Il Traforo sotto il Quirinale

 Feuilles de journal
Rome, 23/05/2018

                                           Roma nun fa’ la stupida stasera
                                           damme ‘na mano
                                           a faje di’ de si’ sceji
                                           tutte le stelle piu’ brillarelle che puoi
                                           e un friccico de luna tutta pe’ noi

Il y a quelques semaines, sur les Allées « Paul Riquet » à Béziers, j’ai trouvé chez un brocanteur, deux cartes postales de Rome datant du début du XXéme siècle.

La première représentait le portail du « Palazzo Barberini ». La seconde, était une vue du « Traforo… », peu de temps après son inauguration, en 1903.

Je connais ces deux endroits… depuis un demi-siècle ! C’est vraiment ça! Ma première visite à Rome date du mois de juillet 1968!

Pour le « Palazzo Barberini », je reviendrai dessus une autre fois. Mais, pour le « Traforo… », son histoire est encore plus surprenante!

Ce tunnel a été construit au début du XX siècle, afin de fluidifier la circulation dans Rome….

Mon projet de retourner voir l’entrée du tunnel, afin de comparer l’image de 1900 avec celle d’aujourd’hui, était prévu pour le lendemain de mon arrivée à Rome. Mais, d’autres visites, dans le quartier de la Piazza de la Republica, où j’habite cette fois-ci, m’ont empêché d’y arriver, avant l’heure du dîner. Il n’y a rien qui presse !

Après le dîner, dans le quartier de la Place d’Espagne, j’ai entamé une promenade devenue traditionnelle, depuis… cinquante ans.

En effet, si l’on veut profiter pleinement des monuments de la « Ville Éternelle », il faut se balader au centre ville… après minuit!

Je l’affirmais déjà dans un texte écrit il y a quatre ans: Una strada lunga 2000 ani !

Une fois de plus, je n’ai pas dérogé à la règle. Et, encore une fois, j’ai été charmé par cette ville merveilleuse!

D’autant plus qu’à cette heure avancée de la nuit, on peut même se promener au milieu des petites ruelles, avec un baladeur dans les oreilles, en écoutant les interprètes célèbres qui ont chanté la ville de Romulus.

Pour rentrer à mon hôtel, j’avais deux alternatives:

-reprendre la « Via delle Quatro Fontane », en montant et en descendant la coline du Quirinal, ou

-couper à travers le « Traforo » pour retrouver l’avenue de mon hôtel.

J’avoue que je n’ai jamais beaucoup aimé emprunter la voie du « Traforo »!

De jour et encore moins la nuit!

Ce tunnel, extrêmement bruyant dans la journée, ressemble davantage à un « coupe-gorge » la nuit. Mais, je me suis dit qu’il ne faut pas exagérer et que, même à une heure du matin, nous sommes en plein centre-ville de Rome!

J’ai entamé la traversée… un tout petit peu stressé ! D’autant plus que, sur les trottoirs, dans les deux sens, il n’y avait personne.

Et tout d’un coup, en plein milieu de la traversée, j’ai aperçu dans le lointain, un monstre, qui faisait un bruit énorme et qui clignotait de ses deux yeux lançant des faisceaux de lumière incandescente! Le bruit était d’ailleurs amplifié par mes écouteurs et devenait presque insupportable.

Les gens qui connaissent Rome, savent qu’à plusieurs endroits de la ville, juste après minuit, on peut rencontrer des personnages étranges, dont les guides touristiques ne parlent jamais. Il ne faut pas effrayer les visiteurs!

Ainsi, c’est bien connu que, les nuits de pleine lune, sur le pont devant le Château Saint-Ange, on entend le bruit des roues d’un carrosse.

Le carrosse s’arrête au milieu du pont, une jeune femme très élégante descend, se promène un petit moment… puis saute dans l’eau!

Si vous avez la malchance de vous trouver à ce moment-là sur le pont, elle vous entraîne dans les flots du Tibre… pour l’éternité !

La tradition romaine raconte qu’il s’agit d’une reine, qui a été attaquée à cet endroit par des brigands, et qui revient périodiquement, pour se venger. « Si non è vero…! »

Seulement, moi je n’avais aucune envie de faire de telles expériences! Et puis, un tunnel qui n’a que cent ans, ne peut pas porter de telles malédictions. Enfin! Sait-on jamais ?

