Caminante, no hay camino…(II)

Boulogne, 8/06/2020

 

Séville, le 12/03/2017

Quelques quatre décennies sont passées ! 

Pendant ce long laps de temps, j’écoutais, de temps en temps, les chansons de Machado/Serrat. Tour-à-tour, sur disque P.V.C. noir, puis sur cassette, ensuite sur CD,  que j’ai dû racheter en suivant l’évolution de la technique. 

En mars 2017, j’étais à Séville, à la recherche d’un fournisseur d’azulejos pour  le panneau que je comptais installer dans notre jardin du Languedoc, à La Bastide Vieille. 

Je l’ai trouvé Calle Feria 15 !

J’ai discuté, pas-à-pas, avec Don Antonio, le propriétaire de la boutique « Ceramica Nazareth » le sujet, les motifs décoratifs, les conditions du transport jusqu’en Languedoc, les termes de paiement… de mon panneau.

J’ai raconté tout ça dans le texte intitulé « 3 ans, 6 mois et 20 jours… ». 

Une fois cette négociation finie, je suis parti visiter la ville. 

Je n’étais pas venu à Séville depuis… 1992, au moment de l’Exposition internationale. Et, à cette époque, de passage dans la ville pour un week-end à la suite d’une semaine de « visites-clients » en Espagne, j’avais vu surtout les pavillons de l’Expo. 

EXPO ’92 : Avec Mihai Tulbure, le Directeur du Pavillon de la Roumanie, mon ancien collègue de l’Ecole Polytechnique de Bucarest. Le Pavillon à été construit par ARTEXPO Bucarest, dont le Directeur était Mihai Oroveanu, mon ancien collègue de lycée.

Il me restait donc (presque !) tout à découvrir !

Mais, au vu de l’état d’avancement de mon projet « azulejos », j’ai compris que m’attendaient moult visites à Séville ! Ce qui s’est effectivement passé, pendant les deux années qui ont suivi. 

Mais, par un coup de chance, j’ai découvert, dans le guide touristique mensuel de la ville, que le Palais « Las Dueñas » venait d’ouvrir, depuis moins d’un an, à la visite du grand public. 

Et, pour tout arranger, il se trouve sur la Calle Dueñas, à quelques pas seulement de ma boutique vendant des « azulejos » ! 

J’ai décidé donc de commencer la visite de Séville par cet endroit. 

« Las Dueñas », le « Palacio de la Casa de Alba » est la « Residencia Sevillana del Duque de Alba ». 

« Le palacio de las Dueñas” est un palais situé dans la ville andalouse  de Séville, en Espagne. Il appartient à la Maison d’Albe et fut construit entre le xve et le xvie siècle.

Composé de plusieurs édifices séparés par des patios et des jardins, son architecture allie les styles gothico-mudéjar et Renaissance. Le palais fut déclaré « Bien d’intérêt culturel » en 1931 et son mobilier en 2010…

Le palais est situé dans le quartier de Feria et il est entouré par les rues Doña María Coronel, Dueñas, Espíritu Santo et Castellar, la ruelle Enrique el Cojo et la place San Quintín ; son adresse est rue Dueñas no 5, où se situe son entrée principale.

Le palais est composé d’un ensemble d’édifices et de patios. Il fait partie des palais sévillans…, pour la construction desquels furent expérimentées les transformations esthétiques de l’architecture de la Renaissance, sans renoncer pourtant aux architectures gothico-mudéjar et plateresque typiques de la région.

L’arche principale de l’entrée du palais est ornée de l’écu du duché d’Albe en azulejos de Triana du xviie ou du xviiie siècle. Le jardin situé derrière l’entrée, ancien manège, planté d’orangers et de palmiers, mène à un patio rectangulaire à portique. Le portique qui entoure les quatre côtés du patio est formé de deux étages d’arches. Celui du rez-de-chaussée est composé de colonnes de marbre blanc et de pilastres aux décorations et aux frises plateresques. Les arches du premier étage sont de style gothique. 

Le bâtiment principal, la salle à manger d’été et d’autres édifices entourent les autres côtés du patio. On accède à l’étage du bâtiment principal par un grand escalier formé de deux volées de marches, couvert d’un plafond à caissons de style mudéjar. L’escalier mène aux grandes pièces du palais, dont une salle de réception, le salon d’honneur et la salle à manger d’hiver. 

