Souvenirs d’Italie

Stresa, 8/05/2018

 

                                             Ricchi e Poveri – Souvenir D’Italy

Ça fait un demi-siècle que je connais Stresa, la célèbre ville blottie au bord du Lac Majeur.

Pour être tout à fait correct, seulement 48 ans! Parce que, mon premier passage dans cette ville a eu lieu au mois de septembre 1970.

J’avais décidé alors d’accompagner mes parents dans un tour d’Italie  de quelques 3 semaines.

Nous connaissions, à l’époque, une agence de voyage au Quartier latin qui s’était spécialisée dans l’organisation des vacances « à la carte ».

Nous sommes allés voir le propriétaire de l’agence et lui avons expliqué nos souhaits et, après quelques jours de réflexion, il nous a proposé un tour avec le choix des villes, des logements, des trains… comme si c’était nous mêmes qui l’avions choisi.

En dehors de Naples, Florence, Milan, il nous a suggéré, à la fin du périple, quelques jours de repos au bord du le Lac Majeur. Tout en nous précisant qu’il serait préférable d’habiter à Baveno, un village beaucoup moins touristique et plus traditionnel que « la grande ville » de Stresa.

Nous avons accepté, n’ayant aucun avis sur la question.

Mais, ce que notre mentor ne nous a pas dit, c’est que Baveno, un endroit fort pittoresque, se trouve dans une « crevasse » au pied de la colline dominé par le clocher de l’église du village… dont le carillon sonne toutes les heures, de jour, comme de nuit! Moi, je n’étais pas gêné, mais mes parents n’ont pas réussi à fermer l’œil toute la nuit! Donc, le lendemain, nous avons déménagé pour Stresa.*

Le séjour ici a été inoubliable! Tout au moins pour moi!

Je ne parlerai pas de la beauté des paysages, de la multitude des fleurs, de la nature exubérante, des promenades en bateau entre les trois îles majeures du lac, de l’activité musicale débordante, de l’élégance des grands hôtels de la ville où de l’histoire si riche de la région. Pour ça, il y a des offices de tourisme ou… l’Internet!

Pour ma part, j’ai vécu ici quelques expériences personnelles inoubliables.

Tout d’abord, assis dans un bar, j’ai parlé à battons rompus avec le patron. Au bout d’un moment, il m’a demandé depuis combien de temps je vivais en Italie. Je lui ai répondu que je n’avais jamais vécu dans ce pays, mais, que depuis deux ans, j’y avais passé chaque année deux semaines de vacances. « Mais, pendant combien de temps avez-vous appris l’italien? », a-t-il demandé.

« Pas un seul jour! », j’ai répondu. « Il y a deux ans, en arrivant en train, une fois la frontière franco-italienne croisée, j’ai découvert que je comprenais assez bien la langue du pays. »

Alors, mon interlocuteur, est devenu tout rouge et a dit, en accompagnant ses propos d’un chapelet de jurons: « Merde! Une langue qu’on peut apprendre si facilement, n’est pas une langue, mais un pauvre patois! »

Moi, j’étais si gêné que…je ne savais pas où me cacher! Et je lui ai expliqué que je n’avais pas beaucoup de mérite: l’italien et le roumain sont des langues sœurs.

C’est toujours à Stresa que j’ai décidé qu’il fallait s’occuper un peu plus sérieusement de cette langue et commencer à la lire.

J’ai cherché alors un texte classique, pas trop difficile, en italien. À l’étalage d’un libraire, juste en face du  quai d’où partent les bateaux pour les îles, j’ai choisi un petit livre: « Tre amori di Casanova ». Je me suis dit que cet homme devait parler un excellent italien et l’écrire… encore mieux!

Grande fut ma déception quand, en ayant fini ma lecture, j’ai découvert que le grand séducteur avait écrit ses mémoires… en français !

Et que j’avais entre mes mains… une traduction en italien!

Je suis revenu, par la suite, d’innombrables fois sur le Lac Majeur.

Il fut un temps, dans les années ’70, où je partais de Paris -Gare de Lyon, vers 18h30, je prenais une couchette et, vers 7h le lendemain, je longeais la rive du Lac Majeur. En fonction de la saison, le lac brillait sous le soleil ou était couvert de brume, les montagnes qui l’entourent étaient d’un vert éclatant, d’un rouge-jaune resplendissant des couleurs de l’automne ou dominées d’une chape de neige…

Alors, quelques fois je m’arrêtais pour quelques jours, d’autrefois je continuais vers Rome, Milan ou Ancône…. mais je me réveillais toujours tôt, le matin, pour admirer le « spectacle du lac », même si c’était de très bonne heure!

