A la recherche de… Cuzco ! (II)

Feuilles de journal

Paris, 29/04/2026

Rappelons, en quelque mots, ce qu’est l’ « escuela cusqueña » :

« L’École de Cuzco (escuela cusqueña) est un mouvement artistique catholique qui s’est développé dans le vice-royaume du Pérou au cours des XVIe et XVIIIe siècles, et notamment à Cuzco (ancienne capitale de l’Empire inca), mais également dans d’autres villes des Andes, en Bolivie et en Équateur.

Ce mouvement se développa après la conquête espagnole de l’Empire inca en 1535. Pour la première fois, des techniques artistiques européennes furent enseignées aux Amériques, entre autres par le frère jésuite italien Bernardo Bitti.

Les peintures de l’école de Cuzco sont une forme d’art religieux dont le but principal est catéchétique. Dans le but de convertir les Incas au catholicisme, les missionnaires firent venir plusieurs artistes religieux à Cuzco. Ils créèrent une école pour les Quechuas et les mestizos (descendants à la fois des Espagnols et des Amérindiens), enseignant le dessin et la peinture à l’huile. La dénomination cusqueña n’est pas limitée à la ville de Cuzco, ni aux artistes indigènes : des créoles espagnols y participèrent également.

Les anges arquebusiers sont un motif populaire dans les peintures de l’école de Cuzco. »

Ou, comme je l’affirmais dans le même texte (premier épisode) :

« De quoi s’agit-il ? Simple !

« Un Ángel arcabucero (ange arquebusier ) est un ange représenté avec un arquebus (une première arme à feu chargée par la bouche) au lieu de l’épée traditionnelle pour les anges martiaux, vêtue de vêtements inspirés de ceux des nobles et aristocrates andins.  Le style est apparu dans la vice– royauté du Pérou dans la seconde moitié du XVIIe siècle et était particulièrement répandu à l’école de Cuzco. »

Ce qui m’amusait à la vue de ces « ángeles arcabuceros » c’était non seulement leur accoutrement, mais aussi les couleurs chatoyantes, la multitude de fleurs ou de motifs décoratifs qui les entouraient, l’imagination débordante des peintres naïfs qui les avaient imaginés, en partant des seuls exemples qu’ils connaissaient : les nobles espagnols du XVIIe siècle !

Tout ça, interprété en fonction des principes inculqués par l’église catholique espagnole, qui fermait les yeux sur le transfert « sacré/païen » pour « ratisser large ».

Mais, qui exigeait une certaine pudibonderie, qui se traduisait quelquefois par des interprétations cocasses. Par exemple, des Christ en croix, vêtus de longues jupes colorées et ornées de fleurs stylisées !

Cela me rappelait, dans un tout autre registre, les fresques naïves des monastères du nord de la Moldavie, en Roumanie. »

Je dois préciser que ce qu’affirme l’auteur du texte mentionné, paru dans « Le Figaro » : 

« On y découvre là un résumé en une quarantaine d’œuvres de l’histoire et du faste du baroque au siècle d’or dans la péninsule ibérique et ses nombreuses colonies. Quand, entre les XVIe et XVIIIe siècles, au temps des Habsbourg, s’y épanouissaient quelques génies tels que le Greco, Vélasquez, Zurbaran et Murillo, plus d’autres maîtres plus ou moins dans leur orbite. »

ne me passionnait pas outre mesure !

J’ai eu la chance de voir et revoir tous ces « grands maîtres » dans les plus grands musées du monde. En particulier, bon nombre de fois, à Madrid.

Encore plus ! J’ai revu, après quelques 60 ans d’absence, mes premiers El Greco, Murillo etc. découverts à l’âge de dix ans. Tout ça, l’année dernière, à l’occasion d’une visite du mois d’octobre 2025 dans le Musée National d’Art de Bucarest, abrité par l’ancien Palais royal (Section Art Européen).

En particulier, les fameux El Greco de la collection du roi Carol I de Roumanie.  Je me souviens que, à ma première visite dans ce musée, devant le très grand tableau d’El Greco représentant « L’Adoration des Mages », j’ai été choqué en remarquant un bout de papier blanc plié, collé sur le tableau ! Ce n’est qu’en regardant de près que j’ai compris qu’il s’agissait d’un détail, peint par El Greco : sa signature !