Le « Palacio de las Dueñas » se distingue par son importante collection d’œuvres d’art, de mobilier ancien et d’antiquités dont le nombre s’élève, selon un inventaire de la Junte d’Andalousie, à 1 425 pièces.

On y trouve entre autres une grande collection des écoles espagnole et italienne datant des xixe et xxe siècles : œuvres de…  (suit une longue liste d’artistes espagnols et universels !)

Une aquarelle de Jackie Kennedy, réalisée durant son séjour à Séville en 1967, complète la collection.

Par la suite, j’allais apprendre que Don Antonio de « Ceramica Nazareth » est aussi le fournisseur d’azulejos du Duque d’Albe. Et que, donc, on peut trouver des carreaux d’époque qu’il a livré, dans le palais, tout comme mes panneaux «Mensaque, Rodrigues & Co» d’il y a un siècle qu’il m’a vendu ! 

Mais, ce qui m’intéressait davantage, à ce moment là, c’était que :

« Bien que les Biens d’intérêt culturel espagnols doivent officiellement être ouverts au public quatre jours par mois au minimum, le palais resta privé, Cayetana Fitz-Jamet Stuart,  18e duchesse d’Albe, l’ayant choisi comme résidence principale. Après sa mort, depuis Mars 2016, le palais a été ouvert aux visites publiques (rez-de-chaussée et jardins).

Cayetana Fitz-James Stuart,… en fit sa résidence sévillane, y célébra en 2011 son troisième mariage et y mourut le 20 novembre 2014. »

Dona Cayetana est un de ces personnages fabuleux du XXe siècle qui ont fasciné tout autant les grands de ce monde que le « vulgum pecus » !

« Son nom complet est María del Rosario Cayetana Paloma Alfonsa Victoria Eugenia Fernanda Teresa Francisca de Paula Lourdes Antonia Josefa Fausta Rita Castor Dorotea Santa Esperanza Fitz-James Stuart y Falcó de Silva y Gurtubay.

Cayetana Fitz-James Stuart y de Silva, généralement connue comme Cayetana Fitz-James Stuart ou Cayetana de Alba, née le 28 mars 1926 au palais de Liria, à Madrid, et morte le 20 novembre 2014  au Palacio de las Dueñas, à Séville, est une aristocrate espagnole,  18e duchesse d’Albe, chef de la maison d’Albe et figure importante de la société espagnole. Elle est la troisième femme à hériter du titre dans sa dynastie. Cayetana est descendante directe du roi Jacques II d’Angleterre par le biais de son fils illégitime, Jacques Fitz-James, né de sa relation avec sa maîtresse Arabella Churchill.

D’après le Livre Guinness des records, Cayetana d’Albe est l’aristocrate ayant porté le plus grand nombre de titres dans le monde sous un gouvernement en vigueur qui les reconnaît légalement : elle était huit fois duchesse, dix-neuf fois marquise, vingt-deux fois comtesse, une fois vicomtesse, une fois comtesse-duchesse et connétable et une fois dame, en plus d’être quatorze fois grande d’Espagne. »

Rien que ça ! 

C’est en arrivant devant l’entrée du Palais que j’ai eu une énorme surprise !

Sur le mur, un panneau en azulejos et une sculpture de la taille d’un homme, célébraient… Antonio Machado !

« En una vivienda de este Palacio nacio, el 26 de Julio de 1875, el poeta ANTONIO MACHADO. Aqui conoscio la luz, el huerto claro, la fuente y el limonero. »

Et pourtant, j’aurais pu m’en douter !

Machado dit dans son poème « Retrato » :

« Mi infancia son recuerdos de un patio de Sevilla,
y un huerto claro donde madura el limonero
;
mi juventud, veinte años en tierras de Castilla;
mi historia, algunos casos que recordar no quiero. »*

Je suis entré dans le palais ; j’ai traversé la première cour, puis les écuries et me voilà dans ce « patio de Sevilla, y un huerto claro donde madura el limonero… ».