Cette vue m’a toujours fasciné! J’avais le sentiment, fort naïf, de vouloir vérifier que « mes îles » étaient toujours à leur place !

Les îles, en train et en bateau en 1993

En 1974, je suis venu à Stresa, pour quelques jours, avec ma petite amie du moment.

Nous avons choisi pour dîner un restaurant traditionnel : « Osteria degli amici ». Ici, le service était assuré par une dame assez âgée.

Quand je lui ai demandé ce qu’elle nous conseillait pour le dîner, elle a répondu sans hésiter: « Le trotte del nostro Lago! »

Et, nous lui avons fait confiance!

En 1985!

En 1985, je suis venu à Stressa avec celle qui allait devenir mon épouse. Alors, j’ai cassé la tirelire, et j’ai pris une chambre à l’hôtel « Regina».

En façade, avec balcon et à un étage élevé. Je n’ai pas regretté l’investissement ! Le petit déjeuner sur le balcon de la chambre avec la vue sur le lac… est resté dans toutes les mémoires.

Hôtel Regina, en 2018

Pour le fameux « Hôtel des Îles Borromées », un palace de référence pour l’hôtellerie italienne et européenne, j’avais pris une (bonne) habitude: je finissais toujours la soirée au piano-bar de l’hôtel, en sirotant un Bailey’s et en écoutant les standards internationaux, interprétés par le pianiste du moment.

Aux Iles Borromées, en 1985

Souvent, pendant les 15 années où j’ai travaillé avec l’Italie, je m’arrangerais pour finir ou commencer à Milan, afin de passer le week-end sur le Lac Majeur.

J’ai vécu ici de moments de joie… où de panique!

Au milieu des années ’70, on est arrivés à « Isola Madre », vers 11h, un jour de « Ferragosto » (le 15 août).

On a choisi le restaurant au bord de l’eau, pas loin du débarcadère. On a commencé par une baignade dans le lac. Ensuite, nous avons déjeuné. Entre le dessert et le café, nous nous sommes baignés à nouveau. Après le café et une légère somnolence, nous nous sommes baignés de nouveau ! Et ainsi, jusqu’au coucher du soleil !

Ma vedette et mon restaurant préféré, en 1985 comme en 2018!

Aujourd’hui, au bout de deux heures, on te fait comprendre que… il y a d’autres clients qui attendent. Comme annonçait à voix haute un serveur du restaurant « La Vieille trousse », sur le Bvd. Saint-Germain, dans les années ’80 :

                        « T’as payé,

                           Tu peux dégager ! »

En 1985, nous avons déjeuné à l’hôtel-restaurant « Verbano», dans « Isola dei pescatori », juste en face du palais de la famille Borromée, qui se trouve sur « Isola Bella ».

Verbano en 1985…

Le menu proposé était imprimé sur un bristol, avec un dessin du lieu. Je l’ai gardé jusqu’à ce jour ! A l’époque, je ne savais pas à quel point il s’agissait d’un endroit historique. Ce n’est que dernièrement que j’ai découvert une impressionnante liste de signatures de personnages célèbres, qui sont passés ici depuis plus d’un siècle.

…et en 2018!

Un soir, il y a une dizaine d’années, alors que je me baignais heureux dans le lac, sur « Isola dei pescatori », mon téléphone a sonné.

C’était une des innombrables femmes de ménage qui s’occupaient de mon père. « Monsieur! Votre père a disparu ! Venez vite! »

Il faut dire que mon père avait quelques 100 ans et qu’il ne sortait plus de la maison.

Sans perdre mon sang froid, j’ai demandé si son déambulateur était dans la maison. « Non! », on m’a répondu.

J’ai été, tout de suite, rassuré !

Mon bonhomme était parti en visite, chez une voisine de palier, en laissant la porte de l’appartement ouverte!

Une fois qu’on l’a retrouvé, j’ai pu reprendre la baignade dans le lac!

*   *   *

Cette-fois-ci, j’ai décidé de passer, encore une fois, deux jours à Stresa, à la fin de mon séjour en Italie.

J’aurais eu de quoi faire pour bien plus de temps sur le Lac Majeur. Mais, je dois être de retour à Paris dans deux jours… pour le concert de Romeo Santos. On ne peut pas le rater: ça n’arrive qu’une fois tous les trois ans!