Ce tableau est un des rares œuvres de ce peintre qui se trouve encore en Roumanie. Alors que, d’après ce que l’on m’a affirmé, avant la Guerre, la Collection royale possédait quelque 30% des tableaux de l’artiste crétois.

Celui-ci, vu sa grande taille, n’a pas pu être transporté et envoyé à L’Exposition Internationale de New-York en 1939. Les autres tableaux… ne sont jamais revenus !

Un étrange hasard a fait que, de tous les tableaux pris en photo pendant ma visite dans le « Hispanic Society of America », en 2016, il n’y ait qu’un seul tableau d’art baroque : c’est le Saint Luc d’El Greco ! Le même qui est présenté au Musée Jacquemart-André ! Et tout aussi flou !

Que voulez-vous ? Les photos au flash sont interdites… à Paris, comme à New-York !

 

Mais, ce que je n’arrive pas à m’expliquer, c’est l’engouement des « experts » pour le « Portrait de jeune fille » de Diego Velasquez (vers 1638 -1644). Elle apparaît, aussi bien sur le feuillet de présentation de l’exposition du Musée Jacquemart-André, que dans le « flyer » de la « Hispanic Society of America » de New-York (version anglaise).

Et pourtant, l’identité de cette fillette demeure inconnue. Même si

« la dimension psychologique, presque affectueuse, de son portrait suggère un lien familial avec le peintre (peut-être sa petite-fille Inès Manuela) … Il s’agit de l’un des rares portraits d’enfants par Velasquez qui ne représentent pas un membre de la famille royale. »

Ne serait-ce pas, plutôt, parce que cet enfant a un visage agréable… à la différence des autres ?

*   *   *

Avant d’arriver au moment si attendu, voilà un élément surprenant : le plafond mauresque !

« Une scénographie marron et ocre sombre, avec un plafond reproduisant une marqueterie mauresque, va à ravir à cette galerie. »

Pour ce qui est de « l’acte de naissance » du baroque latino-américain, on nous explique : « L’arrivée de Christophe Colomb aux Amériques en 1492 ouvre à la monarchie espagnole des horizons territoriaux et économiques sans précèdent. Une fois la conquête militaire terminée, la colonisation impose aux sociétés amérindiennes des transformations profondes… Les peintures de l’école de Cuzco recourent aussi à la dorure et à la nacre, jusque dans les cadres. »

Et voici deux tableaux représentatifs du style de l’Ecole de Cuzco : « La Présentation au Temple » et « La Fuite en Egypte ». C’est dans la première de ces images, avec Marie et l’enfant Jésus, montés sur l’âne, en présence de Joseph et d’un ange, que j’ai trouvé l’ombre de ce que je cherchais ! Qui plus est, l’ange, même pas « arcabucero » !

Tout ça… est un peu mince !

J’ai essayé de me consoler avec une « Nativité » et un « Archange saint Michel écrasant les anges rebelles »… mais le cœur n’y était pas !

Je suis resté sur ma faim ! 

Pour me consoler, je devais trouver… un endroit pour bien dîner !

*   *   *

J’ai tourné longtemps dans le quartier, avant de décider quel serait le restaurant où j’allais dîner. D’autant plus que la température estivale me poussait à choisir plutôt une terrasse.

Mais, ici la circulation automobile était trop bruyante, là-bas la terrasse était bondée, à côté le menu ne me convenait pas… Enfin, en quittant « les chemins battus », je suis tombé sur une petite place tranquille, bordée d’immeubles haussmanniens et parsemés d’arbres qui protégeaient des bancs traditionnels. Il y avait même un kiosque à journaux, copie 1900 !

J’ai choisi une table en terrasse et j’ai découvert que, sur le trottoir d’en face, il y avait une confiserie au nom de « À la Mère de Famille ».

Je connais fort bien cette enseigne ! J’en ai même parlé dans un texte, publié en italien et en roumain :

Ciocco, ciocco! Cioccolato! | ADRIAN ROZEI (en italien) et

Cioco, cioco ! Ciocolata ! | ADRIAN ROZEI (en roumain)

« Au numéro 82, on trouve une autre pâtisserie traditionnelle : « À la Mère de Famille ».

