Pizza, fondue savoyarde ou…  steak tartare ?

Feuilles de journal

Annecy, le 19/09/2016

Quand on vit à Saint-Etienne, on a intérêt à aimer la cuisine italienne !

Rien que sur le pourtour  de la place Marengo (je n’arrive toujours pas à l’appeler « Jean Jaurès » !) il y a  quatre restaurants italiens. Et selon un restaurateur (italien) du voisinage il y aurait six autres dans les rues adjacentes. Heureusement d’ailleurs, parce que sinon on serait condamné au « kebab/frites ».

Mais, certains de ces restaurants ont une fonction de socialisation insoupçonnable. Par exemple, le « Stromboli » situé à un endroit stratégique au coin de la place, en ligne avec la Préfecture, annonce fièrement « ouvert 7 jours sur 7 ». Et si on demande suavement : « Jusqu’à quelle heure ? », la réponse est beaucoup plus surprenante : « Tant qu’il y a des clients ! ».

J’ai connu à Bucarest, dans les années ‘90, des restaurateurs qui annonçaient avec autant de fierté : « Ouvert jusqu’au dernier client ! », ce qui signifiait souvent 4 ou 5 heures du matin. Même que j’ai vu quelquefois des « hommes d’affaires » tziganes qui, ayant fait un bon coup, « privatisaient » le restaurant avec des liasses de dollars et, accompagnés par trois ou quatre musiciens, restaient sur place jusqu’au lever du jour.

Mais, à Saint-Etienne ce n’est pas du tout la même chose ! Continue reading

Una strada lunga 2000 ani !

A l’arrivée de l’été 1968, j’ai dû choisir l’endroit où j’allais passer mes premières grandes vacances d’homme libre.

Le choix n’a pas été facile : j’aurais pu choisir n’importe lequel des pays du monde, moins les pays communistes. Mais les moyens limités et un peu de logique m’ont amené à choisir entre l’Espagne et l’Italie. Et, consultant les offres des Œuvres universitaires, j’ai décidé de partir à Rome. Pour ne pas faire les choses à moitié, j’ai pris carrément un séjour de 15 jours.

J’ai débarqué dans la capitale italienne après un long voyage de prés de 24h qui m’a permis de longer la côte, de Gènes jusqu’à Rome, et de commencer à découvrir le paysage maritime transalpin. C’est dans le train que j’ai remarqué avec étonnement que je comprenais assez bien la langue italienne. J’ai dû être Italien dans une vie antérieure !

A Rome, le petit hôtel choisi parmi les propositions des Œuvres universitaires se trouvait en plein centre de la ville.

En réalité, la « Pensione del Leoncino » était, comme souvent à Rome, un étage dans un immeuble occupé par des habitants de la ville et au rez-de-chaussée il y avait même des magasins, aussi bien d’alimentation que d’habillement.  Je  me souviens même d’un garage, au coin de la rue, qui provoquait l’ire des habitants en empêchant, avec des voitures stationnées n’importe comment, la circulation déjà difficile dans le quartier. Les marchands des quatre saisons avec leurs étalages  ambulants faisaient l’article de leurs denrées à grand coup de gueulantes. Et si les voisins étaient mécontents, ils poussaient leurs charrettes et recommençaient quelques mètres plus loin.

C’était donc une plongée sans intermédiaire dans la vraie vie romaine. Continue reading

Ici c’est Sainté

Feuilles de journal
Saint-Etienne, 17/09/2016

Au mois d’octobre 1967, quand j’ai débarqué à Sainté pour la première fois, je n’étais arrivé en France que depuis un mois. Pour moi, tout était nouveau, différent, étrange. Je n’atterrissais pas quand même en terre totalement inconnue. Mon père, qui avait vécu 4 ans à Saint-Étienne, entre 1926 et 1930, d’abord en classe préparatoire, puis comme élève ingénieur à l’EMSE, m’avait inculqué patiemment pendant 20 ans les rudiments de la vie stéphanoise. Mais maintenant il s’agissait de me faire une opinion par moi-même, d’autant plus que bon nombre de choses avaient changé en 40 ans.

