Alors, maman « BOBO »

Feuilles de journal

Nébian, le 22/01/2016

Comme on passe régulièrement dans la région, il nous arrive souvent de nous arrêter à Nébian.

Nébian est un village languedocien de moins de 1500 habitants, qui se trouve entre Clermont l’Hérault et Pézenas. Ou, pour tous ceux à qui ces noms ne disent pas grand-chose, à mi-chemin entre Montpellier et Béziers.

Nébian cité 001_resizeCe village est une petite « circulade » languedocienne, comme on peut en voir tant d’autres dans la région, mais qui a eu la grande chance de sauver son mur d’enceinte, sa fière porte d’entrée, dont la herse en bois a été restaurée il n’y a pas si longtemps, et dont les ruelles sont encore pavées avec des « calades » à l’ancienne. Bien sûr que dans le village, hors remparts, on peut rencontrer des « maisons vigneronnes », si représentatives pour l’âge d’or de la viticulture languedocienne, ainsi que la statue de la République, installée comme partout d’ailleurs à la fin du XIX è siècle.

Mais, si nous revenons si souvent à Nébian, ce n’est pas pour voir et revoir ces monuments du passé.

Nous avons découvert ici, caché dans les remparts même du village, un café-restaurant qui affiche un nom peu courant : « Chez Bobo » !

En revenant régulièrement dans cet établissement, nous avons constaté que l’on peut y rencontrer tout aussi bien un diplomate canadien à la retraite, une artiste peintre descendue du Larzac, les membres du club sportif de Nébian ou « l’original » du village prêt à vous tenir la jambe pendant des heures. Et, bien entendu, Annie, la patronne, ancienne camarade de classe de mon épouse, intarissable sur la culture des oliviers et des amandiers à l’ancienne.

Le menu du restaurant est tout autant simple qu’éclectique. Aujourd’hui, j’ai choisi comme entrée une salade au fromage de chèvre chaud, façon corse, et un « nasi goreng » cuisiné selon la recette indonésienne de l’un des membres de la famille du patron.

Mais le point d’orgue était représenté par le dessert proposé.

Le « Royaume » ou la Couronne des Rois est un gâteau typique du sud de la France, préparé comme une brioche à base de farine de gruau et recouverte de fruits confits ou de sucre casson. Il ne faut pas oublier quelques gouttes de rhum, un peu d’essence de fleur d’oranger et, bien entendu, la fève ! Parce que le « Royaume » se consomme au moment de la fête de l’Epiphanie, tout comme la « galette des rois » est servie au nord de la France. Et, selon les statistiques, 11% des consommateurs français du gâteau d’Epiphanie choisissent encore la « Couronne des Rois ».

Nébian Royaume 001_resizeJe n’entrerai pas dans le débat polémique affirmant qu’un vrai « Royaume » artisanal ne doit comporter qu’un trou minuscule au centre et qu’un gros trou est le signe d’une pâtisserie industrielle. Le fait est que celui consommé « Chez Bobo » ne comportait qu’un trou central à peine esquissé.

En regardant attentivement sur les murs du café-restaurant, j’ai remarqué, parmi les tableaux exposés, un texte surmonté d’une photo représentant l’enseigne du lieu.

Nébian Bobo 001_resizeCe texte, non signé disait :

« Allo Maman BOBO

 Au milieu du XX è siècle, la France comptait un bistro pour cent habitants environ : lieux de vie, d’échanges, de rires, d’oublis, de ressources, de convivialité … Le lien social par excellence.

2015 : la télévision est passée par là. Nous ne connaissons pas le voisin à 30 mètres de chez nous. Nous laissons chaque jour des êtres humains mourir seuls, dans l’anonymat et l’indifférence.

« BOBO et ANNIE » sont des résistants. En voie d’extinction, parce que nous le voulons bien. »

Je ne peux, si c’était encore nécessaire, que signer des deux mains !

 Adrian Irvin ROZEI, Nébian, janvier 2016

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