Si tu vas à Rio…

…n’oublie pas de passer par Boulogne-Billancourt !

 

Rio de Janeiro, le 20/03/2018

J’étais au Brésil, quand j’ai reçu d’un ami boulonnais le message suivant :

« Je te déconseille d’essayer…
Un métier… à risque
Réparation des paratonnerres sur le Christ Rédempteur
à Rio de Janeiro

Cliquez ci après et accrochez-vous fermement: Phobie du vide s’abstenir…………

 Je lui ai répondu :

Je te promets de ne pas monter sur les bras du Christ!

Mais, il y a 12 ans, j’ai commencé à entreprendre une action tout aussi dangereuse!

Nous avons à Boulogne-Billancourt la maison où a vécu et travaillé Landowski, l’auteur du Christ de Corcovado.

J’ai fait là-bas la connaissance de sa petite fille, qui a pris la tête d’une association qui se propose de faire reconnaître l’œuvre de son grand-père… au Brésil.

Quel est le problème? Certains brésiliens ne reconnaissent pas la paternité de Landowski sur l’œuvre du Corcovado et soutiennent qu’elle a été faite par Hector Silva Costa, l’ingénieur brésilien qui a suivi le projet, jusqu’à sa réalisation pratique, à Rio.

C’est vrai que Landowski ne s’est pas déplacé au Brésil, mais il a sculpté dans son atelier de Boulogne la tête et les mains de la statue. Et sa petite fille me racontait qu’étant enfant, elle jouait à cache-cache dans la main du Christ!

En réalité, aucun des deux prétendants n’a « fait » la tête du Christ, mais… un sculpteur roumain!

Gheorghe Léonida, né à Galatzi, comme mon père, en 1892,  a travaillé plusieurs années avec Landowski, dans son atelier. Malheureusement, il est décédé en 1942, en tombant du toit de sa maison, alors qu’il coupait des fleurs dans un arbre. Les dangers du jardinage!

Le pouvoir communiste l’a effacé ensuite de l’histoire, parce qu’il avait fait plusieurs portraits de la famille royale!

Cette mésaventure a été découverte par Attico Vila da Boas Mota, un éminent professeur brésilien de langues romanes, en 2000, en fouillant dans les documents de la famille Léonida, en Roumanie. J’ai eu l’occasion de parler au téléphone avec Attico  et je comptais aller le voir. Mais il vivait à Macaobas, à quelques 600 km de Salvador de Bahia. Un peu difficile pendant un weekend, entre deux visites chez mes clients, fabricants d’explosifs ! 

En 2006, la petite fille de Landowski comptait organiser à Rio une exposition avec les dessins de son grand-père, pour rappeler sa « modeste contribution » dans la création de l’œuvre la plus emblématique de l’Amérique du Sud! Mais, …elle avait beaucoup de mal à obtenir un local. Je me suis proposé de l’aider et j’ai pris contact avec mon ami Jean Boghici, un bien connu marchand d’art de Rio.

Et, accessoirement… roumain!

Jean m’a dit: Ne te mêle pas de cette affaire! C’est un sujet sensible et tu vas te faire plein d’ennemis !

Et, comme en 2007 j’ai arrêté d’aller au Brésil (retraite oblige!), j’ai tout laissé tomber. 

Il y a deux semaines, lors de la préparation de mon voyage, j’ai voulu retourner dans l’atelier de Landowski et revoir ces croquis, moulages, modèles… dont je me souviens très bien. Énorme déception ! L’atelier n’existe plus! Et les œuvres ont été déplacées au troisième étage du « Musée des années ’30 », dans la « Médiathèque… Landowski » !!!! 

En attendant, j’irai revoir la statue de Corcovado.

La dernière fois, j’y suis allé en 2007, avec celui qui allait me remplacer dans la vente du nitrate en Amérique, mon ami Inti Serrano.

C’était à la tombée du jour et pour éviter la nuit au milieu des bois de la forêt de Tijuca, le chauffeur du taxi a dévalé la pente… à tombeau ouvert!

Heureusement que le Christ était là, avec les bras ouverts, pour nous protéger.


Tout s’est bien terminé !

                                             *   *   *

Béziers, le 10/04/2018

Hier, je suis tombé par hasard, en balade sur les « Allées Paul Riquet » de Béziers, sur une carte postale envoyé du Brésil en 188..!