« Cette chocolaterie historique, fondée en 1761 à Paris, propose des confiseries et des chocolats artisanaux. Située au cœur de la capitale française, « À la Mère de Famille » est une institution parisienne. Fondée en 1761, c’est la plus ancienne chocolaterie de la ville. Installée rue du Faubourg-Montmartre, emplacement historique, elle compte de nombreuses succursales, dont une dans la rue Montorgueil. Elle a conservé son aspect d’origine, reproduit sur les façades de ses succursales, et offre un large choix de chocolats artisanaux, élaborés selon des recettes ancestrales qui raviront les gourmands et les amateurs de ces spécialités. « À la Mère de Famille » est réputée pour son savoir-faire traditionnel et l’authenticité de ses recettes historiques. »

D’accord ! La succursale de la rue Legendre n’existe que depuis quelques années. Elle a remplacé (avantageusement) une boutique de mode. Mais, elle apporte une note traditionnelle à l’ambiance du quartier.

Tout comme le Café Sauret où j’étais attablé.

C’est ici que j’ai eu la chance de faire la connaissance de Ludovic, le serveur de l’établissement. Non seulement que son service a été rapide et efficace, tout en acceptant mes fantaisies culinaires, mais j’ai même découvert que nous avons plein de souvenirs en commun !

En partant de ses origines lyonnaises, en passant par le « Petit Riche », si cher à mon cœur, pour arriver à Montmartre avec « La Mère Catherine » et Charles Aznavour !

Le soir même, je lui envoyais un message, qui disait :

« Comme promis, voici quelques textes… “de saison” !

Clémenceau… dans la lumière ! | ADRIAN ROZEI pour 

La salle et la terrasse – YouTube

Pour le Café Riche :

Bonheur céleste, gloire terrestre…* | ADRIAN ROZEI  en Google Traduction du roumain :

Situé au numéro 13 du boulevard des Italiens, le restaurant appelé « Café Riche » était, dans la seconde moitié du XIXe siècle, l’un des établissements parisiens les plus réputés, où l’élite de l’époque se retrouvait pour ses repas. Comme le souligne un guide du tournant des XIXe et XXe siècles : « Parmi les restaurants de premier ordre, il convient de mentionner plusieurs cafés, qui, bien que justifiant en partie leur appellation, sont avant tout des restaurants et proposent des déjeuners et dîners à la carte dont la qualité de service rivalise avec celle des plus grandes tables parisiennes. » Il cite notamment le Café Durand, le Café Riche, le Café Anglais et trois ou quatre autres établissements se réclamant du « café » etc., etc.

Mais, la Place de Lévis me réservait encore d’autres surprises !

Sur une plaque apposée à quelques mètres de ma table, j’ai découvert que :

« Le château de Monceau, parfois écrit château de Montceaux, est un ancien château situé sur le village de Monceau, aujourd’hui dans le 17e arrondissement de Paris.

Le château occupait, sensiblement, le quadrilatère formé par les rues de Lévisde la Terrassede TocquevilleLegendre dont l’entrée était située place de Lévis. Ce château fort médiéval comportait des tours, une salle de garde, un colombier, des pressoirs, une bergerie et une prison.

Le château, qui était au XIVe siècle une ferme fortifiée, appartenait aux seigneurs de Montceau, qui avaient droit de justice sur leurs terres. »

Parmi les moments les plus brillant de son histoire, j’ai remarqué un : 

« 1411 : Huguenin Harod (ou Huguelin Axrode), reçoit, le 7 septembre 1429, Jeanne d’Arc de retour du sacre de Charles VII à Reims. Après une nuit de repos, elle part, au matin, rejoindre ses troupes qui assiègent Paris. Elle est blessée par un carreau d’arbalète lors de l’attaque de la porte Saint-Honoré. »             

*   *  *

Quelques minutes plus tard, en descendant dans une station de métro voisine, j’ai remarqué une décoration …un peu étrange !

Les photocopies des « unes » de quelques journaux du tout début du XXe siècle. Je me suis dit que Nélie Jacquemart et  Archer M. Huntington auraient pu les lire « en original » !

Ainsi, la boucle était bouclée !

Adrian Irvin ROZEI

Paris, avril 2026


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