J’ai choisi l’hôtel « Italie et Suisse », juste à l’endroit où j’avais acheté mon premier « Casanova » et à côté de la mairie de la ville.

Après la promenade traditionnelle au bord du lac, j’ai décidé d’aller dîner à « Osteria degli amici », comme en 1974!

L’endroit n’a pas changé d’un iota! Sauf la cour, où j’avais dîné à l’époque, qui a été goudronnée. Mais la tonnelle recouverte de vigne vierge… est toujours là, pour nous protéger du soleil.

Bien-sûr, la vieille dame qui faisait le service, a disparu depuis longtemps. Et les « trotte del nostro lago » ne sont plus qu’un souvenir attendrissant. D’ailleurs, je ne sais pas si les réglementations draconiennes de Bruxelles nous autoriseraient encore à les consommer!**

Mais, la grande surprise fût quand je suis entré dans la salle arrière du restaurant!

Tout d’abord, j’ai trouvé la photo de mon hôtel… d’il y a quelques 100 ans.

Voir même davantage! Parce que l’hôtel s’est appelé « Hôtel d’Italie et Pension » entre 1890 et 1930. Mais, tout ‘abord, entre 1880 et 1900, il portait le nom de «Hôtel d’Italie». Et ce n’est qu’à partir de 1930, qu’il a pris le nom d’aujourd’hui : « Hôtel d’Italie et Suisse ». 

Puis, sur un mur voisin, l’affiche publicitaire de l’hôtel « Regina »…à la Belle Époque! C’est ainsi que j’ai compris pourquoi le grand restaurant de l’hôtel s’appelle encore de nos jours: « le Charleston ».

Mais, j’ai retrouvé, avec un énorme plaisir, l’original de l’affiche « Frap’anis », qui me poursuit… à travers le monde!

Je vois régulièrement cette affiche à Paris, dans le restaurant « Le Petit Bofinger », dont je suis un client assidu!

Je l’ai retrouvée à New-York, dans un restaurant français, près de « Times Square », là où un ami de l’école maternelle de Bucarest m’avait invité, après quelques 40 années d’absence.

Et voilà que je le retrouve… sur le Lac Majeur, à Stresa.

D’ailleurs, le « cameriere » m’a raconté qu’il y a une vingtaine d’années, on leur a proposé pour cette affiche 5 millions de lires, par un amateur d’art du début du XXème siècle!

Au fond, au-delà de mes souvenirs personnels, ce qui m’a fait plaisir dans ces rencontres fortuites, c’était de constater que, malgré le bulldozer du tourisme moderne, qui écrase tout sur son passage, il  reste encore des endroits où la mémoire des lieux a survécue. 

Isola dei Pescatori coté jardin et coté cour: a chacun son choix

Vouloir vérifier cette affirmation dans un demi-siècle, ce serait un peu présomptueux de ma part.

Mais revenir dans deux ans, quand j’aurai bouclé les 50 ans depuis ma première visite à Stresa… c’est encore faisable !

 

                                               Adrian Irvin ROZEI

                                                  Stresa, mai 2018

– 

*Aux dernières nouvelles, depuis la construction d’un hôtel de luxe à Baveno, le nombre de sonneries a été limité à 6 par jour.

Ce qui fait, quand-même, au moins deux… en pleine nuit !

 **On m’a raconté une histoire étrange, comme quoi les pêcheurs du Lac Majeur vendent leur poisson… sur le Lac de Garde et… vice-versa !

Tout ça pour des raisons de taxation. Mais, ce sont des « combinazzioni » à l’italienne… qui me dépassent !

3 thoughts on “Souvenirs d’Italie

  1. Bonjour Adrian,

    Toujours aussi talentueux dans la narration…….
    Je lis entre autres que tu étais un adepte de la vieille trousse à Paris avec un patron turc, je crois, fabuleux.
    Dans les années 70, une des originalités du restaurant était le branchement de la chasse d’ eau dans la salle…. les filles qui rentraient dans la salle se faisaent tancer par le patron :” on s’ est que tu es propre ma poule “…….

    A bientôt
    Pierre

    • Toujours à la ‘Vieille trousse’, il y avait un panty accroché au-dessus du bar, dans lequel les serveurs jetaient les pourboires, en criant: Merci pour la belle culotte!
      Quand les clients revenaient du petit coin, ne sachant pas que tout le monde avait entendu la chasse-d’eau, s’étonnaient de voir toute la salle les suivre d’un regard amusé.
      Tempi passati !

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