Caminante, no hay camino…(III)

Boulogne, 8/06/2020

 

Séville, le 30/09/2017

Je suis revenu, six mois plus tard, à Séville.

Cette fois-ci, je savais à quoi il fallait s’attendre et j’ai bien préparé mon voyage.

Avant de partir de Paris, j’ai cherché mon CD « Cantares », avec les vers de Machado et la musique de Serrat.

Et, bien sûr,…je ne l’ai pas trouvé, parmi les centaines de disques qui encombrent mon appartement ! 

« C’est pas grave ! », je me suis dit.

« Je le trouverai certainement à Madrid !» où je devais passer avant d’arriver à Séville. 

Dés mon arrivée dans la capitale espagnole, j’ai couru à la FNAC.

Après une courte recherche sur l’ordinateur, l’employé m’a informé qu’il n’y avait plus aucun exemplaire.

« Et à Séville ? »

Un long moment de tension !

« Oui ! A Séville il reste… un dernier exemplaire ! »

« Pouvez-vous me le réserver ? Je paye d’avance ! »

« Non ! Ce n’est pas possible ! Vous devez régler sur place ! » 

J’ai tellement insisté et cassé les pieds, que l’employé a pris le téléphone, a parlé avec son collègue de Séville, qui a promis qu’il va mettre le CD de coté ! Ouf !

Une fois arrivé à Séville, j’ai couru chez le disquaire désigné, et j’ai bien trouvé mon CD.

C’est celui que l’on voit ici. 

Pas tout à fait !

Dans l’image attachée, on voit une copie réalisée à Bucarest. Parce que, selon une vieille tradition, instaurée depuis une bonne vingtaine d’années, j’offre périodiquement, à mes amis, les CD des musiques que j’écoute « en boucle » au moment de mes voyages. 

Mais, comme je n’ai pas un budget extensible, j’amène les originaux à Bucarest et je demande dans ma boutique préférée une dizaine de copies.

Quand je reviens, deux heures plus tard, les copies, CD et jaquettes, m’attendent sagement emballés, dans des pochettes en  plastique ou en papier, selon ma demande. Tout ça, pour …une minuscule poignée de Lei ! 

Sont passés, tour à tour, Zaz, Carla Bruni, Modugno, les chansons de mon ami José Schul du Pérou, Julio Iglesias, Soledad, Renato Carosone, Giannis Parios …et tant et tant d’autres, dont je ne me souviens même plus les noms!

Et, bien sûr… Antonio Machado ! 

Une fois le CD de mes rêves obtenu, j’ai couru au « Palais Las Dueñas ». 

Pourquoi faire ?

Simple ! Ecouter Machado et Serrat dans le « patio de Sevilla,
(en el) huerto claro donde madura el limonero… ». 

Je me suis installé, j’ai démarré la musique, j’ai fermé les yeux et… je me suis mis à rêver !

Il faisait très beau, ni trop chaud, ni trop froid, et j’étais seul dans le jardin, entouré de citronniers et d’azulejos ! Le bonheur ! 

En vérité, je n’étais pas tout à fait seul !

Depuis une photo, près de mon « auditorium » improvisé, me regardaient l’Impératrice Eugénie de Montijo et  la reine Victoria Eugenia !

Le lien entre l’Impératrice et la famille d’Albe est très étroit : 

« La sœur aînée de la future impératrice, María Francisca de Sales (es) ( 1825 – 1860), connue sous le nom de Paca, hérita du titre Montijo et d’autres titres familiaux ; elle épousa en 1849 le duc d’Albe, propriétaire entre autres immenses biens, du palais de Liria à Madrid, où mourut l’ex-impératrice soixante ans après sa sœur…

Incendié lors de la guerre civile espagnole de 1936, le palais fut reconstruit après 1955 par Cayetana Fitz-James Stuart, la fille unique du 17e duc. » 

La photo du jardin de « Las Dueñas », prise en 1920, juste avant son décès,  est la dernière image de l’ancienne Impératrice des Français. 

Et puis, je me suis dit qu’il fallait garder l’atmosphère de ce jardin, où je ne peux pas retourner tous les jours.

Donc, un citronnier et un oranger fleuris, et qui donneraient même des agrumes, seraient bienvenus dans notre jardin du Languedoc. 

C’est ainsi que j’ai décidé, par la suite, de commander à mon ami Don Antonio, juste au coin de la rue où se trouve le Palais de Las Dueñas, deux pots en céramique, pour abriter les deux arbres fruitiers mentionnés. 

D’autres voyages à Séville en perspective, pour finaliser cet achat ! 

Je suis revenu, ensuite, dans le « patio de Machado », à la recherche de mon amie, la gardienne des lieux. 