 J’étais seul ! J’ai eu le sentiment de la présence physique, à mes cotés, de Don Antonio Machado ! Et les vers de son poème, accompagnés de la musique de Juan Manuel Serrat sont revenus à ma mémoire.

Quel moment privilégié !

J’ai remarqué, dans le grand patio, un autre panneau d’azulejos qui dit :

« El Poeta Antonio Machado nacio en esta casa en julio de mccmlxxv.

No la olvida en sus versos : Esta luz de Sevilla… es el palacio donde naci con su rumor de fuente. »,

suivi par les deux premiers vers de « Retrato ». 

Par la suite, j’ai appris l’histoire de cette naissance, grâce au livre d’Ismael Fuente, intitulé « La Duquesa », acheté pour… 1 Euro, dans un «déballage»  de rue dans le quartier « Feria ».

A l’époque, il y avait l’habitude de louer les habitations des palais non occupées par la famille du propriétaire. Ce fut le cas pour le père d’Antonio.

Bien des années plus tard, à la veille de son décès dans l’hôtel « Bougnol », à Collioure, Machado se souvient, plein d’amertume :

«…Cette lumière de Séville. Le son des fontaines. Mon enfance s’est passée près d’un patio et d’un jardin ou mûrit le citronnier. Mon père au bureau, le front haut, la nuque courte et la moustache droite… »

(Sa famille partit pour Madrid quand le poète avait huit ans.)

« Et cependant, quand je suis revenu, des années plus tard, ils ne m’ont pas laissé entrer. »

C’est seulement en 1952, un an avant sa mort, que le duc d’Albe fit installer la plaque rappelant la naissance d’Antonio Machado. Quant à celle près du portail, elle fut installée par l’Ayuntamiento de Sevilla en 1985, à l’occasion des 110 ans depuis la naissance du poète à cet endroit, dont la Duchesse d’Albe était si fière.

J’ai appris aussi que Tanuca, le surnom de Cayetana,  la Duchesse d’Albe dans sa jeunesse, aimait lire les poèmes de Machado dans ce jardin. Jusqu’à la fin de sa vie !

Pour elle,

« Sevilla représentait la vie de famille, les amis de jeu, les excursions, les cours avec des professeurs particuliers, le grattage des cordes de la guitare qui allait cimenter sa passion pour le flamenco, le plaisir de monter à cheval… ».

Après de longues minutes de rêverie et de réflexion dans le jardin – il  faut « donner du temps au temps » dans de tels moments privilégiés !- j’ai continué la visite du palais.

Dans le « patio de Machado », comme l’appelle Ismael Fuente, j’ai entamé une longue conversation avec la jeune gardienne de l’endroit.

Elle était parfaitement consciente de la chance que représente le fait de travailler ici.

De fil en aiguille, nous avons parlé de bien d’autres sujets. Et c’est elle qui a retrouvé, grâce à son Smartphone, l’existence des bouteilles d’huile « Sevillana », que j’ai créée en Colombie, dans les années ’80. Ce qui m’a donné l’occasion de finaliser le texte : « Sevillana, …la nuestra ! » (voir ici).

*  *   *

En  quittant le palais « Las Dueñas », je ne pouvais pas savoir que cette rencontre avec l’ombre de Machado ne serait que la première d’une longue suite. Mais, une rencontre virtuelle peut être quelques fois plus « concrète » qu’une rencontre physique !  Comme disait Saint-Ex. : « On ne voit bien qu’avec les yeux du cœur ! ». 

J’ai continué ma ballade dans le vieux quartier de Séville.

Au bout d’un petit moment, je me suis retrouvé devant l’église de la Macarena.

« La basilique de Sainte Marie de l’Espérance Macarena  (en espagnol :  Basílica de Santa María de la Esperanza Macarena), populairement connue comme la basilique de la Macarena (Basílica de La Macarena) est une église catholique située à Séville, en Andalousie (Espagne). 

Ce n’est pas une église très ancienne, puisque sa construction date du début des années 1940. Mais, elle est bien connue sur le plan mondial, pour la ferveur des processions qui s’y déroulent pendant la Semaine sainte.

