That’s entertainement ! 

Feuilles de journal

Boulogne, 25/04/2017

 

Au milieu des années ’70, j’étais responsable des ventes de différentes matières plastiques, fabriquées dans le groupe ELF, pour le nord de l’Europe. 

A ce titre, j’allais quatre ou cinq fois par an à Dublin, en Irlande. Au lieu de choisir un Sheraton ou Hilton récemment construits, moi j’avais décidé d’habiter à l’hôtel « Shelbourne ». 

Cet hôtel a été fondé en 1824 et se trouve juste en face du St. Stephens’s Green, le plus grand square paysagé d’Europe. Son nom rappelle celui de William Petty, le second duc de Shelbourne. 

L’hôtel a connu, pendant les deux siècles de son existence, d’innombrables moments historiques. Entre autre, en 1922 la constitution irlandaise a été rédigée dans la chambre 112, aujourd’hui appelée « The Constitution Room ». 

A l’époque, le « Shelbourne » avait conservé son élégance d’antan, mais faisait un petit peu… démodé. 

Un jour, ayant oublié mon rasoir à la maison, j’ai appelé la réception, demandant s’ils ne pouvaient pas m’en trouver un.  « Certainly, Sir ! »  Et quelques minutes plus tard, un groom frappait à ma porte et me présentait, sur un plateau d’argent, un…coupe-chou ! 

Un soir, en 1976, quand je me trouvais assis à une table dans la salle à manger, j’ai remarqué, en face de moi, deux messieurs qui avaient une allure très élégante. C’est ainsi que je me suis aperçu que l’un d’entre eux était Fred Astaire. L’année d’après j’allais découvrir que Fred Astaire avait tourné à Dublin dans le film « Un taxi mauve » réalisé par Yves Boisset, d’après le roman homonyme de Michel Déon. 

D’ailleurs, il a raconté ses souvenirs du tournage dans une interview, qui aurait pu être enregistré dans le bar de l’hôtel.

En même temps que moi, un client assis à une table voisine, a du remarquer aussi la présence du réputé acteur américain. Il a appelé le serveur et lui a demandé de dire quelques mots à Fred Astaire. Celui-ci a levé son verre et a esquissé un geste amical vers mon voisin. 

J’ai demandé au serveur à quoi correspondait cet échange de regards.

Il m’a dit que le client lui a demandé de proposer au célèbre danseur de claquettes de lui offrir un verre. Celui-ci a répondu qu’il a pour principe de ne jamais accepter à boire de la part d’un admirateur. 

Toutefois, en sortant de table, Fred Astaire s’est arrêté un instant pour serrer la main de mon voisin. 

Cette rencontre fortuite aurait pu s’arrêter là, si un quart d’heure plus tard, je n’avais rencontré Fred Astaire dans l’ascenseur, en tête à tête. 

Alors, j’ai eu l’idée de lui dire :

« C’est l’endroit idéal pour me montrer si vous savez vraiment danser sur le plafond ! »

C’était une référence à la fameuse scène d’anthologie du film : « Royal Wedding » (1951), reprise dans le film des années ’60, « That’s entertainement ! ».

Fred Astaire m’a souri, m’a serré la main et s’est éloigné vers la réception de l’hôtel. 

C’est ainsi que je ne saurai jamais s’il était vraiment capable de danser sur les plafonds ! 

Ou, peut-être que, 25 ans après le tournage, il avait perdu la souplesse nécessaire !

Adrian Irvin ROZEI

Boulogne, avril 2017

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