Je me demandais ce que j’allais faire? Je ne pouvais plus reculer, je n’osais pas avancer! J’avais le sentiment d’être pris à la gorge.

À ce moment, j’ai remarqué qu’une femme blonde, vêtue d’un habit sang et or, s’agitait devant le monstre.

Quelques minutes plus tard, quand celui-ci s’est approché, j’ai compris qu’il s’agissait d’une voiture de nettoyage de la ville de Rome.

Devant elle, la préposée au nettoyage manipulait un balai et, du haut de son camion, une autre jeune femme m’a fait un signe amical de la main. Elle devait être, probablement, peu habituée à voir passer des piétons à cette heure avancée de la nuit.

Mais, au fond de moi-même, je me demande encore si ce n’était pas des fantômes du passé !

*    *   *

Tout ça aurait pu rester que « le songe d’une nuit d’été »!

Le lendemain, j’avais décidé de faire une balade dans le quartier du Panthéon.
De proche en proche, de visites d’églises en visites de palais, je me suis retrouvé dans ce quartier à l’heure du déjeuner.

Tout le monde répète: « Voyager c’est très cher! Tu dois être millionnaire pour voyager tout le temps, comme tu le fais! »  Ce qui me fait rigoler doucement!

Je viens de trouver, en pleine zone touristique, un restaurant qui propose un menu, composé d’une entrée, un plat, un quart de vin et… une flûte de champagne (en réalité du prosecco!) pour 10€!

Qui plus est, juste en face de la rue ou Antonioni a filmé « L’Eclipse », avec Monica Vitti et Alain Delon, en 1962.

Ce repas rapide m’allait très bien! Je souhaitais passer le moins de temps possible à table.

C’est un peu pour ça que je n’ai pas pris ni le dessert, ni le café sur place.

J’aurais pu les prendre chez « Tassa d’oro », au coin de la rue, où, selon les spécialistes, on sert le meilleur café au monde !

Mais, faire la queue à la caisse et boire mon café debout, entre des clients de tous les continents qui se bousculent… trop peu pour moi!

Je sentais, de manière instinctive, que quelque chose de meilleur était en train de se préparer.

Je suis arrivé à la Place du Panthéon, dont je me souviens fort bien… depuis 1968! Surtout grâce à des photos prises à cette époque! J’ai salué mon « nasoné » préfère, au milieu de la place, juste en bas de la fontaine en marbre dominée par un obélisque.

Les « nasoni » (les gros nez) sont les fontaines, en nombre de 2400, qui approvisionnent la ville de Rome en eau potable, 24 heures sur 24, sans discontinuer, avec une eau propre et fraîche. Alors que les touristes, qui ont subi un lavage de cerveau bien orchestré, font la queue pour acheter des bouteilles d’eau, …à des prix d’ « oufs »!

La place, en 1968 et aujourd’hui

J’aime bien ces fontaines, qui me rappellent celles de mon enfance, à Bucarest. Ici, comme là-bas, un petit orifice dans le tuyau, permet, en bouchant l’arrivée principale, de faire gicler l’eau dans un jet qui vous saute… directement dans la bouche!

Mais, celui de la Place de la Rotonde (du Panthéon) a aussi une autre particularité. Un récipient attaché en bas de la colonne, permet aux animaux de s’abreuver. Cela a du être fait, probablement, à l’époque où des calèches attendaient le client, juste en face du Panthéon.

J’ai regardé ensuite avec un sourire au coin des lèvres, la plaque en marbre installée par le pape Pie VII, en 1808.

Elle raconte, en latin, que le pape  a pris la décision de « débarrasser la place du Panthéon de ces tavernes disgracieuses, offrant ainsi une vue dégagée sur le monument ». Aujourd’hui, il y a, de nouveau, 13 « trattorias », cafés et bars, autour de la place.

Même qu’une enseigne bien visible, juste sous le nom du lieu, indique l’adresse du McDonald’s le plus proche, à seulement 5 minutes du Panthéon !

