A Boulogne ?… « Yes ! » (I)

Boulogne, le 6 novembre 2025

Il y a quelques jours, j’ai remarqué dans « Kiosk », le supplément culturel de la revue BBI (Boulogne-Billancourt Information) du mois de Novembre, qui recense les « sorties » de ma ville, une nouvelle qui… m’a « interpelée » :

« Jeudi 6 et samedi 8 Novembre à 20H

Yes ! de Maurice Yvain

Opérette sur les thèmes jazzy de 1928.

Conservatoire. Auditorium. Entrée gratuite sur réservation »   

Je dois avouer que, si j’ai entendu, plus d’une fois, des airs extraits des opérettes de Maurice Yvain, je n’ai jamais assisté à un spectacle entier avec une de ses œuvres !

Pour mémoire :

« Maurice Yvain est un compositeur français né le 12 février 1891 dans le 2e arrondissement de Paris et mort le 27 juillet 1965 à Suresnes

À partir de 1903, il étudie au Conservatoire de Paris où il est l’élève de Louis Diémer et Xavier Leroux. Excellent pianiste, il donne des concerts à Monte-Carlo et dans le cabaret parisien « Quat’z’Arts ».

Dans les années 1920, il commence à composer des opérettes ; son œuvre maîtresse est Ta bouche (1922). Ses pièces se caractérisent par leur précision rythmique, leur fantaisie et la souplesse de la phrase musicale. Par la suite, il compose également de grandes opérettes sentimentales… On lui doit la musique de nombreuses chansons à succès dans les années 1920, telles que Mon homme (avec Albert Willemetz, Channing Pollack, Jacques Charles), J’en ai marreEn douceLa JavaLa Belote, etc.

Il composa également la musique de célèbres opérettes : Ta boucheLà-hautPas sur la boucheChanson gitane, etc. »

C’est le moment idéal pour « passer à l’acte » ! En ce moment, on fête un peu partout, le centenaire de « l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes », tenue à Paris en 1925, qui a marqué l’apogée du style Art déco et a eu un impact significatif sur l’architecture et les arts décoratifs.

Nous avons décidé d’aller assister à ce spectacle.

Mais, d’abord, nous sommes passés à l’Espace Landowski de Boulogne, là où « Du lundi 3 au dimanche 23 novembre » a lieu « le Salon d’Automne de la Société des Beaux-Arts ». On y découvre « les peintures, sculptures et photographies de près de 150 créateurs et de nouveaux talents ».

Je ne vais pas mentionner la liste des artistes, dont j’ai aimé (ou pas !) les œuvres exposées !

Je vais me contenter d’en présenter un seul, celui dont j’ai fait la connaissance au Salon et avec qui j’ai entamé une longue discussion.

Il s’agit de Marc-Antoine Conrad, le créateur du « Spectrisme » !  

« Marc-Antoine Conrad est un artiste contemporain français qui a co-fondé le mouvement pictural appelé « Spectrisme » le 22 mai 2014, aux côtés de Jean-Marc Philippe. Ce mouvement vise à marquer une rupture avec l’art contemporain traditionnel en introduisant une nouvelle approche esthétique.

Le spectrisme de Conrad se caractérise par une exploration des obscurités et des abîmes, avec une écriture artistique qui cherche à affronter le réel. Ses œuvres mettent en avant des thèmes tels que la transparence, la lumière, les reflets et les couleurs éthérées, créant une atmosphère à la fois poétique et mystique. Cette approche rappelle l’esthétique spectrale, où les formes semblent se dissoudre et se transformer, offrant une vision onirique et surréaliste.

Parmi ses œuvres notables, on trouve “Le Souffle du Spectre”, une peinture qui illustre parfaitement les principes du spectrisme en jouant sur les effets de lumière et de transparence pour créer une ambiance évanescente. »

Instagram spectrisme2024

Je dois avouer que la richesse des couleurs, la variété des formes et des matériaux utilisées par cet artiste ont attiré toute mon attention et… admiration !

Peut-être aussi parce que, à Bucarest au début des années ’60 du siècle dernier, un de mes cousins, Marius Măgureanu, faisait du « spectrisme »… sans le savoir ! Un peu comme M. Jourdain faisait de la prose !

Il avait, alors, décoré son appartement de (faux) vitraux, en peignant sur ses fenêtres, à l’aquarelle, des losanges de toutes les couleurs, séparés par des cordelettes torsadées, qui imitaient les joints en plomb. Sous la lumière du soleil couchant, en plein été, ces faux vitraux ressemblaient… comme deux gouttes d’eau aux œuvres phare du « Spectrisme » !

Mon cousin, consacrant tout son temps à la mise-en-scène et, après avoir quitté la Roumanie, au journalisme et… à la traduction, une fois installé à New-York, son activité « arts plastiques » est tombée dans l’oubli.

