Un siècle avec l’Ecole des Mines  

Quand on m’a demandé de raconter la vie de mon père, Ionel  Rozei, j’ai longuement hésité. Comment peut-on résumer en quelques pages un siècle d’une existence si dramatique, si variée, si riche ? Et peut-on laisser de côté le sort tragique de son frère jumeau, Aurel, lui aussi ancien élève de l’Ecole des Mines ? Et puis, ne doit-on mentionner l’aventure personnelle de son fils, Adrian, auteur de ces lignes, un autre ancien élève de notre école ? Ensuite, je me suis dit, comme me l’avait enseigné un de mes camarades de l’Ecole, il y a près d’un demi –siècle : «Tout ce qui est simple, est faux ; tout ce qui est compliqué, est inutilisable ! »

Essayons donc de faire simple !

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L’histoire de Ionel Rozei, et celle de son frère jumeau Aurel, se confond avec les hauts et les bas du XXe siècle d’un bout à l’autre de l’Europe. Je dirais, en ce qui concerne mon père, qu’il s’agit d’une leçon de survie : comment traverser un siècle et cinq dictatures sans perdre l’espoir, en gardant son esprit jeune, d’innombrables intérêts dans la vie et en pratiquant des activités multiples et variées jusqu’à son dernier jour ?

Parce que Ionel Rozei a subi tour à tour la dictature carliste dans la Roumanie des années ’30, la dictature fasciste pendant la Deuxième Guerre Mondiale, la dictature du prolétariat dans les années ’50, la dictature de Ceauşescu pendant les années ’60 et, vers la fin de sa vie, en moindre mesure, la dictature du «  politiquement correct ».

Nés le 27 novembre 1907, en Roumanie, les frères jumeaux Aurel et Ionel ont grandi dans une famille d’intellectuels qui a donné à leur pays quatre académiciens, ainsi que des hommes de science, des artistes et des écrivains. Leur père était le directeur d’une imprimerie sise à Galatzi, importante ville portuaire au bord du Danube, en Roumanie. Continue reading