Puis, regardant d’un œil dédaigneux la queue que font les touristes pour visiter le plus ancien monument romain encore en fonction, je me suis dirigé vers mon éléphant préféré!

Situé sur la Place de Minerve, il porte sur son dos un obélisque antique de Rome, installé ici par le Pape Alexandre VII, en 1677.

Cet obélisque est le plus petit de tous ceux que l’on peut rencontrer dans les rues de Rome. C’est peut-être pour ça que le Pape Alexandre VII, vers 1675, commanda au Bernin l’éléphant qui devait le rehausser. Mais la statue a été réalisée par Ercole Ferrara et installée en 1677.

Si l’éléphant et l’obélisque se trouvent encore à cet endroit… c’est grâce à un miracle.

En 1946, un américain s’est entiché, à son tour, de cet animal. Il a proposé à la mairie de Rome de l’acheter, mais celle-ci a refusé.

Sur quoi, il a décidé de se servir lui-même ! Il a embauché des ouvriers, qui se sont mis à le déterrer.

Par hasard, un autre groupe d’ouvriers, mandatés par la mairie, est arrivé sur les lieux, pour exécuter des travaux de voirie. Un peu étonnés de ce qu’ils ont trouvés sur place, ils ont posé la question en haut lieu.

L’Américain, apprenant que sa manœuvre a été découverte, a disparu, sans demander son compte!

Pour moi, la Place de Minerve a aussi une autre importance.

C’est ici que se trouve l’hôtel « Minerva », où San Martin, le « libertador » de l’Argentine, du Pérou et du Chili, a habité en février 1845. C’est pour cette raison que j’ai pris l’habitude, depuis une bonne trentaine d’années, de revenir dans le salon principal et de rêvasser, dans un canapé confortable, en imaginant que la décoration n’a pas changée… depuis un siècle et demi!

Je suis donc entré, comme d’habitude, dans l’hôtel !

Mais, cette fois-ci, une nouvelle surprise m’attendait !

En passant dans le couloir d’entrée de l’hôtel, je remarque un gros livre exposé sur un pupitre à musique. Ce livre, le catalogue d’une exposition « Picasso- tra Cubismo e Classicismo 1915-1925 », qui a eu lieu à Rome entre le 22 septembre 2017 et 21 janvier 2018, est ouvert à la page qui reproduit quelques photos du début du siècle dernier.

On y voit Picasso, Jean Cocteau et Olga Chochlova sur la terrasse de l’hôtel Minerva, en 1917.

Cependant, la vraie surprise m’attendait à la page suivante.

Ici, une carte postale envoyée par Jean Cocteau à son épouse, restée à Paris, dit:

 « Sommes arrivés par ce beau tunnel, après  mille aventures de voyage dont la moindre n’étant pas le sleeping cassé, nuit debout. Rome très ressemblante. J’aime ses rues le premier matin. Venons prendre bain. Premiers pas timides dans la ville. Picasso arrive à se faire comprendre. On sort sans pardessus.

Je t’embrasse Jean »

Adressée à Madame Cocteau

10 rue d’Anjou 10    Paris    

Roma 19-11-1917

Et la carte reproduit l’image du « Traforo sotto il Quirinale », exactement celle que j’ai acheté à Béziers, il y a peu de temps!

Je ne pouvais pas ne pas monter sur la terrasse de l’hôtel Minerva, là où Cocteau et Picasso avait pris leur photo souvenir, il y a 101 ans!

D’autant plus que l’élégant restaurant qui s’y trouve, avec une vue exceptionnelle sur la Ville éternelle, m’a permis de prendre mon dessert et café, pour lesquels j’avais couru à travers tout le centre historique de Rome.

Sauf qu’ici le prix du café seul était l’équivalent de celui de tout mon repas, 50 mètres plus bas, dans ma trattoria!

Mais… on ne vit que deux fois!

Adrian Irvin ROZEI
Rome, mai 2018

One thought on “Il Traforo sotto il Quirinale

  1. V-am citit noile texte de jurnal. Sunt toate foarte interesante și atractiv scrise. Sunteți un maestru al condeiului.
    Pe care dintre ele doriți să-l publicăm în numărul viitor al revistei RO.AS.IT. ?
    G.T.

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