« La basilique constitue le siège de la Confrérie de la Esperanza Macarena qui, lors de la Semaine sainte, défile pour sa procession de pénitence durant la Madrugá, dans la nuit du jeudi au vendredi saint avec les icônes de la Vierge de la Esperanza Macarena (Esperanza Macarena de Sevilla) et celle de Nuestro Padre Jesús de la Sentencia, représentant le moment où est lue au Christ la sentence qui le condamne. »

L’édifice a obtenu, par une bulle de Paul VI en 1966, le titre de basilique.

Il abrite « L’autel de l’Hispanité », ordonné par la Confrérie pour remercier les pays d’Amérique latine pour les nombreuses donations effectuées, qui ont servi à  la construction et l’embellissement de la basilique.

Parmi elles, des peintures des saintes patronnes latino-américaines. Seule Nuestra Señora de la Altagracia, patronne de la République dominicaine, est exécutée en céramique.

Il y a aussi une peinture de Notre-Dame de Guadalupe, sainte patronne de la ville de Mexico.

Les autres icônes sont celles de Notre-Dame de Coromoto, sainte patronne du Venezuela, la Vierge de Caacupé (Paraguay), sainte Rose de Lima (Pérou), Notre Dame de la Divine Providence (Porto Rico), Notre Dame de Luján (Argentine), Notre Dame de Chiquinquirá (Colombie), la Vierge du Quinche (Équateur), Notre-Dame du Mont-Carmel (Chili) et Nuestra Señora de la Altagracia (République dominicaine).

Je suis particulièrement sensible à ces présences, parce que j’ai vu la plupart de ces icones de la chrétienté dans les pays latino-américains.

En particulier, j’ai assisté, il y a une vingtaine d’années, à la cérémonie d’intronisation de l’icône d’une Vierge recouverte d’argent, offerte par la Roumanie au sanctuaire de Notre Dame de Luján, en Argentine. 

Article publié dans la revue « Dorul » (Danemark) en mai 2003, relatant la cérémonie d’installation à Lujan de l’icône de la Vierge offerte par la Roumanie.

Ça tombait bien !

Nous étions à un mois de la fête de Pâques et les préparations pour la procession  de « Nuestro Padre Jesús de la Sentencia » battaient leur plein. 

Des soldats romains, des dames d’honneur, les officiels de la Confrérie et énormément de badauds encombraient la cour de la basilique, tout comme les places et rues adjacentes. Il y avait non seulement des enfants d’une dizaine d’années, mais aussi des nourrissons en poussette déguisés et costumés. Le tout, sur un fond de musique liturgique, entonnée par les fanfares des différentes Confréries.

J’ai entendu alors, revenus dans ma mémoire, les vers de Machado :

« Cantar del pueblo andaluz
Que todas las primaveras
Anda pidiendo escaleras
Para subir a la cruz.

Cantar de la tierra mía
Que echa flores
Al Jesús de la agonía
Y es la fe de mis mayores….
 »**

Et, une fois la cérémonie finie, quelle surprise de voir les mêmes soldats romains accoudés aux bars ou assis à la terrasses des cafés du voisinage, avec une bière ou un croissant à la main ! 

C’est ça une authentique fête populaire !

A suivre…

 

Adrian Irvin ROZEI
Boulogne, juin 2020

* « Mon enfance c’est des souvenirs d’un patio de Séville,
Et un jardin lumineux où mûrit le citronnier ;
Ma jeunesse, vingt ans en terre de Castille ;
Mon histoire, quelques faits dont je préfère ne pas me souvenir. »
 

** « Chanson du peuple andalou
Qui à chaque printemps
Va demander des échelles
Pour monter à la croix. 
Chanson de ma terre
Qui jette des fleurs
Au Jésus de l’agonie
Et c’est la foi de mes ancêtres… »

4 thoughts on “Caminante, no hay camino…(II)

  1. Me ha gistado mucho Adrian: tendrás que contarme lo de la botella de aceite” la sevillana” Estrella
    PS La proxima vez tendrás que ir a Triana aver la Virgen de la Estrella en san Jacinto: es una talla de Montañés que data de 156… Es muy guapa

  2. La soeur d’Eugènie de Montijo était duchesse d’Albe dé par son mariage

    elles ont échangé une très belle et interesante correspondance toutes 2

    Eugènie avait bcp d’affection pour sa soeur

    je ne pensais pas que cette Famille était aussi titrée !

    merci

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