…ça « balancé » à Valençay !

Nevers, 12/08/2017

Quand, il y a 8 mois, en janvier 2017, Isabelle, la cousine « à la mode de Bretagne » et amie d’enfance de Sabine, nous a proposé de participer au mariage de son fils Louis, nous avons applaudi des deux mains.

On a appris par la suite que le mariage devait avoir lieu au château de Valençay. Double bonne nouvelle ! D’abord parce que à cette occasion nous allions voir, revoir, découvrir, faire connaissance avec bons nombres de membres de la famille d’Isabelle, que nous ne rencontrons presque jamais. Il faut dire qu’Isabelle habite depuis près de 20 ans aux USA, avec des passages plus ou moins longs en France … et en Chine !

Ce qui fait que ma dernière rencontre avec sa famille au complet doit dater, si je ne me trompe pas, de… 1989.

Ensuite, parce que l’idée d’aller à Valençay, splendide château dans la Vallée de la Loire, où je n’ai pas mis les pieds depuis une dizaine d’années, me tentait énormément. 

Mais, aller à Valençay, ville qui se trouve à seulement 233Km de Paris, quand on n’a pas de voiture, n’est pas une mince affaire! Mais tellement passionnante! 

Il faut d’abord prendre un Train Express Régional de Paris à Nevers. Ensuite, un autre train TER local de Nevers à Gièvres, via Bourges et Vierzon. Après 1h40 d’attente, prendre un petit train local – la ligne « Blanc-Argent » – et, en 20mn, on est rendu à la gare de Valençay, qui se trouve à environ 2km du centre ville. 

N’écoutant que l’appel du cœur, nous avons décidé d’accomplir ce périple hasardeux ! Mais, … en 3 jours ! Avec une escale de deux jours à Nevers.

Ce qui nous a permis de revoir aussi des amis installés depuis des années dans le Nivernais. Et en sachant que nous allions refaire le même chemin au retour pour pouvoir entreprendre la traversée du Massif Central de Nevers à Béziers, à bord du fameux train appelé « l’Aubrac ». 

A cœur vaillant, rien d’impossible ! 

                                                             *    *    * 

Nevers est une ville chère à mon cœur ! 

Dans les années ’70, je venais régulièrement dans le Nivernais, surtout en été.

Michel, mon meilleur ami, avait une maison de famille dans la région, ce qui fait que je passais là-bas de superbes week-ends. 

C’est ainsi que j’ai découvert « la vie de château » dans la campagne française.

J’ai appris là-bas les rudiments de l’élevage des moutons, de la chasse, des courses de voiture de Formule 1 (le circuit de Magny Cours n’est pas très loin !), l’existence de la faïence de Nevers, comment on fête des noces ou un baptême à la campagne et d’autres habitudes du monde rural français. 

Mais, une des choses qui m’a marqué pour la vie a été la «Viande du Charolais»!

Les longs repas, dans l’élégante salle à manger du « château de Parenches », comportaient tous une pièce de Charolais et les fameuses îles flottantes pralinées (les pralines de Montargis sont une douceur de la ville du même nom qui se trouve à mi-chemin entre Nevers et Paris !), autre spécialité culinaire de la mère de mon ami. D’ailleurs pour s’assurer de la qualité de la viande que nous allions consommer, Michel appelait sa mère quelques jours à l’avance pour confirmer le nombre des convives. Celle-ci, « réactivait ses réseaux dormants » afin de se faire livrer en temps et en heure la meilleure viande disponible dans la région.

Nous étions des privilégiés du sort ! 

Surtout que Michel me proposait de descendre dans les caves de Parenches pour choisir « la » bouteille qui irait le mieux avec ce repas de roi.

Selon les affirmations de Michel, en 1940, peu avant l’arrivée des troupes allemandes, deux membres de sa famille étaient descendus pendant trois jours à la cave et ils avaient fait le nécessaire … pour qu’aucune bouteille ne tombe (pleine !) entre les mains de l’occupant. Si non e vero … ! 

Dans les années, voire les décennies, qui ont suivi, je suis revenu régulièrement à Parenches. Mais, de plus en plus, Madame Boulangeat se plaignait que la qualité du Charolais n’était plus la même. Les nouvelles chaînes de distribution, les nouvelles méthodes d’élevage des bovins … Que sais-je ?

Et moi, je me consolais avec les steaks en Argentine et … avec les îles flottantes ! 

                                                     *     *     *

La visite à Nevers était une excellente occasion pour vérifier, 40 ans après, ce qu’est devenu « le Charolais de ma jeunesse ».

Ce n’est pas si simple ! A Nevers, comme partout ailleurs, les restaurants traditionnels ont été remplacés par des pizzerias ou des kebabs. On ne mange plus, on se remplit le ventre ! 

