Lembranças do Brasil (IV)

A taça do Rio e nossa!

Rio de Janeiro, 25/03/2018

 

Pendant les trois années que j’ai passé à St. Étienne, à la fin des années ’60, je n’ai jamais trouvé le temps d’aller au stade « Geoffroy Guichard »!
Et pourtant, c’était l’époque d’or des « verts »!

Dans ma jeunesse, je m’étais passionné pour le football. Mais, il faut dire que c’était la période bénie où les joueurs s’appelaient Pelé, Garincha, Didi, Vava, Eusebio, Mazzola… et tant d’autres noms  mythiques du sport au ballon rond.

Je me souviens du Championnat du Monde de 1958 et de la « Coupe Jules Rimet », gagnée plus tard par le Brésil.

J’ai essayé de m’intéresser aux championnats nationaux de football. Mais, très vite, je me suis aperçu que, après avoir gagné un championnat ou une coupe, l’année d’après tout repartait à zéro. Un vrai « travail à la Sisyphe»! Alors, …pour quoi commencer?

Toutefois, la dernière semaine des cours à l’école, je suis allé voir un match, au stade de la ville. C’était un match obscur et je ne peux pas dire que l’ambiance m’ait emballé.

J’ai accompagné, aussi, des amis au stade de Naples, il y a quelques 40 ans.

Je n’ai pas été convaincu, non plus!

Et puis, à la faveur d’une de mes visites à Rio, je suis allé au stade  « Maracaña », le jour d’un derby « Flamengo – Botafogo ».

Là, je suis resté fasciné ! La ferveur des supporters de l’équipe gagnante était contagieuse.

Il faut dire que « Maracaña » est un mythe en soi… et pas seulement pour les fans du foot!

Avec ses 78 000 places, c’était au moment de sa construction, en 1950, le plus grand stade au monde.

C’est ici que le premier but a été marqué par Didi et Pelé a accompli l’exploit de ce sport, en mettant pour la première fois un millième ballon dans le filet, par le même joueur!

Mais, ce qui m’intriguait, il y a déjà plus d’un demi-siècle, c’était d’apprendre qu’il y avait des loges louées à l’année, avec l’air conditionné et vitres fermées, pour se protéger de la chaleur et de l’humidité, et que, pour suivre le match, leur propriétaires mettaient en marche des haut-parleurs, qui diffusaient les commentaires de la radio! Alors, pourquoi ne pas regarder le match à la télé, chez soi?

Pour moi, l’intérêt principal du stade est de vivre l’ambiance en direct, de sentir le « souffle » de la passion de ceux qui vous entourent, de participer à leurs joies… ou déceptions.

Je me suis dit, avant de partir de Paris, que… ce serait le moment!

Seulement, j’ai appris aussi que le stade « Maracaña », en réalité « Mario Filho », est fermé la plupart du temps, depuis la Coupe du monde.

Mais, en arrivant à Rio, hier soir, j’ai demandé à la réception de l’hôtel, quelles sont les manifestations dans la ville, le 25/03.

C’est ainsi que j’ai découvert  qu’aujourd’hui devait avoir lieu la finale de la « Coupe de Rio », entre « Fluminense » et « Botafogo », …justement au stade de « Maracaña »!

Décidément, …j’ai une chance de c…!

Le réceptionniste de l’hôtel m’a informé, ce matin, qu’il reste des places et qu’ils peuvent m’en procurer une, pour la modique somme de 185 Reais, transport compris! Donc, quelques 45€. Je l’ai remercié et, à 15h30, une demi-heure avant le début du match, je suis arrivé à la porte du stade.

Ici, je me suis demandé, en voyant les milliers de personnes qui faisaient la queue pour entrer, sous un soleil de plomb, si je n’avais pas fait une erreur.

En plus, je n’avais même pas de place!

En suivant le flot des fans, je me suis adressé à un jeune, en maillot tricolore, et je lui ai demandé où sont vendus les billets.

Celui-ci, fort aimable, m’a regardé de la tête aux pieds, et m’a répondu:

« Vous devez avoir plus de 65 ans. Pour vous, c’est gratuit! Prenez la file «Gratuidade » … ».

C’est ainsi que je me suis retrouvé, en moins de 5 minutes, à la «  Filera FF, assento 21, subsetor 211 ».         

Autour de moi, les supporters de « Fluminense » criaient, chantaient, dansaient … déjà à tue tête ! Il y avait surtout des jeunes, en groupe où en famille. Personne ne fumait et la bière était consommée avec beaucoup de modération. J’avais fait, sans le savoir, le bon choix! En face, les blancs-bleu de « Botafogo » semblaient beaucoup plus mous.

Le match a été un vrai plaisir! Du (vrai) jeu, pas « au mètre carré » et tout en défense, à l’Allemande ou du « catenaccio » à l’italienne, des vrais joueurs, pas comme ceux qui jouent la montre, des qu’ils ont marqué un but…

Et puis, mes voisins, si vivants, si polis …pas de bousculade,  pas de violences …on se serait cru à un concert de musique classique,  …l’enthousiasme en plus!

Je ne vous dirai pas quel a été le score. Tout un chacun peut consulter Internet (comme vous conseillent ceux qui ne veulent pas se déranger!)

Mais « les miens » …ont gagné ! Et je suis resté un petit moment à faire la fête avec eux.

Normal! J’avais participé avec mes cris, de tout cœur, à leur victoire !

C’est comme aux Jeux olympiques: « L’essentiel, c’est de participer ! »

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Nostalgie aux couleurs de Rio

Rio de Janeiro, 26/03/2018

 

Lundi est un jour sans musés à Rio!

