Il y a « mouton » et « mouton »…

La Bastide Vieille, 15/06/2021

Quand j’ai appris que les moutons de Lalanne seront installés dans les jardins de Versailles, je me suis dit : « Pourquoi pas chez nous ? ».

D’autant plus que, il y a quelques années, j’avais trouvé, chez un antiquaire de Pézenas, un superbe mouton… rouge. Je voulais l’acheter pour l’installer au fond de notre jardin. Je trouvais qu’une tâche rouge, au milieu du vert (avec toutes les nuances !) du jardin, serait du plus bel effet !

Levée de bouclier  ! « Comment ? Mauvais goût ! Kitch ! … etc., etc. »

J’ai dû abandonner mon projet. A contrecœur !

Mais, en revenant de voyage, quelques semaines plus tard, j’ai trouvé, au fond du jardin, une énorme bassine en étain, qui traînait dans des hangars depuis un siècle, … peinte en rouge !

J’ai félicité ceux ( ?) qui ont pris cette initiative !

Le 10 mai, j’ai découvert dans la section « Le Figaro et vous » d’un quotidien  bien connu que :

« Dans les contes, la princesse endormie sort de son long sommeil pour renouer d’un seul geste avec la légèreté du bonheur. Après un an de pandémie, le château de Versailles mise aussi sur le merveilleux en changeant tous ses plans et en accueillant à Trianon le bestiaire fantastique des Lalanne. 

À partir du 19 juin, et pour trois mois, une cinquantaine de ces créatures pleines de poésie et d’humour vont prendre l’air au Hameau de la Reine, cette construction parfaite d’une nature champêtre qui voulut donner vie au rêve de Marie-Antoinette.

Les Moutons en bronze et époxy de François-Xavier Lalanne (1927-2008), icônes absolues de ce sculpteur classique, en seront les hôtes les plus évidents sur le vert tendre de la prairie. Mais aussi ceux en pierre. En tout, une quinzaine de moutons…. »

« Voilà une nouvelle qu’elle est bonne ! », comme disait Coluche.

Ce serait le moment de « ramener mon mouton », je me suis dit.

Mais, si celui de Pézenas ne m’aurait coûté que 300 Euros, aujourd’hui…

« un mouton (de Lalanne) peut s’échanger, en fonction du modèle, entre 150 000 et 400 000 euros dans les plus grandes maisons de ventes aux enchères…

Une provenance prestigieuse peut faire grimper la cote et le prix de vente : en 2017, une paire de moutons de 1969 provenant de la collection Bergé et Saint-Laurent a été vendue au prix de 1 300 000 € (Sotheby’s), un record pour un mouton de François-Xavier Lalanne. » 

Ça, c’est une exagération ! Et une preuve irréfutable du snobisme de notre époque !

Mais, encore plus triste, la démonstration que les œuvres d’art n’ont plus une valeur intrinsèque, mais que leur cote est déterminée par… la renommée du précédent propriétaire ! Et que, en vérité, ce qu’intéresse l’acheteur est… la plus value qu’il pourrait faire, en revendant, dans quelque temps, cette œuvre ! Donc, acheter un « mouton de Lalanne » ou… des supports-chaussettes, c’est « kif, kif bourriquot ! ». 

Ce n’est pas mon but ! Et, de toute façon, si je disposais des sommes mentionnées, ce n’est pas de cette manière que je les investirais. 

Heureusement, la question ne se pose pas !

Mais, je comptais bien avoir un mouton dans notre jardin, quand même ! 

Alors, j’ai repéré un joli petit mouton, dans une jardinerie. Il ne ressemble pas à ceux de Lalanne ! 

« Le mouton banquette est sans doute l’œuvre la plus connue du sculpteur français François-Xavier Lalanne (1927-2008). Créée en 1965, cette sculpture-objet audacieuse et amusante a fait l’objet de plusieurs déclinaisons et versions jusque dans les années 1990 : avec toison ou sans, avec tête ou sans, en pierre, bronze ou bois. François-Xavier Lalanne édite également un modèle d’extérieur en béton époxy. »

Mon mouton est en céramique, marron avec des yeux noirs et une fourrure bouclée gris clair. Mais, il affiche un sourire espiègle, qui m’a fait penser, tout-de-suite, à celui du Prince de Saint-Exupéry.

« Alors, faute de patience, comme j’avais hâte de commencer le démontage de mon moteur, je griffonnai ce dessin-ci. Et je lançai :

– ça c’est la caisse. Le mouton que tu veux est dedans.

Mais je fus bien surpris de voir s’illuminer le visage de mon jeune juge :

– C’est tout à fait comme ça que je le voulais ! Crois-tu qu’il faille beaucoup d’herbe à ce mouton ?

– Pourquoi ?

– Parce que chez moi c’est tout petit…

– Ça suffira sûrement. Je t’ai donné un tout petit mouton.

Il pencha la tête vers le dessin.

– Pas si petit que ça… Tiens ! Il s’est endormi…

Et c’est ainsi que je fis la connaissance du petit prince. »

Mon mouton ressemble beaucoup à celui du Petit Prince ! Il est tout petit ! Il mesure seulement 20 cm. Mais, son sourire espiègle semblait dire : « Emmène-moi avec toi ! » Je n’ai pas pu résister !

Il est venu avec moi.

Maintenant, il fallait lui trouver un endroit adapté, dans notre jardin. Pas question de le « lâcher » au fond de la prairie ! Il est trop petit et l’herbe trop haute.

Alors, je lui ai trouvé un « mini-jardin ».

C’est notre jardin de cactus ! Qui sont, tout juste, à sa taille ! Et en plus, en cette saison, les cactus font des fleurs de couleur vive qu’il va aimer, j’en suis sûr !

Une fois habitué à l’endroit, s’il s’y plaît, j’espère qu’il fera venir aussi le Petit Prince ! Que je rêve de rencontrer… depuis l’âge de 10 ans.

Et ça, même avec tous ses millions, le mouton de Lalanne ne sait pas le faire !

Adrian Irvin ROZEI

La Bastide Vieille, juin 2021 

1 thought on “Il y a « mouton » et « mouton »…

  1. Formidable histoire comme d habitude Adrian. . c est ainsi que commence les collections. Attention qu il ne fasse pas des petits 😀
    Michele Bertrand

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