Par chance, nous sommes tombés dans la rue principale de Nevers, (cela ne vous étonnera point qu’elle s’appelle « avenue du Général de Gaulle » !) le restaurant spécialisé dans « le Charolais ».

Je n’ai même pas regardé la carte ! J’ai expliqué au patron ce que je cherchais et je lui ai donné « carte blanche ». Il a choisi pour nous un steak de Charolais saignant, avec des pommes rissolées et de la salade. Accompagnés d’un vin du Lubéron, corsé, un peu âpre en bouche.

Je dois reconnaître que j’ai retrouvé la texture moelleuse de la viande dont je me souvenais. Peut-être pas la totalité du goût du Charolais. Mais, qui sait ? « La memoria est un espejo deformante ! » 

Par contre, les  îles flottantes, ont été avantageusement remplacées par une tranche de vacherin glacé, aux couleurs multicolores.

Voici une expérience à renouveler ! 

                                                        *     *     *

Aller en train de Nevers à Valençay est une expérience unique ! 

Je ne parle pas du tronçon Nevers – Bourges – Vierzon – Gièvres, d’une grande banalité, où le chemin de fer slalome entre les pavillons de banlieue, conçus à la photocopieuse. Et qui se souviendrait de Vierzon sans la chanson de Jacques Brel qui disait :

                              « T’as plus aimé Vierzon
Et on a quitté Vierzon… »

 

Mais, à partir de Gièvres, les choses changent du tout au tout ! 

Une voie « métrique », qui traverse les champs de tournesols et les forêts de feuillus, sur des ponts métalliques et des ouvrages d’art qui enjambent des rivières minuscules, comme il y a plus d’un siècle, à l’ouverture du service en 1902. C’est un vestige de la ligne « Blanc-Argent ».

C’est probablement aussi la dernière ligne en France où, à deux endroits, on ouvre et on ferme les barrières … à la manivelle !

Par moments, tout au long du trajet, le conducteur de la rame doit faire siffler son signal d’alarme pour effrayer les familles de cerfs qui traversent la voie. Et pourtant, en période scolaire, la rame transporte jusqu’à 100 élèves par voyage. 

Cela n’a pas été notre cas !

Etant seuls dans la rame, par moments je me suis pris pour le roi d’Angleterre, dans son train privé. Et tout ça pour la modique somme de 13 euro (tarif « senior ») ! 

L’arrivée à la gare de Valençay est un autre moment fort du voyage. 

La gare, classée monument historique depuis 1993, a été construite en 1902, dans un style « Renaissance », sur les terrains et avec les fonds de l’arrière – arrière – petit neveu de Talleyrand, l’ancien propriétaire du château voisin.

Dans le bâtiment de la gare, avoisinent le poêle en céramique d’époque et la borne jaune qui permet de poinçonner le billet émis par l’ordinateur de la SNCF.

J’ai insisté pour que l’on fasse marcher à nouveau la belle pendule en marbre noir qui trône sur la superbe cheminée de la billetterie. On m’a promis qu’une demande pour débloquer les fonds nécessaires pour sa mise en état sera faite à la Direction Générale de la SNCF, après l’accord de la Commission des Monuments Historiques. 

                                                    *     *    * 

On dirait que le château de Valençay a été bâti pour abriter des mariages ! 

L’immense façade ressemble à un décor de théâtre peint sur le bleu du ciel, le jardin « à la française » aligne ses haies géométriques de buis pour une entrée triomphale des invités, la cour d’honneur permet aux jeunes mariés de recevoir l’hommage des cors de chasse sur la terrasse surplombant la rivière qui coule en contrebas.

Et, si le soleil sort pile à l’heure du cocktail, après 3 heures de pluie, la lumière du coucher devient féerique ! 

Que dire de la soirée qui s’ensuivit ? Que tout s’est déroulé en deux langues, français et américain, selon l’origine des mariés ? Qu’on a entendu, dans la salle du restaurant, résonner aussi bien quelques vieilles chansons françaises, que la bénédiction en anglais du  pasteur américain ? Que l’on pouvait surprendre, autour des tables, des commentaires traditionnels pour des occasions de ce genre : « Toi, non plus, tu n’as pas changé ! », « Je te connais depuis que tu n’étais pas plus haut que trois pommes ! », « La robe de la mariée est très belle, mais moi j’aurais mis la dentelle de l’autre côté ! », etc. 

Il n’y a que les mariés qui, émus jusqu’aux larmes, paraissaient flotter sur un nuage. Les amoureux sont seuls au monde ! 

                                                         *      *     * 

Mais, le château de Valençay nous réservait encore une surprise ! 

« Blanche-Neige », oui, Blanche-Neige elle-même !, est sortie du château pour nous raconter son histoire. Accompagnée de tous les villageois en costume d’époque.

Tout d’abord, nous avons dîné dans une des fermes du château en compagnie de deux musiciens qui jouaient sur des instruments traditionnels, biniou, violon, tambourin, crécelles.