Bien sûr, mes premières références étaient les collègues de l’Ecole et voisins de chambre à la Maison des Elèves. C’était aussi, sans que je me rende compte, mes idoles. Et pour cause ! Ils avaient « intégré » l’Ecole dont je rêvais depuis ma plus tendre enfance, ils étaient (souvent) brillants, ils dominaient aussi bien la langue française que les séries convergentes, ils connaissaient (quelquefois) l’histoire de France et, qui plus est, ils jouaient au tennis ou skiaient comme des Dieux !

En admiration devant mes idoles, en 1968

En admiration devant mes idoles, en 1968

Mais, à cette époque, je ne pouvais pas imaginer que ces statues d’airain cachaient souvent une fêlure profonde. Ils avaient tous rêvé « d’intégrer » Polytechnique ou, au moins, une Grande Ecole parisienne. Et voila qu’ils se retrouvaient à Saint-Étienne, là « où la main de l’homme n’a jamais mis le pied », à quelques 6 heures de train ou de voiture de leur ville natale et, qui plus est, au sein d’un bassin minier qui commençait déjà à battre de l’aile, économiquement parlant. Continue reading

Le commissaire A. mène l’enquête

Saint-Étienne, 19 septembre 2016 

Ma visite à Saint-Étienne du mois de septembre avait plusieurs buts. 

Tout d’abord, remplir mon engagement, pris en février 2016, quand j’ai constaté que la section « langue roumaine » de la bibliothèque de notre Ecole était vide. J’ai écrit à la direction le 15 mars, lui proposant d’offrir une sélection d’une dizaine de livres en roumain. On m’a suggéré de les apporter le 17-18/09, à l’occasion des « Journées du Patrimoine ». C’était une excellente proposition ! 

A cette occasion, l’Ecole avait organisé une « Journée portes ouvertes » et une exposition autour du thème « Les mineurs dans les Guerres Mondiales ». J’ai pu profiter, tout d’abord, d’une visite « libre » dans les salles de l’Ecole. J’avoue qu’en février j’étais trop ému pour profiter pleinement de la même visite. J’ai eu aussi des révélations concernant l’activité, pendant cette période, de nos professeurs et anciens. * 

Mais la grande surprise a été la découverte dans le détail de l’action du Big* pendant cette sombre époque. Même si je possédais quelques informations sur ce sujet, grâce au fascicule sur l’Ecole dans la guerre ’39-’45 édité il y a quelques années. 

Grâce à un de nos camarades, j’ai appris qu’une conférence et une exposition sur Louis Antoine Beaunier (1779-1835), le premier directeur de l’Ecole, devait se tenir le 18 septembre aux Archives Départementales de la Loire. 

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Le tour du Moyen-Orient en six heures

Feuilles de journal

Paris, le 11/09/2016

 

Beyrouth, 18h00

Il y quelques semaines, j’ai remarqué sur les murs de la ville une affiche présentant une photo aérienne de la ville de Beyrouth. Il s’agissait de l’exposition de deux photographes réputés, Joana Hadjithomas & Khalil Joreige, intitulée « Se souvenir de la lumière » (Two suns in a sunset).

Regardant de plus prés le parcours de ces deux artistes, nés en 1969, j’ai vu qu’ils « … construisent leur œuvre sur la production de savoirs, la réécriture de l’histoire, la construction d’imaginaires, mais aussi des modalités de la narration contemporaine en prenant appui sur l’expérience de leur propre pays tout en dépassant ses frontières. Le processus d’enquête auquel ils ont recours, leur questionnement sur le territoire, autant géographique qu’individuel, confèrent à leur œuvre une esthétique particulière. »

N’ayant rien compris à ce charabia, je me suis dit : « Allons voir sur place ! Je connais bien Beyrouth, où je suis allé maintes fois entre 1974 et 2005, ville que j’aime bien et dont j’espère que je trouverai des images actuelles. »

Sur place, j’ai découvert «une esthétique particulière » .