Pas de chance ! C’était son jour « off ».

Mais, l’autre gardien m’a dit : « Vous, je vous connais ! Vous êtes l’ami de ma collègue ; je vous ai vus discuter ensemble, il n’y a pas si longtemps ! » 

Grâce à mon amitié reconnue, j’ai pu visiter le palais tout seul et prendre toutes les photos que je souhaitais. Depuis l’escalier d’honneur, en passant par les photos de famille de Cayetana, de ses robes flamenco, de ses bustes et tableaux 1900 ou de ses  colonnes en azulejos, qui m’ont inspiré pour mes pièces en céramique, en cours d’exécution. 

*   *   *

En quittant le palais, j’ai continué ma promenade sur la Calle Doña Maria Coronel.

C’est ainsi que j’ai découvert une des plus étonnante légende sévillane. 

Doña Maria Coronel a vécu autour de 1400. 

Après avoir été trompée par  Pedro I, qui lui a promis un sauf-conduit pour son époux, alors qu’il savait pertinemment qu’il serait exécuté avant qu’elle puisse revenir à Séville avec le document salvateur,  le roi s’entiche de Maria Coronel et la poursuit jusque dans sa cuisine.

Voyant qu’elle n’a aucune chance de s’échapper, celle-ci se jette de l’huile brulante sur le visage et sur les mains, afin de rester défigurée et indésirable. 

Le roi, impressionné par tant d’abnégation, abandonne ses funestes désirs et lui rend ses propriétés confisquées. 

Aussitôt, Doña Maria fonde un couvent, dans la paroisse San Pedro, et devient sa première abbesse, résidant ici jusqu’à la mort, à l’âge de 75 ans, vers 1410.

Mais, le plus étrange c’est que deux siècles et demi plus tard, à l’occasion de travaux exécutés dans la chapelle, on retrouve son corps parfaitement conservé, alors que deux autres cadavres de la même tombe, sont devenus poussière. 

https://images.app.goo.gl/cYtcEUG9iNtL9cqg9  

Depuis 1834, date de reconnaissance officielle de ce miracle, une procession s’y déroule chaque année, à la date de 2 décembre. On peut voir alors le corps de Doña Maria Coronel, en parfait état de conservation, dans un cercueil en cristal. 

 *   *   * 

Il y a tant d’autres légendes et histoires étranges dans ce quartier !

On peut y passer… toute la journée ! 

Mais, ces longues promenades ouvrent l’appétit !

J’ai choisi donc de dîner dans un endroit totalement différent, comme style et ambiance. 

Afin de satisfaire ma passion pour les « azulejos », j’ai choisi un restaurant avec une décoration en céramique multicolore, dans la Calle Cuña. 

D’ailleurs, le restaurant s’appelle « Baco Cuña – 2 » ! 

J’avais très envie de manger une paëlla. 

Après avoir visité et admiré la décoration de l’endroit, je me suis installé en terrasse et j’ai commandé… une paëlla.

Si j’avais connu le commentaire d’un client de Puteaux (posté deux années plus tard !), je ne l’aurais pas fait :

« Excellente paella, certes un peu plus chère que dans d’autres restaurants, mais cela vaut la peine. Service efficace. La paella ne peut être servie à moins de deux personnes. » 

J’aurais « changé de crémerie », à mon grand regret, si je n’avais pas entendu que ma voisine de table souhaitait, elle aussi, manger une paëlla.

Devant la même « fin de non recevoir » de la part du serveur, je lui ai proposé… de nous regrouper ! 

Et c’est comme ça que j’ai fait connaissance avec Jong Suk / Kang, une jeune coréenne (du Sud !), la propriétaire d’une agence de voyages à Séoul.

Elle était en voyage en Espagne à la recherche de « tour-opérateur réceptifs » locaux pour ses groupes de voyageurs. 

Nous avons eu tout le temps de parler de nos préoccupations. 

Quand nous sommes arrivés au but de mon voyage à Séville, j’ai compris que ce serait difficile de lui faire comprendre ma passion pour les azulejos et pour les poèmes de Machado.

J’ai profité du passage d’une « Violettera » pour lui offrir un bouquet… de chrysanthèmes. Oui, je sais ! « Mlle. Chrysanthème » de Pierre Loti ou « Cio-cio San » de Puccini,  était japonaise ! Mais, vu depuis Séville… ça passe ! 

Et j’ai continué, en lui faisant chanter la sérénade par un tzigane roumain, accordéoniste de passage ! 

Excellente soirée ! 

A suivre…

Adrian Irvin ROZEI

Boulogne, juin 2020

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