Mais, moi, devant les œuvres de Conrad, je me suis senti rajeuni… de six décennies !  

*   *   *

Une fois arrivé au Conservatoire de Boulogne-Billancourt, une autre surprise m’attendait !

Dans le hall, devant l’entrée de l’Auditorium, plusieurs vitrines présentaient des partitures musicales et des livrets des opérettes de Maurice Yvain des années ’20.

Tous portaient la mention : Editions Salabert

J’ai entendu, souvent, parler des « Editions Salabert » par un autre cousin, Costin Cazaban.

Costin Cazaban (1946-2009) – musicologie

« Né le 9 septembre 1946 à Bucarest — mort le 20 février 2009 à Paris.

Il effectue ses études au Conservatoire National Supérieur de Musique de Bucarest, où il obtient les premiers Prix d’écriture, d’analyse, et de composition. De 1971 à 1983, il est Professeur d’analyse et écriture à l’Ecole Supérieure de Musique Georges Enesco, de Bucarest.

En 1974-1975, il étudie en Allemagne, dans le cadre d’échanges universitaires (Deutscher Akademischer Austausch Dienst). Il s’installe en France en 1983.

En 1987, il gagne les Premier et deuxième prix du Concours de composition ICONS de Turin. Il est chargé de cours à l’Université Paris I de 1985 à 1995 et de 1998 à 1999.

Il obtient son doctorat en esthétique, sciences de l’art, à l’Université de Paris I, avec une thèse sur l’espace et les temps musicaux, à partir de la logique de Stéphane Lupasco. Cette thèse est publiée en 1993, année où il est naturalisé français. Il est chargé de cours à l’Université Paris III, de 1998 à 2002 et à Paris IV, de 2000 à 2002. Il est nommé Maître de conférences, au département de musicologie de l’Université Lyon 2, en 2002. »

Par ailleurs : « Musicologue et critique musical en Roumanie et en France, Costin Cazaban livre plus de trois mille études ou articles qui ont paru dans plusieurs revues (Le Monde, Le Monde de la musique, La Revue musicale, Silence).

Sa première collaboration avec les Editions Salabert semble dater de 1974 :

1974, Zig-Zag, pour violoncelle et contrebasse, créé à Bucarest en 1977. Éditions Salabert, Paris. Disque : Fernando Grillo, Electrecord, ST-ECE 01981/82. Edition Modem EDMN 2004

Si je me souviens bien, il a même signé un contrat d’exclusivité avec cette réputée maison d’édition musicale française.

Pour mémoire :

« Maison plus que centenaire, les Éditions Salabert doivent la richesse et la variété de leur fonds au génie de Francis Salabert et de son épouse Mica, qui lui succède à la tête de l’entreprise en 1947 : plus de 80.000 œuvres composent ainsi le catalogue Salabert, ce qui en fait l’une des plus grandes richesses patrimoniales françaises.

La maison Salabert c’est d’abord, chronologiquement du moins, l’un des plus étonnants fonds de variété et de musique légère : l’opérette, avec Phi-phi, Ciboulette, La Belle de Cadix ; la chanson avec Vincent Scotto (six-cents titres), Maurice Yvain, Moretti, Trenet, Bruant… ; le jazz avec Duke Ellington… ; la musique de films, avec les Enfants du Paradis, la Romance de Paris… ; les interprètes du répertoire Salabert sont Mistinguett, Joséphine Baker, Mayol, Marlène Dietrich, Tino Rossi, Edith Piaf, Yves Montand, Charles Trenet, etc….

La musique “sérieuse” n’est pas oubliée : soit par la prise en édition directe, soit par le rachat de fonds importants (Rouart et Lerolle, Sénart…), la maison Salabert devient le premier éditeur du “Groupe des Six” (avec, notamment, Honegger, Auric, Milhaud, Poulenc) mais aussi de Satie, Sauguet, Chausson, Duparc, d’Indy, Ropartz, Magnard, Roussel..

Les Éditions Salabert poursuivirent et même accentuèrent cet effort en faveur de la musique symphonique et de chambre en constituant progressivement l’un des plus beaux catalogues actuels de musique contemporaine. Aperghis, Boucourechliev, Constant, Dao, Darasse, Decoust, Dusapin, Eötvös, Jolas, Guézec, Landowski, Malec, Méfano, Murail, Reverdy, Scelsi, Takemitsu, Tanguy, Xenakis… sont autant de noms qui illustrent la politique éditoriale d’une maison qui a su grouper autour d’elle les plus grands compositeurs de son temps. »

Il faut préciser que Mica Salabert (1896-1991) était d’origine roumaine.

Ainsi, en entrant dans l’Auditorium du Conservatoire, je peux dire que j’étais plusieurs fois… en pays de connaissance !

 

A suivre…

Adrian Irvin ROZEI

Boulogne, novembre 2025

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