Les photos de la ville ne représentent qu’une toute petite partie de l’exposition. La seule salle qui présente quelques images de la ville est celle du « Wonder Beirut » (1997 – 2006), donc rien de nouveau pour moi.

ch-e-beirut-001_resizeSi, au moins, les photos exposées pouvaient me ramener en mémoire des lieux  que j’ai bien connu ! Mais, les artistes ont décidé de présenter des cartes postales de l’époque heureuse du Liban, les années ’60, « éclatées » par le souffle des bombes, aspergées de couleurs criardes, « des brulures sur des images idéalisées ». Un temps qu’ils n’ont pas connu eux-mêmes et dont on reconnaît à peine les lieux. Continue reading

On the Road Again*

Feuilles de journal

Paris, 9/09/2016

J’ai découvert l’existence du courant littéraire intitulé « Beat Generation » il y a quelques années, grâce à Harold Chapman avec qui je suis en contact directement ou indirectement, depuis le début des années ’70.

Harold, aujourd’hui un photographe de réputation internationale, a habité Paris pendant la décennie des ’50 et a eu l’occasion de rencontrer la plupart des membres de ce groupe dans l’hôtel pouilleux du Quartier latin où ils habitaient. Ses photos sont l’unique témoignage du passage des principaux membres du groupe à Paris : à cette époque aux Etats-Unis leurs œuvres sentaient le soufre et en France ils étaient totalement inconnus, aucun de leurs écrits n’étant encore traduit en français.

J’ai eu l’occasion de raconter cette aventure, vue à travers mes contacts avec Harold Chapman, dans un article intitulé : « Objectif : Beat ».

Ainsi, quand j’ai vu que le « Centre Pompidou » à Paris annonçait une exposition intitulée « Beat Generation », je mourrais d’impatience de la voir. Malheureusement, je n’ai trouvé qu’aujourd’hui le temps pour le faire, à prés de deux mois de son ouverture ! 

Affiche-titre de l’exposition et mur avec les photos de Harold Chapman au « Beat Hotel »

Affiche-titre de l’exposition et mur avec les photos de Harold Chapman au « Beat Hotel »

L’exposition présentée par le Centre Pompidou, entre le 22 juin et le 3 octobre 2016, se compose de neuf sections intitulées : « New York », « On the road », « Californie », « City lights, « Mexique », « Tanger »,  « Looking for mushroms », « Paris », « Dreamachine ». C’est un parcours de globe-trotter qui correspond aussi bien aux contrées traversées par les membres du groupe, qu’à leur permanente fuite en avant, à la recherche de leurs phantasmes ou phobies.  D’ailleurs le manifeste-phare de ce mouvement, le roman « On the road » de Jack Kerouac, qui a jeté sur les routes du monde toute une génération de jeunes à la fin des années ’60, est présenté dans sa totalité –un « tapuscript »  de plus de 36 m !- dans le cadre de l’exposition.  Continue reading

« Monument historique et vignoble » à Valmagne

Valmagne, 17/08/2016

Feuilles de journal

La semaine dernière, quand nous sommes allés à l’Abbaye de Valmagne*, les visites étaient déjà terminées.

Nous avons profité de quelques affaires dans la région pour revenir et tenter de « suivre le guide ».

Cette fois-ci, nous avions tout le temps (2 heures !) jusqu’à la prochaine visite programmée à 14 h 45. C’était la meilleure occasion pour découvrir le restaurant vigneron, installé dans la ferme auberge mitoyenne avec l’Abbaye.

L’aménagement de la vieille grange est impressionnant !

La hauteur sous toit, les poutres dégagées, les crépis colorés, la terrasse ombragée au bord d’un ancien canal, tout contribue à donner au lieu un charme suranné et « agricole » du meilleur effet.

J’ai été un peu moins convaincu par la cuisine « bio ». Les pétales de fleurs colorées dans la salade … trop peu pour moi ! Par contre, le vin de la propriété proposé, un rosé assemblage de cépages méditerranéens  (Syrah, Cinsault, Grenache), avait de la présence. Continue reading

Couleurs du  monde

Feuilles de journal   

Castres, le 5 août 2016  

L’arrière grand-mère de mon épouse était née dans le Tarn, il y a plus de cent trente ans. Elle a vécu toute son enfance au manoir de Padiés, près de Puylaurens,  un château austère, un peu à l’image de cette région qui ressemble si peu à la zone méditerranéenne près de Béziers où nous passons la plupart de notre temps. Et Dieu sait que sa vie fut longue puisque Marie-Louise est décédée à l’âge canonique de 101 ans. 