L’expéditeur a collé le timbre sur le dernier chiffre de la date, donc je ne peux pas préciser l’année exacte.

Comme l’image représente le « morro » de Corcovado, je me suis dépêché de l’acheter. Grand effort financier: 0,50€!

Bien-sûr, sur la photo de la carte,… il manque quelque-chose : la statue du Christ, qui ne sera installé qu’un demi-siècle plus tard!

C’est une excellente occasion de faire « un point d’étape » dans mon enquête sur l’histoire de ce chef d’œuvre mythique, sur les deux rives de l’Atlantique.

Tout d’abord, l’état des lieux!

Je joins les commentaires, rencontrés à Rio, concernant la réalisation de ce projet.

Puis, en rentrant à Boulogne, j’ai profité des 48 heures avant un nouveau départ, pour passer au Musée Landowski, au cœur de notre ville.

J’ai appris que la « section » Landowski n’est ouverte que depuis septembre 2017.

Son déménagement dans ces nouveaux locaux à été motivé par l’impossibilité d’aménager l’atelier de Landowski selon les règles de sécurité actuelles. Je n’ai pas pu savoir quel est le sort du bâtiment qui a abrité la vie et l’œuvre du sculpteur. À revoir, après mon retour à Boulogne-Billancourt !

Pour l’historique de la réalisation de la statue, je joins les textes des panneaux du musée.

Mais le plus important, c’est la petite maquette de la statue, préparation de la grande maquette (4 m!) exécutée toujours dans l’atelier de Boulogne.

Cette visite a été, aussi, l’occasion de traverser, en courant, les autres étages du bâtiment qui abrite le « Musée des Années ’30 ».

J’ai retrouvé ainsi les œuvres de quelques artistes ayant un lien direct avec « l’espace mioritique » (la Roumanie, quoi?).

Tout d’abord Irène Codreanu. Irène et sa sœur Lizica, ont été des amies… très, très, très intimes de Brancusi.

Une photo célèbre nous présente Lizica, en plein mouvement, interprétant une danse dadaïste, dans l’atelier de Brancusi, montée sur « la table du silence », et habillée avec un costume dessiné par le grand sculpteur. Il semblerait que la musique qui accompagnait la danse était d’Éric Satie. Lui même un grand ami de Brancusi, …mais pas de la même façon que les sœurs Codreanu.

Le plus intéressant, c’est qu’Irène Codreanu est présente dans le musée avec un buste d’Eileen Lane. 

Celle-ci  a été aussi le modèle de Brancusi. Et pas que le modèle !

Elle apparaît, d’ailleurs, dans une célèbre photo de 1922, à côté des sœurs Codreanu.

Toujours au « Musée des Années ’30 », j’ai retrouvé un peintre roumain, beaucoup moins connu que les artistes précédemment mentionnés. Il s’agit de Ion Panteli-Stanciu, dont j’avais découvert l’existence, il y a une quinzaine d’années, dans le même musée.

Mais, la grande surprise a été de rencontrer les membres de la « Colonie de Gödöllö », un sujet dont je me suis entiché il y a une vingtaine d’années, mentionnés dans un des livres de la bibliothèque du musée.

Il s’agit d’un volume épais, intitulé « Le tapis européen de 1000 à nos jours » écrit par Françoise Sirien et édité aux éditions Monelle Hayot.

La « Colonie de Gödöllö » a commencé son existence autour de l’année 1900 à Díod (aujourd’hui Stremtz) en Transylvanie, avant de déménager dans les environs de Budapest. Ses membres ont laissé en Transylvanie des œuvres remarquables, connues sous le nom de « Sécession Viennoise » (en Roumanie, « Sécession transylvaine »).

Sont mentionnés, dans le livre, Sandor Nagy et Aladar Köröshfoi-Kriesh, deux des membres de la colonie qui ont décoré le fameux « Palais de la Culture » de Târgu-Mureş, exemple représentatif du courant artistique « Art nouveau » en Europe Centrale.

Mais, surtout, Léo Belmonte, peintre et artiste lissier, qui, après avoir vécu en Suède, en Transylvanie et à Budapest, a fini son existence à Boulogne-Billancourt, en 1956! Où sa maison existe encore !

Voici donc comment « Rio » nous a fait faire le tour de l’Europe!

Sans passer par le « petit village » chanté par Dario Moreno !

 

                                         Adrian Irvin ROZEI

                                     La Bastide Vieille, avril 2018

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