Ont résonné, tour à tour, dans la nuit de Valençay des mélodies berrichonnes, des « standards » des années 1900, les chansons des « gavroches »  de Paris. 

Puis, nous avons pris place sur les gradins installés devant les écuries pour admirer un spectacle « Blanche-Neige », en costumes du XIXè siècle, agrémenté d’airs connus d’opéra, opérettes ou café chantant. Ont défilé, devant nos yeux écarquillés de plaisir, les ménestrels et les sept nains (version « rugby »), la « Reine de la nuit » et la Walkyrie ! On a entendu Bizet et Offenbach, Mozart et « Viens poupoule ! ». 

En fin de soirée,  Blanche-Neige a ressuscité sous les baisers du Prince Charmant, tout de blanc vêtu, comme Jean-Marie Rivière à l’époque d’or du  « Paradis Latin », et descendu dans la cour du château en traction avant décapotable.

Pour « cerrar con broche de oro », comme disent les Sud-américains, nous avons eu droit aux feux d’artifice et aux photos avec les acteurs costumés du spectacle, tous des bénévoles du village. Qui présente des revues similaires depuis plus de 40 ans. Et, quelquefois, avec les mêmes participants. 

                                               *    *    * 

« Je ne voudrais pas refaire le chemin à l’envers », chantait Dave il y a bon nombres d’années, déjà.

Mais nous, nous n’avions pas le choix ! De nouveau, Valençay/Nevers en train. 

Cette fois-ci, il n’y avait que 41 minutes de correspondance à Gièvres. Juste ce qu’il faut pour visiter le cimetière de la ville ! 

Comment j’ai su qu’il fallait y aller ? 

A nôtre escale  précédente nous avions superbement déjeuné au « Café de la Gare » de Gièvres. Un repas complet (3 plats, café et un quart de vin), le tout «fait maison», pour la modique somme de 12 euro ! Et c’est le patron /cuisinier/ serveur du restaurant, alors que sa fille tenait le bar et … le guichet P.M.E., qui me l’a conseillé. Mais, pour savoir ça, comme disait mon ami Michel, « you have to mix with the natives ! ». 

Le cimetière de Gièvres n’aurait rien d’exceptionnel s’il n’y avait pas une section réservée aux « gens du voyage ». 

Le cimetière de Gièvres, depuis la toute fin du XIXe siècle, abrite des sépultures de familles de forains. Par hasard pour la première d’entre elles, « parce qu’un forain est décédé en cours de route et a été inhumé à Gièvres et parce que, souvent, les familles s’implantent sur le lieu de la tombe », raconte M. Caplot, représentant des forains.

Puis, à l’exemple de M. Michelet et des lions de sa ménagerie lorraine en 1910-1920, la communauté s’est enracinée. « La voie ferrée permettait le transport des animaux, et les frigos la conservation de la nourriture. La municipalité a été accueillante puisque le maire de l’époque a été le seul à nous accepter et à autoriser à bâtir. » Les premières habitations sont construites en 1922, comme on peut lire dans « La Nouvelle République » du 5/11/2014. 

Je n’étais pas au cimetière de Gièvres après le 1er novembre, quand les tombes en marbre noir et gris croulent sous le poids des bouquets, gerbes, couronnes … de fleurs de toutes les couleurs. Mais j’ai pu admirer les quelques caveaux, de vraies « pièces de vie » en verre et marbre qui rappelaient par leur décoration les passions du défunt : la pêche, le football, les voitures de sport … Même que j’ai vu une robe de mariée ! 

                                                *      *      * 

Maintenant, de retour à Nevers, nous sommes prêts pour une nouvelle aventure : la traversée en train du Massif Central, via Clermont-Ferrand, Marvejols, Saint-Flour, Saint-Chély-d’Apcher, Tournemire/Roquefort-sur-Soulzon, Sévérac-le-Château ! En passant sur le viaduc de Garabit, construit par Eiffel dans les années 1880 et sous le pont à haubans de Millau, avec ses pilons qui culminent à 343 mètres, inauguré en 2004. J’ai bien appris ma leçon !

En attendant le mariage d’un autre enfant d’Isabelle.

Pour visiter d’autres régions de France … ou d’Amérique ! 

Adrian Irvin ROZEI

Nevers, août 2017 

Service après vente 

Je ne résiste pas à la tentation d’ajouter quelques images de la traversée du Massif Central en train. Avec le « climax » du passage SOUS le viaduc de Millau ! 

One thought on “…ça « balancé » à Valençay !

  1. Nevers le 18 août 2017
    Bravo Adrien c’est un régal de pouvoir lire un tel récit dans la campagne profonde du Nivernais entre les patelins du centre de la France……..
    J’ai gardé soigneusement ta description qui me rappellera les 32 ans passées ici
    A bientôt
    Jacques

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