Jardinière par amour),  créé en 1775 sur un livret en italien  attribué à Giuseppe Petrosellini.

*** Toutes ces affirmations peuvent être « documentées » avec des photos d’époque ! Malheureusement, elles se trouvent dans des albums, bien classés, à Boulogne !

Je m’engage, une fois la pandémie finie, quand nous serons en mesure d’y retourner dans la Région parisienne, de les ajouter à mon texte. C’est, tout aussi valable pour l’ensemble de ce récit !

Je souhaite que ce moment arrive… au plus vite !

1 thought on “La finta giardiniera… (IV)

  1. et les labyrinthes des cathédrales comme Chartres Amiens Reims …et ?

    cheminement méditatif qui conduisent à la Jerusaleme céleste

    pour Chartres .. il est rond aussi et le centre n’est pas situé au hasard ;je crois me rappeler qu’il y a un calcul géométrique par rapport aux statues de l’extérieur

    en tous les cas il n’y a pas de “faux ” chemins certains pèlerins le parcouraient à
    genoux

    bon je vais m’y intéresser de plus près …

    c’est fascinant

    Je vais m’y interesser

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