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Je n’ai pas eu la chance de la connaître, mais elle est très présente dans notre maison. Parce que  Marie-Louise avait une passion : la peinture. 

C’est ainsi que mon épouse a hérité de plusieurs tableaux,  qu’elle a dû peindre dans sa jeunesse, puisqu’ils représentent des paysages et des animaux qu’on rencontre plutôt dans sa région natale.

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Parmi ces tableaux, le plus imposant par ses dimensions (1m x 0,6m) représente  la ville de Castres, importante citée du département du Tarn. Cette ville a eu une histoire mouvementée, surtout à l’époque des guerres de religion. 

Ainsi, je souhaitais depuis longtemps la visiter, surtout que notre tableau, peint il y a plus d’un siècle par l’aïeule, montrait  une géographie plutôt inhabituelle : une sorte de canyon parcouru par une rivière bordée de maisons en bois avec cinq ou six niveaux. En quelque sorte, une espèce de « Grand Canal », comme à Venise, mais avoisinant une forêt de conifères et débouchant sur une chaîne de montagnes. Quelle situation étrange ! 

Un excellent prétexte pour aller faire un tour à Castres a été la découverte du festival « Couleurs du monde », qui se déroule là-bas entre le 1er et le 15 août 2016. 

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Pour m’en souvenir à Paris !

Feuilles de journal

Cap Ferret, le 27/06/2016

« Avant que ma jeunesse s’use
Et que mes printemps soient partis
J’aimerais tant voir Syracuse
Pour m’en souvenir à Paris. »

  Henri Salvador,  «Syracuse »

Pendant plus de 35 ans, j’ai eu la chance de voyager, quelquefois même deux fois par an, au Chili.

Même si tous ces voyages étaient justifiés par des raisons de travail, ils m’ont donné l’occasion de connaître la géographie, l’histoire, le folklore, les traditions du pays. Mais, peut-être davantage que dans l’autre centaine de pays où j’ai traîné mes guêtres pendant ce long laps de temps, j’ai apprécié au Chili la gastronomie locale.

Bien sûr, le Chili, comme la majorité des pays sud-américains, est un « pays de viande ». Mais, plus que tout autre pays d’Amérique du Sud, sauf peut-être le Pérou, un pays de « fruits de mer et de poissons ». Cela est dû certainement au fait que, le courant froid de Humboldt baignant les côtes chiliennes, les eaux de l’océan Pacifique sont particulièrement poissonneuses et les fruits de mer d’une variété et d’une taille rencontrées nulle part ailleurs dans le monde. Ainsi, on les retrouve à l’étalage des détaillants qui occupent des emplacements interminables dans les marchés de chaque ville du pays.

L’endroit le plus spectaculaire au Chili où l’on peut trouver des poissons et des fruits de mer est Angelmo, un petit village à quelques kilomètres de Puerto Montt, dans le sud du pays.

Angelmo : la prise du jour est excellente !

Angelmo : la prise du jour est excellente !

Dans les années ’70, on pouvait rencontrer, au long de la rue principale du village, les pêcheurs ou leurs épouses qui venaient vendre le fruit de leur « récolte » de la nuit précédente, exposé sur des tréteaux en bois qu’on pliait et emmenait à la fin de la journée. Continue reading

Avec Panaït Istrati dans l’Hérault

Feuilles de journal

Montpellier, le 6 Avril 2016

«  Il faudra qu’un beau jour je l’étripe,
toujours en vertu des grands principes,
mais que je le fasse élégamment,
en vertu des grands sentiments. »

Guy Béart

En me promenant dans la ville, je tombe, chez un bouquiniste, sur un exemplaire de « La Petite Illustration » datée du 29 Mars 1930.

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Quelle bonne surprise ! En dernière page, parmi d’autres critiques littéraires des livres récemment parus, on parle de « la Russie nue », le volume de Panaït Istrati, sous la plume d’ Albéric Cahuet.

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Au moins, nos chers thuriféraires du régime communiste ne pourront pas  dire qu’ils ne savaient pas ! Mais, ils ont choisi de fermer les yeux « pour ne pas désespérer Billancourt ! »   Les grands sentiments. Que de crimes on commet en leur nom, encore de nos jours ! Continue reading