Tant mieux! Je commence à avoir une indigestion de sculptures et de tableaux baroques.

Alors, je suis parti sur les traces de mes souvenirs.

À Copacabana, il y a deux côtés : « le coté jardin et le côté cour ».

Côté jardin, c’est l’Avenida Atlantica, avec ses grands hôtels, le bord de mer, la frime, les boutiques de luxe, les voitures à la mode…

Côté cour, c’est la rue Nossa Senora de Copacabana, avec les petits restaurants, les agences de voyages, les parcs où dorment les clochards (de jour, la nuit ça ferme à clef !), les bus qui roulent comme des fous… Enfin! La vie réelle.

Mais, il faut avoir vu les deux!

J’ai commencé par le « coté jardin »: Copacabana Place, mon chouchou de toujours !

Rien n’a changé en 11 ans… comme en 100!

Sauf une chose essentielle.

J’allais à la piscine de l’hôtel, invité à déjeuner ou dîner par mon ami Jean Boghici.

Cette tradition rappelait son succès des années ’50, quand il avait réussi à vendre à Edward G. Robinson, fin amateur d’art, un tableau du peintre de rue Pedro Leal pour 50 USD. À ce moment, Pedro Leal n’avait jamais vendu une toile pour plus de… 5 USD!

Mais, il faut dire que le vendeur et l’acheteur avaient quelque-chose en commun: ils parlaient le roumain.

À la piscine du « Copacabana Palace » il y avait, le samedi, la plus fantastique feijoada que j’ai vue de ma vie! Rien que la table des ingrédients faisait plus de 10 mètres.  

C’est fini! Plus de feijoada !  Pourquoi? Mystère!

Ensuite, je suis allé chez le bijoutier « Stern », le plus grand spécialiste au monde pour les pierres précieuses  de couleur.

Quand j’ai commencé à raconter mes souvenirs des 40 années de visites dans leurs boutiques, on m’a tendu le tapis rouge. Et on m’a invité à voir la collection de tourmalines multicolores du propriétaire.

Mon histoire avec les émeraudes de « Stern » vaut la peine d’être racontée. La prochaine fois!

Mais, c’est chez « Amsterdam & Sauer », où je n’ai jamais rien acheté, que j’ai été le mieux accueilli. Le directeur est descendu de son bureau et nous avons eu une conversation « cailloux » entre spécialistes ! LOL

La grande surprise, ce fut la visite chez l’antiquaire Arnaldo Danemberg, que m’avait conseillé mon ami, architecte et historien d’art, de Lisbonne.

Arnaldo était en voyage à Sao Paulo, mais ses adjoints m’ont reçu et présenté le magasin.

Nous avons pu parler antiquités… européennes et brésiliennes, en particulier de « l’Art déco »,  une spécialité du pays.

Nous avons les mêmes soucis: comment trouver des restaurateurs, des empailleurs, des artisans… travaillant à l’ancienne.

Mais, la grande surprise fut quand j’ai remarqué, sur une console, deux soupières et deux raviers « cobalt et or », signées Rosenthal.

Elles faisaient partie, certainement, d’un service identique à celui des 15 assiettes, en trois tailles, que j’ai à la maison, et que ma mère, par un tour de force, a réussi à faire sortir de Roumanie.

Cobalt et or : à Rio (droite) et Boulogne (gauche), avec, en prime, la grenouille sauvée de Roumanie!

À l’époque de notre départ, tout objet portant une marque venue d’Occident était interdit de sortie du pays.

Ma mère a trouvé moyen de faire passer 2000 Lei à la douanière (dans les toilettes, pendant la révision de nos caisses dans les locaux de la douane!) et sauver ainsi les assiettes, malgré la marque Rosenthal, écrite au dos. 2000 Lei représentaient, à l’époque, à peu près, le salaire de mon père pour un mois.

L’ensemble proposé à Copacabana vaut 1600€.

Et nous, nous mangeons régulièrement dans ces assiettes, qui viennent de ma grand-mère, à l’occasion des fêtes de famille ou anniversaires.

Enfin! Dans les assiettes qui ont survécu après un siècle de bons et loyaux services!

Côté cour, j’ai déjeuné sur le pouce chez « Armazém 331 », le spécialiste des cafés de tous les coins du pays.

Parlant avec le patron, j’ai appris beaucoup de choses sur l’infinie  variété de cafés dont il dispose.

Et, surtout, de la dernière spécialité découverte récemment: des grains de café qui sont avalés par un oiseau, le Jacu, avant d’être éliminés par les voies naturelles, lavés et torréfiés, pour devenir le café le plus cher au monde!

Moi, je lui ai appris l’écho mondial du café de Maragogipé, dont mon grand-père maternel m’avait parlé, quand j’étais enfant.

En passant dans la rue, j’ai vu un vendeur ambulant qui proposait des livres à 10 Reais (2,5 €!)/pièce.

J’ai repéré tout de suite un volume des années ’70: « Diàlogos com Eugène Ionesco » par Claude Bonnefoy.

Je l’ai pris et suis rentré à l’hôtel pour le feuilleter.

Ensuite, j’irai dîner au « bordello » ! Pardon! Au « bord de l’eau »!

PS. Dans le livre, je découvre les avis de Ionesco, assez proches de mon opinion sur Le Corbusier.

Mais, ce sujet, qui me tient à cœur, mérite un plus long développement.

Je n’avais pas encore remarqué qu’Ionesco était né le même jour que mon père, …mais 5 ans plus tard!

A suivre…

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